‹ La science au point de vue philosphiqueChapitre 22 sur 75 · neme des Deux-Mondes, l'f janvier · texte numérisé non relu

neme des Deux-Mondes, l'f janvier

et une décombinaison perpétuelles, combinaison des substances qui entrent, décombinaison des substances qui sortent. Pourquoi donc la chimie n’entreprendraitelle pas de l’ésoudre ce problème que la nature lui offre, et de le donner tout résolu aux biologistes qui le poursuivent, aux médecins qui voient que tant de maladies sont une perturbation de cette combinaison et décombinaison ?

Les débats sur la méthode ne sont jamais des débats oiseux. Quiconque réfléchira sentira promptement que rien n’est plus important et n’a une plus durable influence que tout ce qui touche aux méthodes. Il y a, dans l’empiétement d’une science sur l’autre, un sophisme implicite qui, par ses effets délétères, paralyse tout ce qu’il touche, sophisme qu’avant toute explication ultérieure il est possible d’indiquer. Remarquezle, ce n’est pas la biologie qui tente d’expliquer les phénomènes chimiques à l’aide des lois qui lui sont propres ; il ne se fait de ce côté aucune invasion ; il est trop clair que ses procédés ne sont pas applicables; elle compare bien plus qu’elle n’analyse, et jamais ne recompose. Il n’en est pas de même de la chimie: elle a rendu tant de services, elle touche de si près aux actions organiques que, se laissant aller à sa pente, elle intervient dans un domaine qu’elle réclame comme sien en totalité ou en partie. Toutefois qui ne comprend, fût-ce d’intuition seulement et sans examen approfondi, que le cas vital est plus complexe que le cas chimique, et que, par conséquent, essayer de résoudre l’un par l’autre, c’est laisser en dehors une part du problème, et sans doute la plus décisive, celle justement qui fait qu’il y a vie et non purement travail chimique ?

Les diverses parties de la science biologique, ou, si

l’on ne veut considérer que deux de ses divisions, l’anaiomie et la physiologie, sont très-ignorées, même du public lettré et cultivé. A la vérité, il n’est rien sur quoi le monde ait si facilement une idée ou un avis. Il n’est rien non plus qui nous serre, nous presse, nous intéresse à un tel degré. Les hommes, les animaux qui peuplent avec nous le globe terrestre, les poissons qui habitent les profondeurs, les oiseaux qui planent dans l’air, les végétaux qui sont fixés immobiles au lieu de leur naissance, les races anéanties qui n’ont plus de représentants sur la terre, nous tous nous ne sommes, nous ne fûmes, nous ne serons que conformément aux conditions, aux lois qui gouvernent l’ensemble des êtres vivants, ou qui, abstraitement considérées, constituent la biologie : in hoc movemur et sumus. De là une certaine notion usuelle de tout ce qui s’y passe; mais, comme c’est une science bien plus compliquée que la chimie, la physique, l’astronomie ou la mathématique, de là en même temps une méconnaissance radicale des éléments de cette grande doctrine. Écoutez le premier venu discourant sur une maladie quelconque (et une maladie est un cas relevant de la biologie] ; il vous dira qu’elle provient du sang, de l’humeur, que sais-je? de toutes choses fort mal connues de celui qui parle, fort mal connues surtout dans leurs propriétés actives. Se taire en ce cas, ne pas donner d explication est si rare, quon peut regarder le silence en pareille matière comme la marque d’un esprit discipliné et habitué à réfléchir sur l’étendue de ce qu’il sait réellement. J’essayerai donc de dissiper quelques-uns de ces nuages, et d’exposer un point particulièrement ignoré : comment une science qui, au premier abord, rie se compose que de dissections, de descriptions, d observations, arrive finalement à l’ab-

stractiou, ou, ce qui ici comme dans la plupart des circonstances est synonyme, à la généralité.

