‹ La science au tháâtre; comédiesChapitre 133 sur 259 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

FRANÇOIS HUBER, HONORÉ

HONORÉ, à François H iber, qui a toujoui^s l'oreille appliquée contre la ruche.

Bonjour François ! (plus haut.) bonjour mon frère!

FRANÇOIS HUBER

.\h ! c'est vous Honoré !...

Il lai tend la main.

HONORÉ

Ah ça! mon frère, vous ne finirez donc jamais d'étudier les abeilles ?

FRANÇOIS HUBER

Jamais, mon frère.

HONORÉ

S'il s'agissait de lions ou d'éléphants, je le comprendrais. Ce sont des animaux intelligents et superbes, auxquels on est tenté de parler comme à des hommes. Mais de petiis insectes, de mesquiiiés abeilles. . . ça n'est pas digne d'attention!. . .

II n'est rien de petit, il n'est rien de mesquin, dans la nature, mon frère. L'être le plus infime a reçu de la providence des dons merveilleux, et si vous aviez étudié les abeilles, vous ne les mépriseriez pas : vous les admireriez.

HONORÉ

Comment! c'est vous qui parlez ainsi? vous qui avez usé et perdu vos yeux en étudiant des êtres imperceptibles ! Mais vous devriez les renier, les haïr, les maudire ! Ah ! tenez, si comme vous, j'étais devenu aveugle pour avoir regardé de la poussière d'ailes de papillons à la loupe et un aiguillon de guêpe au microscope,jenem'en consolerais jamais!

FRANÇOIS HUBER

Eh bien ! je m'en console, moi, voilà la différence. Je m'en console en revoyant dans mes souvenirs les merveilles que le microscope m'a dévoilées... Ce que vous croyez être de la poussière, sur les ailes des papillons, ce sont des plumes, des plumes de toutes couleurs, ondoyantes et splendides!... Quant à l'aiguillon de la guêpe, c'est un instrument si parfait que je défie de trouver son équivalent dans la nature entière. . . Je me console de ne plus y voir, mon frère, en pensant que mes études rendront quelques services à l'industrie des hommes. « C'est « un pauvre aveugle, François Huber, qui a fait « connaître les mœurs des abeilles », dira-t-on un jour. Et l'idée que des âmes compatissantes pourront avoir, dans les siècles à venir, de la sympathie pour mes souffrances... eh bien! cela me console encore!...

HONORÉ

Voilà, je l'avoue, une heureuse philosophie.

Ce n'est pas tout. Depuis que je n'y vois plus,

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