SCÈNE QUATRIÈME
lune, j'oserais aimer un riche et noble gentleman? Le ciel me préservera d'un tel amour!... Je ne dois pas, je ne veux pas aimer sir Evans!... Ah ! je vous en supplie, dites-moi que je ne l'aime pas!
DIANE, elle lai prend la main doucement.
Et pourquoi vas-tu, chaque jour, sur le chemin des îles d'ivoire, attendre ce jeune homme? Pourquoi tressailles-tu lorsqu'il court un djtnger? Pourquoi te voit-on rougir lorsqu'il arrive, et pâlir lorsqu'il nous quitte? (Hle met la main sur le cœur de Christiana.) Pourquoi ton cœur bat-il plus vite, lorsque tu penses à lui ?
CHRiSTiANA, confuse.
Je... je ne sais pas, Madame.
DIANE
Je le sais, moi... Ce sentiment que tu ignores, Christiana, ce trouble qui, malgré toi, s'empare de ton âme, cette joie qui fait rayonner ton front, dès que sir Evans apparaît, et la mélancolie qui l'obscurcit, dès qu'il n'est plus là; ta douleur de passer inaperçue dans sa vie ; ton émotion, en entendant prononcer son nom ; ton bonheur de regarder son image en toi même ; tout cela, mon enfant, c'est de l'amour... Un amour chaste et pur, que tu n'as point à cacher, qui ne sera peut-être jamais partagé, mais dont la flamme, douce et tranquille, illuminera le reste de ta vie... Moi aussi, d'ailleurs, chère Christiana, j'aime et ne suis pas aimée.
CHRISTIANA
Que voulez-vous dire, Madame?
Tu déplores l'indifférence de sir Evans ; moi, je m'inquiète des sentiments de Ludovic. Que la souffrance de nos deux cœurs soit un lien entre nous... (Elle lui tend la main.) Donnons-nous la main, ma chère ; car ni toi ni moi, n'épouserons jamais celui que nous aimons... (Changeant de ton.) Sur ce, mon oncle doit avoir terminé son marché, et il ne me pardonnerait jamais de n'avoir pas assisté à la livftiison de son ivoire*. Je vais le rejoindre à l'auberge du Renard bleu, où tous les marchands sont réunis. (Elle se dirige vers la gauche.) (Se retournant.) Tropl...ou pas assez!... voilà les hommes!
Elle sort par la gauche.