PIL.A.TRE
Nous nous sommes majestueusement élevés de la pelouse du jardin, et après avoir traversé la Seine, nous avons passé sur l'hôtel des Invalides. Nous
effleurons ensuite les tours de Saint-Sulpice, et nous allons planer doucement au-dessus d'une plaine verdoyante, près de la barrière d'Italie. Là, nous prenons terre un moment. Mais bientôt, ravivant le feu, nous nous élançons de nouveau dans l'espace... Vous n'avez jamais perdu de vue la terre, mon cher maître, vous ne pouvez donc connaître le sentiment suprême qu'on éprouve en planant dans les airs. Nous avions hâte, mon compagnon et moi, de dépasser les nues, de dominer, comme des aigles, tout l'horizon terrestre. Alimentant sans cesse la flamme du réchaud, nous montons, nous montons toujours... Plus je m'élevais, et plus je prenais en pitié les passions mesquines et les tMsles désirs qui agitent la fourmilière humaine. Perdu dans l'espace infini, livré au hasard des vents, noyé dans un océan de vapeurs, Timmensité sur ma tête et la terre sous mes pieds, je respirais à pleins poumons l'air libre et pur de ces vertigineuses hauteurs. Plus je m'élevais, et plus il me semblait me rapprocher de Dieu. « Ah ! mon ami, dis-je à mon « compagnon, que l'immensité des cieux est impo- « santé et solennelle, et comme mon cœur s'épure « à ce spectacle sans pareil! ». Je n'avais jamais pleuré. Eh bien ! là, suspendu sur l'abîme, n'ayant, pour assurer ma vie, qu'un globe de toile et de papier, balloté, secoué par les vents, et contenant une flamme qui pouvait à tout instant embraser notre fragile appareil, j'ai pleuré; j'ai pleuré non de crainte, mais d'admiration, d'enthousiasme et d'orgueil!
MONTGOLFIER
Braves jeunes gens 1 mais vous pouviez périr !