LES HYPOTHÈSES POSITIVES DE COSMOGONIE
Dans des auteurs allemands fort récents, je rencontre des idées très-semblables à cette définition de l’hypothèse positive. Il est possible qu’ils les aient trouvées d’eux-mêmes; je ne m’inquiète pas de le contester, et cela m’importe peu. La vérité est que M. Comte les a énoncées d’une manière précise il y a une quarantaine d’années; et depuis lors elles sont vulgaires parmi ses disciples. Pour eux, toutes les hypothèses se partagent immédiatement en positives et en non positives. De celles-ci ils ne tiennent compte; mais les autres, toujours précieuses par les laits expérimentaux qu’elles représentent, leur servent, dans les limites de l’approximation qu’elles comportent, de système à la fois provisoire et perfectible.
L’application de la doctrine des hypothèses positives a été faite à la cosmogonie par M. Comte dans un morceau qu’il est tout à fait de mon sujet de reproduire : « Les théories cosmogoniques, dit-il, sont, par leur nature, essentiellementconjecturales,quelque plausibles qu’elles puissent devenir. Car il ne peut en être ici comme dans l’établissement de la mécanique céleste, où, de l’étude géométrique des mouvements planétaires, on a pu remonter, avec une entière certitude, à une conception dynamique, d’après les lois générales du mouvement qui indiquaient exactement tel mécanisme, en donnant à tout autre une exclusion nécessaire. Nous ne saurions avoir aucune théorie abstraite des formations, analogue à celle des mouvements, qui puisse nous conduire mathématiquement à assigner telle formation déterminée comme effectivement correspondante à telle disposition effective. Toutes nos tentatives à cet égard ne peuvent consister qu’à construire, d’après des renseignements généraux, des hypothèses cosmogoniques plus ou moins vraisemblables, pour les
LES HYPOTHÈSES POSITIVES
comparer ensuite, le plus exactement possible, à l’ensemble des phénomènes bien explorés. Quelque consistance que ces hypothèses soient susceptibles d’acquérir par un tel contrôle, elles ne sauraient jamais, faute de ce critérium indispensable, être élevées, comme l’a été si justement la loi de la gravitation, au rang des faits généraux ; car on serait toujours autorisé à penser qu’une hypothèse nouvelle conviendrait peut-être aussi bien aux mêmes phénomènes, en permettant, de plus, d'en expliquer d’autres, à moins qu’on ne parvînt un jour à représenter exactement toutes les circonstances caractéristiques, même numériquement envisagées; ce qui, en ce genre, est évidemment chimérique*. »
La cosmogonie est la production du monde. Je ne surchargerai pas ce résumé en rapportant les mythes anti(|ues dont cette production a été l’objet. Les anciens hommes l’ont rattachée à certaines causes surnaturelles qu’ils admettaient; et de ces causes ils ont tiré, par une sorte de synthèse subjective, la formation de la terre, du soleil, des astres, des plantes, des animaux, de l’homme. Au contraire, les modernes ont trouvé, dans la constitution de la terre, des astres, des plantes, des animaux, de l’homme, certaines conditions qui permettent d’entrevoir des degrés d’évolution; ce sont ces degrés constatés expérimentalement et étendus plus ou moins loin, qui forment ce que nous appelons une cosmogonie.
Désormais tout problème cosmologique a pour objet : retrouver un état antérieur à l’aide des traces qu’il a laissées. C’est dire immédiatement que tout problème cosmologique renonce à rencontrer une origine suprême et cause de tout. Au point de vue cosmologique