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Il Mucliab

SUR LA CHALEUR DE LA TERRE

une époque que l’on peut énoncer approximativement, 100 millions d’années de nous; il s’est refroidi, et il est devenu, il y a quelques millions d’années, habitable ; mais les êtres qui s’y sont succédé ne sont ni les contemporains de la terre, ni contemporains entre eux. Des propriétés tout à fait inconnues dans leur nature les ont, à diverses reprises, jetés sur la surface de la planète; puis d’autres propriétés, non moins puissantes à détruire, ont anéanti les anciens habitants pour faire place à de nouveaux jusqu’à l’ordre actuel dont nous sommes les produits et les spectateurs.

Les anciens poètes avaient imaginé un âge d’or, un printemps perpétuel à l’origine du monde. Ces tableaux poétiques ont quelque chose de réel, si l’on considère seulement la température. A une époque qui remonte bien au delà de tous les temps historiques, la terre a été beaucoup plus chaude quelle ne l’est maintenant. Tous les climats depuis les pôles ont été successivement à la température que l’équateur offre aujourd’hui. Ce que la théorie physique annonce d’une manière positive a été confirmé par les recherches de la botanique ; on a trouvé dans les couches superficielles du globe une flore antique, comme on avait trouvé une zoologie perdue. Or, les palmiers, par exemple, se rencontrent en Allemagne et en France, tous lieux où la température est aujourd’hui trop basse pour l’existence de ces végétaux relégués maintenant dans les régions tropicales. La botanique offre des moyen s précieux pour la détermination de la chaleur moyenne qui a régné sur certaines couches dont on retx’ouve les productions. La zoologie fossile est loin de donner ces renseignements. En voyant les os d’un palæotherium, il n’est pas possible de dire s’il a vécu sous des latitudes chaudes ou froides; et pour l’éléphant fossile, si commun

partout, mais surtout en Sibérie, on ne sait plus s’il n’a pas été un habitant des climats tempérés ou même froids, attendu qu’on a reconnu qu’il était pourvu de poils; mais la géographie botanique a fait de tels progrès que l’on peut lixer pour certaines plantes un minimum et un maximum en deçà et au delà duquel elles ne végètent plus. Ainsi le palmier suppose, au minimum, une température moyenne de 21 degrés centigrades, c’est-à-dire la température de la Palestine; et, lorsqu’on en rencontre des troncs dans les environs de Paris, on peut affirmer, sur la foi de la botanique, que ces lieux ont eu jadis une température moyenne de 22 ou 23 degrés, fait déjà établi d’une autre ffiçon par la théorie mathématique de la chaleur que Fourier a créée.

C’est ainsi que les sciences se prêtent un appui et une clarté mutuelle. La chaleur antique des climats qui aujourd’hui sont froids ou tempérés, avait suggéré une foule d’hypothèses sur des changements de l’axe de la terre et de sa position à l’égard du soleil. Mais aujourd’hui rien n’est plus simple à concevoir; tous les points de la terre sont venus de la température des corps en fusion à celle qu’ils ont maintenant; et les premiers lieux habitables, c’est-à-dire les premiers refroidis, ont été les régions polaires et les sommets des montagnes, si tant est que les montagnes d’aujourd’hui, nos Alpes, nos Cordillères, nos Himalayas, existassent au moment où les premières choses ayant vie commencèrent à se montrer. Comme ce monde antique se refroidissait alors avec une certaine rapidité, le resserrement des couches en amenait fréquemment la rupture ; et des catastrophes bouleversaient la face de la terre et des eaux.

Quelque réels que soient ces mouvements du sol et les accide-ttts qui en naissaient, il ne faut pas croire

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avec Cuvier qu’ils aient été la cause de la mort et de la disparition des populations végétales et animales qui se sont succédé dans le cours des âges ; mais il faut admettre, avec Fourier, que les conditions des milieux où ces populations étaient plongées, changeant avec la température qui baissait progressivement, ont déterminé la mort des uns et permis la vie des autres.

