SCÈNE DEUXIÈME
DIANE
Mais on ne peut pas deviner !...
RAMPOXEAU.
De façon que vous voilà, toi, jeune veuve, et lui garçon à marier... Mais ce qui ne s'est pas fait il y a un an, peut se faire aujourd'hui. Que Ludovic me redemande ta main, et cette fois, je ne la refuserai pas, je t'en réponds.
DIANE
Il y a une petite difficulté, mon oncle: c'est que Ludovic ne vous redemandera pas ma main.
RAMPONEAU
Et pourquoi cela, ma nièce ?
DIANE, soupirant.
Parce qu'il ne m'aime plus.
RAMPONEAU
Allons donc! Il t'aime plus quejamais: c'est facile & voir.
DIANE
Non; il est facile devoir qu'il n'est plus le même envers moi, depuis mon mariage.
RAMPONEAU
Oui, mais depuis ton veuvage ?
DIANE
C'est encore pire,
16 LA FEMME AVAÎsT LE DELUGE
RAMPOXEAU.
Comment? Chaque jour il se montre plus empressé auprès de toi.
DIANE
Trop empressé, mon oncle.
RAMPONEAU
Je ne comprends pas.
DIANE
Vous allez comprendre. Quand j'étais jeune fille, tout, dans les allures et dans les paroles de mon cousin, me disait qu'il désirait faire de moi sa femme. Il ne me parlait pas d'amour, mais sa tendresse perçait à travers son respect... Un regard timide, un serrement de main rapide et tremblant, une fleur donnée avec hésitation, un soupir à demi étouffé, ce n'était rien en apparence, mais au fond c'était l'aveu de son cœur... Maintenant, Ludovic fixe hardiment ses yeux sur les miens; il m'adresse des déclarations à brûle-pourpoint, sans le moindre embarras ; et s'il me présente une fleur, c'est comme s'il m'offrait... un petit pâté... 11 m'aime peut-être encore, mais il m'aime tout autrement !
RAMPONEAU
Ah!...
DIANE
Ses manières cavalières frisent l'impertinence, et cette nouvelle façon de me faire la cour, me révolte, autant que son respectueux amour me touchait autrefois !.. . 11 est sans doute fort empressé