La Philosophie positive, mars-avril
sur ma pensée, je l’écrirai encore. Le mot qui le compose, est, il est vrai, approprié à la théologie et à la métaphysique ; mais on peut aussi l’approprier à la physiologie en lui donnant le sens d’ensemble des facultés intellectuelles et morales, locution beaucoup trop longue et trop complexe, pour qu’on ne la remplace pas, en mainte circonstance, par un terme plus simple.
Pourtant, comme il est certain que la psychologie a été à l’origine et est encore l’étude de l’esprit considéré indépendamment de la substance nerveuse, je ne veux pas, je ne dois pas user d’un terme qui est le propre d’une philosophie toute différente decellequi emprunte son nom aux sciences positives. Là, c’est à dire dans les sciences positives, ou ne connaît aucune propriété sans matière, non point parce que, à priori, on y a l’idée préconçue qu’il n’existe aucune substance spirituelle indépendante, mais parce que, à posteriori, on n’a jamais rencontré la gravitation sans corps pesant, la chaleur sans corps chaud, l’électricité sans corps électrique, l’affinité sans substances de combinaison, la vie, la sensibilité, la pensée, sans être vivant, sentant et pensant.
Il m’a paru nécessaire que, dans le titre de ce travail, le mot de physiologie figurât. J’avais bien sous la main celui de physiologie cérébrale. Mais la physiologie cérébrale implique bien plus que je ne compte embrasser ici. Le cerveau a toutes sortes d’actions dont je ne prétends pas m’occuper, me bornant à la part qu’il prend dans l’impression, et, ce qui en résulte, la notion du monde extérieur et du moi.
C’est pour cela que je me suis déterminé à choisir la locution physiologie psychique ou, plus brièvement, psychophysiologie. Psychique, c'est-à-dire relatif aux
DE QUELQUES POINTS
sentiments et aux idées; physiologie, c’est-à-dire formation et combinaison de ces sentiments et de ces idées en rapport avec la constitution et la fonction du cerveau. Ce n’est pas que j’aie la prétention d’introduire dans la science une nouvelle expression : tout ce que je veux ici, c’est d’une part circonscrire nettement mon sujet, et d’autre part inculquer que la description des phénomènes psychiques, avec leur subordination et leur enchaînement, est de la pure physiologie et l’étude d’une fonction et de ses effets. Plus la psychologie, celle du moins qui relève de l’école de Locke, a fait des progrès, rompant avec les idées innées, plus elle s’est rapprochée de la physiologie. Plus la physiologie s’est rendu compte de l’étendue de son domaine, moins elle s’est effrayée des anathèmes de la psychologie, qui .lui interdisait les hautes spéculations. Et aujourd’hui il n’est plus douteux que les phénomènes intellectuels et moraux sont des phénomènes appartenant au tissu nerveux; que le cas humain n’est qu’un anneau, le plus considérable, il est vrai, d’une chaîne qui s’étend, sans limite bien tranchée, jusqu’aux derniers animaux; et que, à quelque titre que l’on procède, pourvu que l’on emploie la méthode de description, d’observation et d’expérience, on est physiologiste. Je ne conçois plus une physiologie où la théorie des sentiments et des idées, en ce qu’elle a de plus élevée a’occuperait pas une grande place.