Aujourd’hui quelles sont les conditions de température de la terre? Ira-t-elle se refroidissant de plus en plus, comme le pensait Butfon, et linira-t-elle par devenir une masse de glace, morte, inhabitée et roulant autour d’un soleil qui ne lui enverra plus que d’impuissants rayons? Pour répondre à ces questions, il feut distinguer la surface de la terre et son noyau central. La surface est arrivée à un état fixe, ou plutôt à un état indépendant des feux centraux; mais la masse du globe, qui est encore pénétrée d’une chaleur prodigieuse, éprouve un refroidissement continuel que rien n’arrête; cette chaleur d’origine ne se dissipe qu’avec une lenteur extrême. Et il ne faut pas croire que nous soyons bien éloignés des régions souterraines où l’antique incendie continue à brûler et à s’éteindre. Les bouches toujours ouvertes des volcans et leurs éruptions établissent une communication entre la surface extérieure et les profondeurs enflammées, et nous prouvent que le sol qui nous en sépare n’est guère épais. Pour 26 à 30 mètres de profondeur, la température s’accroît d’un degré; et, comme, à mesure qu’on se rapproche du foyer central, l’accroissement marche plus vite, on trouverait la chaleur rouge à trois lieues sous terre, et, à dix ou douze au plus, les matières en fusion. La chaleur de la terre continue à se perdre dans l’espace; mais c’est avec une lenteur extrême et qui va toujours croissant. Aujourd’hui la quantité dont le globe se re-

froidit est d’un millième de degré en mille ans, ou d’un degré en un million d’années. On peut encore se représenter de la manière suivante ce phénomène du refroidissement. Une sphère, constituée comme la terre et n’ayant que trois pieds de diamètre, perdrait, dans la douze-cent-quaranlième partie d’une seconde, en calorique, ce que notre planète perd dans le cours de mille ans. Mais, quelque longues que soient ces périodes, elles s’accompliront; quelque grande que soit encore la chaleur centrale, elle s’épuisera; la croûte mince qui nous sépare des incendies souterrains ira en s’épaississant; et c’est même à ce refroidissement graduel et aux changements de volume partiels qui en sont la suite, que l’on peut attribuer les tremblements qui ont dû être bien fréquents aux premiers âges du monde.

Tel est l’avenir qui se prépare pour le centre du globe; mais il n’en est pas de même de la surface. La chaleur qui s’y fait sentir est désormais indépendante des feux souterrains. Ces feux n’y entrent plus que pour un trentième de degré; et ils s’éteindraient complètement que la température moyenne ne serait altérée que de cette fraction insignifiante. La surface de notre planète est arrivée à un équilibre de chaleur qui ne tient plus qu’à deux causes : le soleil et l’atmosphère. Le soleil verse sans cesse ses rayons sur notre globe, mais il contribuerait peu à l’échauffer sans la présence de l’atmosphère. On sait que, lorsqu’on s’élève sur les hautes montagnes ou dans les plaines de l’air, on ressent un froid très-vif, même avec le plus magnifique soleil ; ce froid tient à la raréfaction de l’air, et, si l’on dépassait tout à fait les limites de l’atmosphère, si l’on arrivait dans les espaces planétaires, on y rencontrerait, non pas un froid sans bornes, comme on aurait pu le supposer, mais une température de soixante degrés au-

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dessous de zéro. Elle y est entretenue par le rayonnement de tous les astres. Or, si notre atmosphère disparaissait tout à coup, la surface que nous habitons tomberait bien vite à une température incompatible avec la vie; mais l’enveloppe gazeuse qui nous entoure retient parmi les rayons du soleil tous ceux qui se transforment en chaleur obscure au contact du sol, et les empêche de retourner dans l’espace d’où ils viennent; c'est pour nous un abri protecteur, une cloche transparente qui nous maintient à la température nécessaire. Tant qu’elle restera telle qu’elle est, la surface de la terre ne souffrira pas d’altération sensible ; mais, si, par une cause quelconque, elle se raréfiait, le froid deviendrait plus vif; et, si, au contraire, elle se condensait, la chaleur augmenterait.