Je ne résisterai pas non plus au désir de faire voir comment la maladie (en termes technicjues, la pathologie) se rattache à la biologie. 11 n’est personne qui, étudiant l’histoire, n’ait remarqué que partout les arts utiles ont précédé les sciences. On a employé la chaleur à toutes sortes d’usages avant d’avoir aucune théorie sur cet agent; la métallurgie et la teinture ont fourni d’abondants produits, avant que les notions chimiques qui en sont le fondement fussent seulement soupçonnées. Puis, la science abstraite faisant des progrès, les rôles se renversent, et les arts, qui d’abord avaient procuré matière et pour ainsi dire prétexte aux sciences, en deviennent les débiteurs, recevant d’elles leurs plus ut les perfectionnements. Il n’en a pas été autrement P )ur la biologie ; ce n’est pas par elle-même et de son chef qu’elle s’est introduite dans le monde, c’est sous le couvert de la médecine; longtemps elle a vécu à l’abii de cet art bienfaisant que les souffrances de la nature humaine ont fait naître de si bonne heure dans les sociétés primitives, et longtemps a tardé le moment où la médecine put avec sécurité prendre d’elle sa direction. Ce moment est à la fm venu, et la pathologie y trouve, elle y trouvera de plus en plus son guide véritable.

1 . Coup d'œil historique. Comment la biologie marche au-devant de la chimie.

Laissant ces deux points accessoires, qui se rencontreront en lieu et place, j’en viens au livre de MM. Ro -

bin et Verdeil, qui faille sujet de cette études aux principes immédiats, à la recherche desquels leur livre est consacré, et au rapport de la chimie et de la biologie, ([uestion qui dépend du résultat de cette recherche. Mais comment ces deux sciences, qui semblaient si loin l’une de l’autre, en sont-elles venues à se rencontrer? Qu’y a-t-il de commun entre les phénomènes de la vie, si compliqués et si mobiles, et ceux que présentent les éléments et leurs combinaisons, les corps oxydables et les corps oxydants, les bases et les sels! Certes, au temps d’Hippocrate ou d'Aristote, de tels contacts, bien loin d’être prévus, n’étaient pas même entrevus. Par quel acheminement sont-ils devenus réels ? Ceci implique non pas seulement une question scientilique, mais aussi une question historique de l’ordre le plus élevé, une de celles qui montre it à la fois la fdiation et la connexion des choses, et comment ce qui a été absolument impossible à un mom' nt se trouve possible à un autre.

Par une analyse de plus en plus profonde, les modernes ont réussi à résoudre le corps organisé en ses éléments, de sorte qu’il leur est loisible d’aller, s’ils veulent, dans cette étude du simple au composé; mais il n’en a pas été ainsi à l’origine, et c’est du composé au simple que les premières spéculations ont procédé. En effet, qu’avaient les anciens observateurs devant les yeux? Non pas les parties profondes, les muscles, les nerts, les viscères, encore moins les parties fines, qu’une dissection soigneuse met à nu, encore bien

1. Traité de chimie anatomique et physioloqique, normale et pathologique, ou des principes immédiats normaux et morbides qui constituent le corps de l'homme et des mammifères, par Ch. Robin et Verdeil, 3 vol. iri-8, chez Baillière, 1853, avec un atlas de quarante-cinq planches gravées, en partie coloriées.

moins ces parties si ténues, qu’elles échappent à l’œil et que le microscope seul en révèle l’existence, la forme et la texture; mais ils avaient le corps entier, cet ensemble si complexe d’organes. C’est au milieu de ce labyrinthe plus inextricable que celui de Thésée, et sans le lil qu’une main secourable avait remis au héros, que nos ancêtres scientiliques se hasardèrent avec un courage qui montre combien, à un certain moment, la passion du vrai devient puissante, et avec un succès qui doit toujours exciter la reconnaissance de leurs services. S’ils firent peu, c’est que peu était possible avec les ressources qu’ils possédaient; et, si depuis on a fait beaucoup, c’est grâce à eux, grâce à ce procédé d’accumulation qui, dans l’ordre intellectuel comme dans Tordre matériel, enrichit les générations successives.

Empédocle, Démocrite, Alcméon, Hippocrate sont les plus anciens chercheurs dont l’histoire nous ait gardé le souvenir. Ils allèrent bien au delà de la simple inspection du corps vivant; ils pénétrèrent bien audessous de la première écorce. Et remarquez que ce que dit Virgile de son Orphée, qui aborde V antre du Ténare, I la demeure sourcilleuse de Pluton et le roi formidable *, se i peut dire de ceux qui essayaient de porter des mains curieuses dans les dépouilles de la mort. Une opinion vigilante, appuyée sur les croyances religieuses, en défendait les approches, et ne permettait pas que la science violât les froides reliques appartenant à la tombe et aux dieux souterrains. C’était donc sur les animaux que se faisaient les études anatomiques; et, dans certaines circonstances favorables et à la dérobée | seulement, on arrivait à apercevoir quelques parties

