SCÈNE VI
Les Mêmes, FRANÇOIS HUBER; il est entré avant la fin de la scène, par la droite, puis HONORE.
FRANÇOIS HUBER
Vous VOUS aimez, et vous avez peur de moi ? Ah !
SCÈMi S XIÈME 39
Jenny ! Ali ! Burneas ! voli-e amour réalise mon rêve le plus doux. Il assure le bonhejrde ma vieillesse... Donnez-moi vos mains, que je les réunisse dans les mjennes... (il pre:5d leurs miiis.) Mes enfants, nous vous marierons à la Pentecôte.
HONORÉ, qui est entré par le foml, sur les derniers mots.
Non, mon frère, ce mariage ne peut avoir lieu.
FRANÇOIS HUBER
Et pourquoi donc, s'il vous plaît?
HONORÉ
Parce que j'ai donné ma parole au chevalier Carsala.
FRANÇOIS HUBER
Vous marieriez Jenny à cet intrig... (Se reprenant sur uo serrement de main d'Honoré.) à cet étranger?
JENNY, à Honoré.
Ah î mon père !
BURNENS, à Honoré.
Mais j'aime mademoiselle Jenny de toutes les forcés'de mon âme, M. Huber ! . . . <,
HONORÉ
Le chevalier aussi adore ma fille... et de plus, il met une fortune à ses pieds.
BURNENS, avec désespoir.
Et moi, je n'ai que mon amour !...
FRANÇOIS HUBER, à Burnens,
Tu te trompes, Burnens; j'ai pour toi uno dot en réserve.
BURNENS.
Une dot ?
HONORÉ, à François Iluber.
Cela n'est pas possible, mon pauvre François. On sait bien que vous êtes pauvre.
FRANÇOIS HUBER
Non, mon frère, car je possède un trésor !...
HONORÉ
Un trésor !
FRANÇOIS HUBER
Oui, un trésor amassé jour par jour, dans un rayon de soleil, à travers les herbes humides, sous la terre, dans l'air, dans les eaux, sur les arbres et sur les fleurs.
BURNENS, vivement.
Parleriez-vous de votre collection d'entomologie, mon cher maître ?...
FRANÇOIS HUBÊR.
Précisément.
HONORÉ, avec dédain.
Des papillons ? des insectes ?,.. Mais cela n'a point de valeur.
SCKNE SIXIEME
FRANÇOIS HUBER
Pour VOUS, c'est possible; mais un savant' hollandais, M. Van Breck, qui voyage pour enrichir le cabinet d'histoire naturelle de L?yde, et qui est de passage à Genève, m'a offert, il y a quelques jours, quinze mille livres de m'a colle ^Aion.
HONORÉ
Et vous ne l'avez pas pris au mot ?
FRANÇOIS HUBER
Non. Il me fallait en échange, autre chose que de l'argent... Il m? fallait le bonheur de ces deux enfants... Et j'attendais que leur cœur eût parlé!...
HONORÉ, haussant les épiuîe^.
Et VOUS croyez que quinze mille livres peuvent entrer en balance avec les titres, la position et la fortune du chevalier Carsala'... Gardez vos insectes, mon pauvre François, et apprenez que mon futur gendre est en état de nous enrichir tous... Il a commencé par moi. Il m'a lancé dans une spéculation superbe ! Tenez !... tâtez-moi ça !...
Il présente à François Huber les a-:sigaals.
FRANÇOIS HUBER
Du papier!... Je n'aime pas le papier!... Je me souviens de ce qui s'est passé en France, avec les actions de M. Law!
Oh ! rassurez-vous ! Ceci n'est pas lictif, comme les bons de la rue Quincampoix. Les assignats
* reposent sur les biens nationaux de la France, et j'ai deux cent mille livres en assignats!...
FRANÇOIS HUBER, prenant les assignats.
Les assignats, c'est encore plus léger que mes papillons. Mais, comment avez-vous en votre possession tous ces papiers ?.
HONORÉ, très naturellement-
Je les ai payés dix mille livres, quej'ai empruntées sur ma nmison!... Gagner deux cent mille livres, avec dix mille, c'est une assez jolie affaire, je crois! .
FRANÇOIS HUBER, sans l'écouter.
Chère maison paternelle! On n*e lui avait jusqu'icri emprunté que du bonheur!... (A Honoré, avec inquiétude.) Et votre horlogerie... elle vous reste, au moins ?
HONORÉ
Non, je ne suis plus horloger.
FRANÇOIS HUBER
Et que serez-vous, alors?
HONORÉ
Marquis!... On m'offre un marquisat à très juste prix.
FRANÇOIS HUBER, sévèrement.
C'est avec du sang que s'achetait, autrefois, la " noblesse; elle ne peut aujourd'hui s'acquérir avec de l'or!... Sacrifier une profession honorable à des