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Notion du monde intérieur, ou sujet, ou moi

La spéculation psychique, dans l’espèce de dissection qu’elle poursuit, ne va pas plus loin que la notion du monde extérieur, ainsi réduite à ne pouvoir être séparée primordialement des impressions et ne naissant que secondairement, sans autre garantie que la constance de ces mêmes impressions; mais elle ne s’est point étendue au monde intérieur, ou sujet, ou moi. A mon avis, c’est s’arrêter à mi-chemin, et il me paraît que le monde intérieur, ou sujet, ou moi est exactement soumis à la même condition que l’objet, et qu’il est également né secondairement et sous la loi de la constance des impressions. Quand j’ai eu tracé en mon esprit ce parallèle, il m’a été impossible de ne pas étendre au sujet la doctrine de l’objet.

La notion de l’objet provient de l’impression qu’on nomme résistance. La notion du sujet naît de l’impression qu’on nomme plaisir ou douleur, ou, en général, sensibilité interne.

La formation de la notion relative à l’objet naît de la répétition des impressions dites extérieures; la formation de la notion relative au sujet naît de la répétition des impressions dites intérieures.

De même que l’analyse nous montre la naissance du monde extérieur en nous, de même elle nous y montre la naissance du monde intérieur.

De même que nous n’avons gardé aucun souvenir du moment et de la progression qui a suscité en nous la notion de l’objet, de même nous n’avons gardé aucun souvenir du moment et de la progression qui a suscité la notion du sujet.

Je ne doute pas que le lecteur qui se détermine à me suivre dans ces recherches n’ait été tenté de m’interrompre pour me dire: comment ne voyez-vous pas que vous tombez dans une pétition de principe, et que la doctrine relative au monde extérieur se conçoit, puisque la notion de ce monde trouve un moi pour la recevoir ; mais que, si on la pousse plus loin et qu’on l’applique au sujet, il n’y a plus rien où elle puisse aboutir, et elle tombe dans le vide? Voilà l’objection, je me la suis faite, et je n’ai procédé que quand j’en ai cru apercevoir la solution.

Oui, il y a quelque chose de primordial ; mais ce n’est ni le sujet ni l’objet, ni le moi ni le non-moi : c’est l’impression perçue. Une impression perçue n’est nullement la notion du sujet ou de l’objet, elle n’en est que l’élément; et cette notion ne naîtra que quand l’impression extérieure et l’impression intérieure se seront répétées un certain nombre de fois. Il y a donc un percevant^; mais ce percevant fait, sous le coup des impressions, son éducation qui, à un moment donné, produit en lui la notion de l’objet et du sujet.

Il ne faut pas perdre de vue que tout à l’heure nous allons trouver l’expérience, c’est-à-dire considérer, non plus la conscience en soi et sans aucune référence à

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