1. Tænarias eliam fauces, alla ostia Dilis... regemque tremenduin.

de l’organisme humain lui-même. Avec des débuts aussi gênés dans une matière aussi difficile, les connaissances conquises ne furent pas grandes. Ainsi, pour donner une idée de l’anatomie d’Hippocrate et de son école, je dirai qu’on n’avait pas distingué le système nerveux, qui restait confondu dans une appellation commune avec les parties tendineuses et fibreuses; qu’on prenait le cerveau pour une glande chargée de distribuer Thumeur pituiteuse par tout le corps; qu’on croyait les artères pleines d’air, et que la distribution des veines était complètement ignorée. Les muscles, aperçus en gros, n’avaient point été séparés et dénommés, de sorte que la théorie des mouvements était tout à fait rudimentaire. Cet échantillon suffit pour montrer comment l’on perçait peu à peu l’écorce qui enveloppait l’organisation, et comment on s’avançait à tâtons dans ce domaine inconnu et si attrayant pour l’intelligence même novice. Par quel coté pourtant les connaissances réelles ont-elles dû s’établir? Je pose cette question pour qu’on s’habitue à considérer la 11- , liation nécessaire des choses, qui est le nœud de l’histoire. Évidemment elles ont dû s’établir par ce qu’il y J avait de plus simple et de plus accessible, de plus im- 1 médiatement soumis à l’observation, c’est-à-dire par le ? système osseux. Aussi dans Hippocrate, à côté de cette

anatomie dont j’ai exposé la pauvreté, trouve-t-on des notions profondes sur les os, les articulations, leurs usages, notions dont il a tiré le plus heureux parti pour la pathologie chirurgicale dans ses beaux livres des Fractures et des Articulations. Ces notions profondes sur 1 ostéologie ne doivent donc aucunement surprendre, et n priori.^ la loi de l’histoire étant connue, on peut déterminer que par ce point a dû commencer l’anatomie positive.

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Peut-être, au premier abord, quelques personnes seront-elles disposées croire que la dissection n’offre aucune grave difficulté, et que, tenant une partie par un bout, il est facile d’arriver avec le scalpel à l’autre, d’isoler ainsi les organes, et d’en déterminer la situation et la forme. Il n’en est rien pourtant, et le fait seul de la lenteur avec laquelle l’anatomie s’est perfectionnée, suffit pour montrer que les dilficultés étaient réelles. Et, en effet, quel obstacle, si ce n’est un obstacle invincible, aurait empêché des gens intelligents, curieux, résolus comme Hippocrate et les siens, de pénétrer plus avant dans ce dédale, et, par exemple, prenant une veine quelconque, de descendre aux extrémités, de remonter aux troncs, traçant ainsi l’arbre entier du système veineux? Et voyez quelles idées différentes de la réalité s’en faisaient les hommes d’alors. Ayez d’abord dans la pensée qu’ils n’ont aucune notion de l’usage de ce système veineux qui est de rapporter au poumon le sang transmis par les artères et dénaturé dans le trajet. Donc ils vont se faire des notions prises pour la plus grande part dans leur imagination, pour une petite part dans quelque fait isolé, mais incomplet, notions qui dès lors les guideront dans leurs dissections. Voici quelles étaient les opinions des hippocratiques sur l’origine des veines ; je dis les opinions, car on en distingue quatre différentes dans la collection qui porte le nom d’Hippocrate. Suivant les uns, le cerveau était l’origine des veines, qui allaient se terminer dans les mains et dans les pieds; suivant les autres, la grosse veine qui longe la colonne vertébrale (sans doute la veine cave) donnait naissance aux veines; suivant d’autres, les veines (mot qui comprenait aussi les artères) émanaient du cœur; suivant d’autres enfin, les artères émanaient du cœur, et les veines du foie. Rien

de tout cela n’est vrai; mais aussi quelle complication n’était-ce pas de suivre le cours de ces vaisseaux communiquant avec les artères par les capillaires invisibles à l’œil, prenant avec eux la veine-porte, qui est placée par exception entre deux réseaux capillaires, s’interrompant pour recevoir le cœur, se confondant par les veines pulmonaires avec le système artériel, et venant se croiser avec les vaisseaux lymphatiques! Ce dédale devait être longtemps inextricable. Au fond, il était lié à la découverte de la circulation, comme l’a fait voir M. Flourens dans son histoire de ce grave événement physiologique. Et dans une science qui pendant si longtemps n’olfre que des faits particuliers, sans qu’aucun fait général puisse surgir, combien les anciens médecins n’ont-ils pas enregistré d’observations qui étaient pour eux sans explication et qui témoignent de leur sagacité et de leur vigilance ! Ainsi les hippocratiques, tout en supposant que le cerveau est une glande, n’en avaient pas moins remarqué que dans les lésions de cet j organe les effets sont croisé.s, c’est-à-dire que, si la

