SCENE IV
DIANE, CHRISTIANA, elles entrent par la droite.
CHRISTIANA
Vous croyez donc, Madame, que sir Evans viendra dîner avec nous ?
DIANE
Sans doute... Pourquoi manquerait-il aujourd'hui au repas qui nous réunit chaque jour? N'a-l-il pas, comme nous, accepté ta cordiale hospitalité? N'estil pas heureux de retrouver dans ta chaumière, un peu de ce confortable qui lui rappelle sa patrie ?
CHRISTIANA, joyeusement.
Ainsi, vous pensez que sir Evans est heureux ici ?
DIANE
Autant que sir Evans puisse être heureux quelque part.
CHRISTIANA
Hélas ! c'est vrai ! 11 est toujours triste, pensif, rêveur... Il regarde sans voir... Ainsi, moi, qui me trouve avec lui, chaque jour, depuis son arrivée, eh bien! il m'a à peine regardée. (Soupirant.) Je crois qu'il ne me connaît pas.
DIANE, riant.
C'est bien possible... Pourquoi aussi n'es-tu pas un mastodonte, ou une coquille pétrifiée ?
CHRISTIANA
Alors, si j'étais un mastodonte ?...
DIANE
11 ferait attention à toi, je t'en réponds... Il n'a d'yeux que pour les fossiles. Si tu étais née avant le déluge, sir Evans raffolerait de toi. (Mouvement de Christiana.) Oui, ma chère Christiana, une momie âgée de dix mille ans pourrait seule se flatter d'être adorée de ce forcené géologue... Mais puisque tu ne comptes que dix-huit printemps; puisque tu es vivante et jolie, tu n'as aucun drjlt à fixer ses regards... Il faut en faire ton deuil, mon enfant, sir Evans ne t'aimera jamais... ce qui est fâcheux, car tu l'aimes.
CHRISTIANA, avec émotion.
Ne dites pas cela. Madame. Moi ! la fille d'un simple pêcheur! moi, la pauvre orpheline sans for-