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Conclusion

Les hypothèses cosmogoniques forment un vaste : ensemble, où elles s’enchaînent les unes aux autres, et 1 où les plus générales déterminent les plus particulières.

I Même pour l’apparition de la vie sur la terre et pour la manifestation des nouvelles propriétés, il y a conti- I nuité générale de modifications; car c’est grâce au refroidissement progressif du globe que la vie devient I possible et le monde habitable. Les cosmogonies pla- I cées à l’entrée des antiques religions ne résistent pas à I la critique qu’en fait chaque jour, même sans le vou- ; loir, la science guidée par la méthode expérimentale.

I Désormais, la place qu’elles tenaient est une place vide. Les cosmogonies positives la remplissent, non

560 LES HYPOTHESES POSITIVES

pas qu’elles aient la prétention ni le pouvoir de pénétrer dans l’absolu et d’embrasser les causes premières et finales; mais elles ouvrent d’assez grands aperçus dans l’espace et dans le temps, pour qu’on arrive à la limite de ce qui échappe à la connaissance comme au regard. Les cosmogonies positives ont le suprême avantage de faire nettement le départ entre la grandeur et rimmensité, entre le connu et l’inconnaissable.

Les cosmogonies positives ont encore ceci de caractéristique, qu’elles s’écartent, de tout point, du surnaturel. Elles se dissoudraient irrémédiablement, si le surnaturel y pénétrait par quelque fissure. Pourquoi cela, et d’où vient cette incompatibilité entre le surnaturel et la science? Elle vient de la relativité même de l’esprit humain. La conception subjective et à -priori peut bien créer et combiner tous les absolus qui lui apparaissent; mais, quand ces absolus sortent de l’isolement subjectif où ils ont pris naissance, alors l’esprit humain avec sa relativité intervient, et ne reconnaît que ce qui est relatif comme lui. L’apprentissage de cette relativité a été long à faire; mais enfin il s’est fait, et la science est sûre maintenant qu’elle ne peut atteindre que ce qui est compris dans l’enchaînement des causes naturelles.

Un autre résultat auquel, en vertu de cette même relativité, les cosmogonies positives nous conduisent, c’est la nouveauté des choses. On comptera, je l’ai dit plus haut, des millions de siècles pour l’évolution de notre terre, et des milliards de siècles pour notre soleil et les étoiles; mais, comme, suivant le langage de Bossuet, le temps comparé au temps, la mesure à la mesure, et le terme au terme, se réduit à rien, toutes ces apparentes immensités de durée s’anéantissent; et les choses, ou, pour mieux dire, nos choses sont

DE COSMOGONIE

d’hier, dût cet hier comporter de prodigieuses durées.

Cette nouveauté est un témoignage que notre monde, notre univers, auront une fin. Ce qui a commencé doit finir, la raison le dit, et toutes nos connaissances physiques le confirment. Le soleil et les étoiles se refroidissent incessamment, versant dans les espaces une chaleur qui ne leur revient jamais. Quelque chauds qu’ils soient, ils le sont chaque jour un peu moins, le calorique s’y épuisera ; ils s’éteindront, comme déjà leurs planètes se sont éteintes. Que deviendront ces masses animées d’un mouvement rapide? Nul ne peut le dire. Mais il suffirait d’un choc entre elles pour y transformer un prodigieux mouvement en une prodigieuse incandescence, et y renouveler un cycle de chaleur et d’expansion.

Ce serait se perdre en vaines et gratuites hypothèses, que de spéculer sur ce que deviendra notre univers quand il aura pris fin, comme de spéculer sur ce qu’il fut avant qu’il eût pris commencement. La dissémination primordiale de la matière qui devait le composer, la dissémination future Ge la matière qui le compose, dépassant toute expérience, dépassent toute conjecture.

Il n’est pas une des phases de la cosmogonie positive qui ne fasse comprendre combien est précaire l’existence des êtres vivants à la surface de notre terre et des autres planètes, s’il en est d’habitées, et, partant, combien on y doit être exposé à la souffrance et à la maladie. D’abord de la matière en mouvement, puis un développement énorme de chaleur, puis un refroidissement accompagné de bouillonnements et de précipitations, enfin un habitacle qui permet leclosion des organismes. Entendez-le bien, ce n’est qu’une permision limitée de tout côté par les lois supérieures de la

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