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Notion psychique de T expérience

Après tout ce qui vient d’être dit, il est possible de donner une définition de l’expérience en sa constitution psychique. L’expérience est une série d’impressions se répétant identiquement dans un ordre déterminé, et provoquant une notion permanente qui acquiert le caractère de certitude, justement parce quelle est le produit d’identités irrécusables. Le premier effet de l’expérience est de créer en nous la notion du sujet et de l’objet. C’est par elle que nous sortons de la simple et irréductible impression.

Ceci posé, il en découle non-seulement la légitimité de l’expérience dans l’ordre scientifique, mais encore la claire perception qu’elle est la seule voie par laquelle il nous soit donné d’arriver à de vraies connaissances. On le savait déjà empiriquement, grâce à toutes les sciences positives qui ont démontré à la métaphysique le mouvement en marchant. Mais il est bon de trouver, dans l’évolution psychique elle-même, la condition de ce mode de progression.

La manière dont l’expérience est constituée psychiquement témoigne que la phénoménalité seule est de son domaine. Si on peut appeler certitude première l’impression qui est à l’origine de toute conscience, on donnera à l’expérience le nom de certitude seconde.

Il y a tendance, dans le langage philosophique, à

DE QUELQUES POINTS

confondre réalité ou substantialité avec certitude. La réalité ou substantialité nous échappe, et cela par la raison péremptoire que nous ne connaissons jamais que nos impressions. Mais la certitude ne nous échappe pas; elle est secondaire, dérivée, induite, et ne porte que sur la phénoménalité. Là, notre terrain est .solide, et jamais l’expérience bien conduite ne nous a déçus. Ne nous avoir jamais déçus est à la fois la garantie et la limite de la certitude humaine.

Il se pouvait que les phénomènes n’eussent ni régularité, ni constance, et'ce fut même longtemps l’opinion du genre humain. Contrairement à cette vieille et superlicielle opinion, il se trouve que la régularité et la constance appartiennent aux phénomènes. De môme que, dans certains de nos subtils instruments, le phénomène étudié inscrit lui-même sa marche et son progrès sur un tableau approprié, de môme cette régularité et cette constance s’inscrivent elles-mêmes par l’expérience dans notre conscience.

L’esprit, ou, si l’on me permet ce néologisme qui rend mieux ma pensée, le psychisme n’est pas borné à l’homme adulte, et s’étend jusqu’à la plus tendre et plus rudimentaire formation de l’enfant; il n’est pas borné à l’être humain, il s’étend à tous les êtres qui possèdent de la substance nerveuse. Plus on descend dans cette échelle, plus la distinction entre le moi et le non-moi se rétrécit, jusqu’au point où elle ce.sse d’exister.

On a vu plus haut que M. Bain définit l’esprit en disant qu’il est inétendu, par opposition au monde extérieur, auquel appartient l’extension. Il faut considérer cette définition psychiquement, c’est-à-dire quant à l’esprit considéré en lui-même, et expérimentalement, c’est-à-dire quant à l’esprit considéré comme un objet.

Psychiquement, on ne peut dire que l’impression, qui est le fait primordial et irréductible de l’esprit, soit étendue ou inétendue ; c’est une question qui n’est pas soluble parla conscience elle-même à ce premier degré. Se connaître étendue ou inétendue, c’est plus qu’elle ne peut dire, tant qu’elle n’est pas sortie d’elle-même. La notion positive et la notion négative de l’étendue lui sont également étrangères.

Il faut descendre d’un degré, quitter le domaine psychique, et passer à celui de l’expérience. Expérimentalement, l’esprit ne nous apparaît jamais que lié à une substance matérielle; nous ne connaissons aucun esprit qui ne soit en un corps, et, précisément, en un tissu nerveux. Dans tous les cas où nous rencontrons un corps doué d’une ou de plusieurs activités, nous disons que ces activités sont les propriétés ou les forces de ce corps. A ce titre, l’esprit est la propriété ou la force de la substance organisée. A la vérité, nous pouvons, par l’abstraction, séparer l’esprit de l’organisme, comme nous séparons la pesanteur des corps pesants; et nous dirons de cette façon que la pesanteur, comme l’esprit, est inétendue. Mais c’est une abstraction qui ne répond à rien de réel dans la nature

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