‹ La science au tháâtre; comédiesChapitre 165 sur 259 · SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DEUXIÈME

RAMPONEAU

Ah! j'y suis!.,. Les médecins ont mis à la mode les émanations des hois de sapins... lu es venue respirer l'air des sapins du Nord.

DIANE

11 y a des sapins au bois de Boulogne, et l'air du bois de Boulogne aurait été tout aussi agréable et moins cher à respirer.

RAMPONEAU

Si tu étais romanesque, je croirais que tu es partie pour contempler les bords désolés de la Lena.

DIANE

Mais je ne suis pas romanesque.

RAMPONEAU

Aurais-tu l'intention d écrire, pour la Revue des Deux Mondes, un article sur le passé et l'avenir de la province de Yakoust?

DIANE, riant.

Dieu m'en préserve !

RAMPONEAU

Voyons, Diane, lu aimes le monde, le plaisir, la toilelle, les boulevards de Paris, et pourtant tu as absolument tenu à venir avec moi, dans ce pays sauvage. Ce n'est pas naturel; il y a quelque chose là-dessous.

DIANE

Eh bien, mon oncle, je serai franche. Si j'ai voulu

venir ici, où l'on grelotte, ici, où l'on s'ennuie, ici où l'on manque de tout. .

RAMPONEAU

Eh bien î...

DIANE

C'est que mon cousin y venait.-

RAMPONEAU

Ton cousin Ludovic, le lieutenant du Triton?

DIANE

Lui-même... Il m'aimait avant mon mariage.

RAMPONEAU

Je le sais parbleu bien! Il sortait de l'école de Brest, avec le grade d'enseigne de vaisseau. Il me demanda ta main. Mais il était sans fortune, et je dus lui préférer M. de Beaugençy, qui était banquier et millionnaire.

DIANE

Oui ; seulement, je n'aimais pas M. de Beaugençy, et je pleurai beaucoup, quand je dus me résigner à accepter sa main... Quant à Ludovic, le jour même de mon mariage, il partit, comme enseigne, à bord d'un aviso.

RAMPONEAU

Et penser que juste trois semaines après le départ de Ludovic, tu étais veuve, et que, de son côté, Ludovic héritait de quarante mille livres de rentes, et passait, comme lieutenant, à bord du Ti^ilon !... Ah I si on pouvait deviner !. . .

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