I lésion affecte le côté droit du cerveau, c’est le côté

gauche du corps qui est paralysé, et inversement. Bien plus, on trouve dans leurs livres la description d’une maladie qui n’a peut-être été vue que par eux à l’état épidémique, la luxation spontanée des vertèbres cervicales, Or, parmi les symptômes qu’ils y ont observés,

' ils signalent la paralysie d’une moitié du voile du : palais. Les modernes ont noté, en effet, que, quand

une moitié de la face est paralysée, la moitié corres- \ pondante du voile du palais et de la luette est aussi

privée de mouvement. Cela tient à des distributions de filets nerveux dont Hippocrate et ses élèves ne pouvaient même avoir le pressentiment, et cependant le fait ne leur a pas échappé.

Entre les mains d’Aristote, l’anatomie prit un caractère tout différent. Cet esprit, le plus puissant peut-être que l’humanité ait produit dans la voie de la science pure et de la spéculation, saisit un point de vue nouveau, et qui devait faire la fortune de siècles bien postérieurs. 11 compara les organes chez les animaux, commençant à établir de vraies généralités sur les conditions auxquelles la vie est soumise dans ses manifestations; mais, comme toutes les conceptions qui dépassent de beaucoup le niveau des idées contemporaines et les moyens actuels de démonstration, la sienne resta sans imitateur. Personne dans l’antiquité, personne dans le moyen âge ne reprit l’œuvre d’Aristote : pendent opéra interrupta minœque Murorum ingéniés. Ce grand édifice restait ainsi pendant et interrompu, lorsque, enfin, l’anatomie particulière ayant suffisamment étendu son domaine, les modernes purent continuer Aristote et naturellement le dépasser.

C’est un fait bien digne d’attention que cette infécondité temporaire des aperçus les plus étendus, des suggestions les plus heureuses, des pénétrations les plus avancées, quand le moment n’en est pas venu. On s’imaginerait à tort qu’il est permis à des génies vigoureux d’intervertir l’ordre des temps, par exemple à Aristote d’inaugurer le règne de l’anatomie comparée dans une époque où l’anatomie particulière en était aux rudiments. Il est encore un autre exemple fameux, c’est celui du mouvement circulaire de la terre. Plusieurs savants dans l’antiquité avaient bien conçu que ce n’était pas le soleil et l’immense cortège d’étoiles qui devaient tourner autour de notre globe; mais cette conception avait beau être la vérité, les preuves avaient beau être possibles, un épais rideau les cachait encore aux veux même les plus perçants, et il fallait tout un

ensemble de découvertes mathématiques, astronomiques, physiques, pour que ce grand tait naturel, triomphant du témoignage rebelle des sens, fût reçu par les intelligences. Peu à peu, néanmoins, comme une vaste marée, monte ta connaissance positive, rejoignant ce qui était trop avancé, raccordant ce qui était sans accord ; et les générations témoins de ces grandes fortunes d’idées délaissées ou oubliées, s’étonnent que ceux qui en furent les contemporains aient été assez peu clairvoyants pour laisser passer entre leurs doigts des vérités si palpables. C’est là qu’éclate dans tout son jour, dans toute sa force, le principe de la connexion historique, qui fait tout marcher pas à pas, ne permettant point que même les aperceptions des génies sagaces aient aucun effet prématuré.

