‹ La science au point de vue philosphiqueChapitre 18 sur 75 · I. Des trois vérités. Liv. I, r1i · texte numérisé non relu

I. Des trois vérités. Liv. I, r1i

reculée. Tout ce que nous savons de l’histoire antique de l’espèce humaine nous prouve qu’elle a été longtemps faihle à côté des grands phénomènes qui se passaient sur la terre. Les fleuves débordés, les marais sans limites, les froides et profondes forêts, les animaux ravisseurs, les innombrables insectes, disputaient à l’homme un monde dont il ne pouvait pas encore se dire le roi. La guerre d’homme à homme naquit dans ces anciennes époques. Il faut que la science et l’industrie, sa tille, soient déjà fortes pour entrer en lutte, avec quelque succès, contre la nature, et entreprendre de corriger les défauts du domaine terrestre; mais, pour tuer son semblable, il ne faut qu’un bâton noueux, une hache armée d’un caillou tranchant, une flèche avec une arête de poisson. Ce furent là les premières armes des premiers conquérants; et l’esprit aventureux et remuant de l’homme, ne trouvant que cette voie d’activité, créa les mœurs guerrières des anciens peuples, des Grecs, des Germains, des sauvages d’Amérique, lesquels ne conçurent pas d’autre but et d’autre occupation que les combats. Ils étaient trop faibles et trop ignorants pour s’attaquer à la nature, ils s’attaquèrent à leurs semblables ; mais dès aujourd’hui on peut, ce me semble, prévoir le temps où l’on ne distinguera plus les siècles par les victoires des conquérants et par la chute des empires, mais où Thomme mettra toute sa gloire à pénétrer les secrets des phénomènes et à dompter une terre rebelle.

CUVIER

On publie dans ce moment une quatrième édition des Recherches sur les ossements fossiles, par Cuvier, dont les travaux ont changé les bases de la géologie, ajouté à la zoologie un champ tout nouveau, et agrandi immensément l'histoire de la terre. Naguère encore, les monuments écrits nous portaient à ce qu’on appelle l’antiquité romaine et grecque: là, ces monuments devenant plus rares et les traditions plus obscures, on arrivait avec peine au monde oriental, où de grandes ombres, projetées au milieu de rares éclaircies, ne laissaient plus voir que des masses confuses et peu distinctes. Puis ce jour douteux s’affaiblissait, le bruit

1. Recherches sur les ossements fossiles, où l’on rétablit les caractères de plusieurs animaux dont les révolutions du globe ont détruit les espèces ; par Georges Cuvier. 4® édition. — Revue républicaine, aopÿlémenl du 10 juin tS34.

CUVIER

des voix, humaines se taisait, et les temps écoulés qui se trouvaient au delà restaient perdus dans des ténèbres dont rien ne semblait pouvoir percer l’épaisseur. Sur ce seuil d’un passé impénétrable, l’imagination des hommes, servie par un mélange de suggestions et de souvenirs, avait jeté des cosmogonies, des dieux, des géants, des incendies et des déluges.

Dans la zoologie, le naturaliste, ayant compté les espèces les plus apparentes, avait cru que l’œuvre de la création s’était arrêtée là sur notre terre; quelquesuns même avaient admis la perpétuité des races animales; et, de leur coté, les mythologies et les fables vulgaires avaient créé des êtres fantastiques, des monstres redoutables, auxquels les dieux et les héros avaient disputé et arraché le monde.

Cuvier, d’un seul coup, a jeté dans les cosmogonies des faits positifs, établi la chronologie relative des époques de la terre, et ajouté aux espèces animales actuellement existantes une foule d’autres êtres tout différents, qui, s’ils pouvaient revivre, nous étonneraient par la bizarrerie de leurs formes ou la grandeur de leurs dimensions. . Remarquons ici quels progrès la science de l’antiquité a faits de nos jours. La lumière est venue de plusieurs côtés à la fois éclairer quelques recoins de ces choses plongées, comme dit le, poète latin, sous des terres profondes et des ombres épaisses'. Ici Cuvier a retrouvé des traces évidentes d’occupation de nos continents par les eaux de la mer, de mondes ensevelis et d’animaux détruits à jamais. Ailleurs, les études de la langue sacrée des Indiens ont montré, ce que rien dans l’histoire n’avaitpu faire prévoii-, que les peuples de l’Inde, ceux de là Perse, les

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