On voit donc que la température de la surface du globe, dont la chaleur originaire ne se fait guère sentir à cette surface, ne dépend et ne dépendra plus désormais que de trois causes : la constitution de l’atmosphère, le soleil et la chaleur des espaces planétaires. Il est indubitable que la composition de l’atmosphère a varié dans les premiers temps de la terre, et que, lorsque notre planète possédait une chaleur rouge ou celle de Teau bouillante, beaucoup de substances étaient réduites à l’état de vapeur. L’on ne sait pas si elle est destinée à des changements ultérieurs. Quant au soleil, qui verse dans les espaces une chaleur 2381 millions de fois plus considérable que celle qu’il envoie à la terre, on ne peut guère douter qu’il n’ait déjà souffert une diminution dans sa puissance, et qu’il ne soit destiné à s’affaiblir de plus en plus et à s’éteindre par la durée des siècles. Quant à la chaleur des espaces planétaires, elle est indispensable aussi au maintien de notre température. Si elle n’existait pas, et si les régions célestes

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avaient un froid intini, notre atmosphère éprouverait un refroidissement dont on ne peut fixer la limite, et probablement nul être organisé ne pourrait vivre sur le globe; mais cette chaleur de 60 degrés au-dessous de zéro, jointe aux 73 degrés au-dessus de zéro, somme moyenne que le soleil fournit à tout le globe, donne pour la surface delà terre la température moyenne de 1 3 à 14 degrés. Les espaces célestes ont un état thermométrique parfaitement stable, puisqu’il résulte du rayonnement de tous les astres, dont les masses énormes et les immenses distances réduisent à rien les dimensions de notre système solaire. Cette belle découverte, qui est due àFourier, éclaircit beaucoup de questions; l’on comprend aujourd’hui que les planètes les plus éloignées du soleil aient une chaleur compatible avec l’existence de corps organisés; et Uranus lui-même, qui est placé aux confins du système, ayant déjà la chaleur planétaire, peut, à l’aide d’une atmosphère, acquérir une température qui en permette le séjour à des êtres analogues à nous.

Ce n’est pas seulement sur notre petit globe, mais c’est aussi dans les régions illimitées que se poursuit le travail de créations sans cesse nouvelles. En observant les nébuleuses, Herschel a reconnu qu’il se formait continuellement des étoiles par la condensation des substances qui composent la nébuleuse; et c’est sans doute de cette manière que notre soleil et ses planètes ont été constitués. Les lois de l’attraction, qui règlent tout notre système solaire, ont été reconnues vraies encore par delà ce système. Ce sont elles qui déterminent aussi la marche des étoiles; et M. Savary a pu, à l’aide de ces lois, déterminer les orbites des étoiles doubles. Ainsi l’on conçoit que la matière et les forces qui la régissent sont les mêmes dans les bornes de

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l’empire de notre soleil et par delà cet empire. Celte commun auté que nous avons avec les mondes semés dans l’univers, c’est à elle que nous devons d’avoir entrevu une image des lointains objets, une lueur des profonds mystères. Sans cette communauté, aurions-nous pu nous élancer jamais hors de notre terre? Autrement, de telles choses n’auraient pas été maniables à l’entendement humain ; et il ne serait peutêtre pas trop hardi de dire que, si cet entendement a pu saisir, jusqu’aux limites les plus reculées de l’univers visible, des rapports etdes conformités avec ce qui existe ici-bas, ces rapports et ces conformités donnent à croire à leur tour que les entendements et les intelligences répandus en ces mondes ne diffèrent pas essentiellement des nôtres. Là où les lois physiques sont les mômes dans leur généralité, les lois intellectuelles ne peuvent pas être radicalement dissemblables.

« Le plus expédient, a dit Charron sur des questions analogues*, est que l’âme s’élève par-dessus tout comme en un vide vague et infini, avec un silence profond et 1 chaste et une admiration toute pleine de craintive I humilité. » C’est aussi le plus expédient pour nous. Retournons à la terre dont nous venons de reconnaître l’antique chaleur, la température actuelle, ainsi que les causes qui la maintiennent. Ces connaissances déjà précises et celles qui sont réservées aux générations i à venir sont des armes dont l’homme se servira pour i lutter contre la nature, changer la face du globe où il I est maîtra et améliorer les conditions de son existence. Nous avons vu que sa race n’est pas contemporaine de la planète, et qu’elle y a été jeiée par des propriétés I latentes, à une époque qui n’est pas même excessivement

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