Ce fut dans l’école d’Alexandrie que se poursuivit le travail d’investigation directe. Les rois d’Égypte, tout vicieux que furent plusieurs d’entre eux, n’en restèrent 1 pas moins fidèles à l’esprit d’Alexandre et de son compagnon, le premier Lagide; ils protégèrent les lettres et les sciences ; et, si Alexandrie ne rivalisa pas avec Athènes pour ces chefs-d’œuvre, produits d’une veine l et d’un âge que rien ne put rappeler, elle eut dans ^ cette maturité scientifique de la Grèce une place préé- 1 minente et une influence profonde sur les destinées de la civilisation. Là, l’anatomie prit un essor singulier, j; laissant bien loin derrière soi les essais de Démocrite }• et des hippocratiques. Les rois, . se mettant au-dessus I des préjugés contemporains, autorisèrent la dissection 1 des corps humains. On assure même que les deux ana- 1 tomistes qui ont dans cette école le principal renom, Érasistrate et Hérophile, allèrent jusqu’à porter une main cruelle et impie sur des criminels vivants que leur livrait la curiosité royale. Je veux croire, pour

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l’honneur de ces médecins, que c’est une calomnie inventée par les âges postérieurs (le premier qui nous en parle est Celse, et il vivait près de trois cents ans après eux), calomnie suggérée peut-être par leur témérité à interroger les dépouilles de la mort. Toutefois il ne faut pas oublier dans quel temps ils vivaient, quelles étaient les habitudes de cette cour d’Égypte, demi-grecque et demi-barbare ; combien on faisait peu de cas de la vie des hommes; comment ailleurs les gladiateurs inondaient de leur sang Tarène du cirque, égorgés, comme dit Byron, pour faire une fête romaine, butcherd to make a roman holiday. Il ne faut pas oublier enfin que, môme dans des époques plus civilisées et meilleures, il se commet des actes de barbarie révoltante, quand l’opinion qui s’alimente aux sources pures de la science, delà justice et de l’humanité, a ses défaillances et ses lâchetés*. Dans les écoles d’Alexandrie, à la connaissance des os, qui était déjà si précise du temps d’Hippocrate, on ajouta celle des muscles, celle des nerfs, qui furent définitivement séparés des tendons, et dont les propriétés motrices et sensitives furent reconnues ; celle des principaux viscères, et en particulier du cerveau, qui cessa d’être considéré comme une glande. En un mot, le scalpel fit son office, et, l’employant régulièrement, on arriva à discerner ce qui se présenta sous son tranchant.

Sans doute il lui restait bien des services à rendre, et tout ce que le scalpel seul pouvait découvrir n’était

1. Au XVI® siècle, le grand-duc de Toscane livra à Fallope un criminel qu'il pourrait (uer comme il voudrait, et qu’il disséquerait. Fallope le tua avec de l’opium. Cela est un peu moins cruel que le fait imputé aux. médecins alexandrins, mais l’est encore beaucoup, témoignant de mœurs que la conscience moderne ne tolérerait pas.

certes pas découvert. Il y a même lieu de remarquer combien, malgré trois ou quatre siècles (à compter depuis Empédocle et Hippocrate), on avait encore peu pénétré dans la profondeur du corps organisé. Manifestement, on n’est encore qu’à la première entrée des choses; on n’a déterminé que ce qu’il y a de plus apparent, et, si je puis parler ainsi, de plus gros, c’est-àdire qu’on distingue les os, les muscles, les nerfs, les tendons, les aponévroses, les ligaments, les veines, les artères et les viscères. Cette connaissance anatomique est parallèle à une connaissance physiologique de même valeur, et l’on sait qu’un muscle tire telle partie, que tel nerf communique le mouvement, tel autre le sentiment ; que l’estomac digère, que le foie fait la bile. En un mot, on a reconnu les usages tels qu’ils ressortent soit de la considération des parties, soit de cas pathologiques, soit d’expériences diversement instituées; mais toutes les notions supérieures, qui ne peuvent, en effet, résulter que d’une anatomie également supérieure, font défaut. Les propriétés véritablement spéciales à un corps organisé n’ont point encore été rapportées aux éléments anatomiques qui les manifestent; car ces éléments eux-mêmes sont ignorés. Bien que l’on commence à posséder une masse assez notable de faits, on n’a donc point de doctrine, ou ce qu’on a sous ce nom émané des métaphysiques contemporaines. Il n’est personne qui ne voie qu’à tout cet ensemble de notions déjà réelles manque l’abstraction, la généralité; et, tant qu’on n’aura pas pu l’introduire, la biologie ne sera pas constituée, ressemblant plus à de 1 érudition qu’à de la science, ayant des faits accumulés, mais point de système positif qui les embrasse et les ordonne.

Cet état de choses dura encore bien longtemps, Ga-

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