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commerce, et modifié Tart do la pfiierre. dans ses diverses parties. La littérature et la philosophie commencent à ressentir son influence, et ne peuvent plus négliger, ni ses principes, ni ses découvertes. Pénétrant partout, la science doit forcément s'introduire au théâtre, et elle y fera éclore un genre nouveau, qui aura pour caractère d'être honnête, instructif et moralisateur.
On a longtemps contesté la possibilité de composer des pièces de théâtre, présentant ce double caractère, d'être a la fois intéressantes et instructives ; mais aujourd'hui, le doute n'est plus permis.
En 1877. sous la direction de M. Paul Clèves. aujourd'hui l'un des deux directeurs du théâtre du Ghâtelet, je fis représenter, au théâtre Gluny, les Six parités du Monde .
La célèbre expédition géographique de Dumont dXrville, au pôle sud, donnant lieu à une série de tableaux, où interviennent différents phénomèmes scientifiques, est le sujet de la pièce des Six parties du blonde, que l'on pourrait appeler une revue de l'univers, dont le compère s'appelle la science. On pfomène. en effet, le spectateur h travers les contrées
civilisées et non civilisées du globe, en l'initiant aux mœurs, coutumes et types de ces pays divers. Dans la suite de ces nombreux tableaux, on apprend des particularités intéressantes relatives aux mœurs des peuples ou aux phénomènes de la nature. Le désert et le simoun. — les papillons qui éclairent de leurs sillons brillants, les ténèbres des nuits tropicales. — la combustion du phosphore, produisant Teffet du soleil, — l'habitude des peuplades africaines d'enfermer dans le tronc gigantesque d'un \ieux baobab, leurs denrées, leurs trésors, et même leiu's prisonniers, — les excentricités des mœurs chinoises. — les excentricités de la vie commerciale américaine, — la nature propre au climat glacé des régions australes, — l'effet du canon sur les masses neigeuses, etc.. toutes ces particularités instructives, sont présentées au spectateur, dans le développement de l'action.
Après sa création au théâtre Cluny, la pièce des Six parties du Monde fut jouée, en 18S5, en tournée dramatique, dans plusieurs villes de France, par M. Dupoux llilaire. directcAn- du théâtre de lAmbigu du Havre, avec nombreux décors, figuration et ballet.
En 1882, je fis représenter, à Paris, sur le Ihéàtre de la Gaîté. 2)en/.s T*apw. drame historique en cinq actes. On voyait se dérouler, dans une suite de tableaux. Texistenoe errante et agitée de l'immortel créateur de la machine à vapeur. Un décor particulier montrait comment Denis Papin est arrivé à l'emploi de la force motrice de la vape-.ir. Un autre décor machiné reproduisait la scène historique de la destruction du bateau à vapeur de Denis Papin. par les bateliers du Weser, en 1707. On voyait, enfin, reconstruite . d'après les gravures de cette époque , la grande machine à vapeur de Newcommen, qui fut établie à Londres, en 1715, pour élever et distribuer les eaux de la Tamise.
Ce drame eut plus de cinquante représentations au théâtre de la Gaîté.
En 1886. je fis jouer, par une troupe de tournée, en Alsace-Lorraine, patrie de Gutenberg. et en Hollande, patrie de Laurent Coster, Giitenberg. drame en cinq actes, où Ion trouve réunis, dans une action dramali(pie variée, intéressante et forte, l'histoire de linvenlion de l'imprimerie, avec tous les
personnages qui ont concouru h la création de cet art.
En avril et mai 1889, j'ai donné, à Paris, au théâtre des Menus-Plaisirs, des Matinées dra matiques et scientifiques, où étaient jouées quatre comédies, reposant sur des anecdotes tirées de l'histoire des sciences, a savoir : le Mariage de Franklin, où l'on trouve le fait historique du mariage de Franklin avec Deborah Read, ainsi que la mise en scène amusante des multiples effets du tonnerre, — le Jardin de Trianon, qui repose sur le fait historique de la création des familles végétales par Bernard de Jussieu ; — ^fiss Telegraph, où Ton voit, sous la forme de scènes comiques, un épisode curieux de linvention du télégraphe électrique par Samuel Morse : — le Sang du Tiirco, comédie ayant pour sujet la transfusion du sang.
Aux Matinées dramatiques et scientifiques données en 1889, au théâtre des Menus-Plaisirs, j'avais convié, pour chaque représentation, 300 élèves (garçons et filles) des Ecoles communales de la ville de Paris ; et personne ne me contredira quand j'affinnerai, que les écoliers qui ont assisté à ces représentations.
en ont retiré instruction et amusement î» la fois: ce dont témoigneraient, au besoin, les maîtres et les sous maîtresses qui accompagnaient les élèves, ainsi que les lettres de remerciement qu'ont bien voulu m'adresser plusieurs maires ou adjoints des arrondissements de Paris.
Je crois avoir ainsi démontré, non par le simple raisonnement, mais par le fait pratique, la vérité de la thèse que je soutiens, à savoir que plusieurs épisodes de la vie des savants célèbres peuAent être le sujet de pièces de théâtre capables d'intéresser, d'émouvoir, d'attendrir le spectateur, et que différentes découvertes scientifiques peuvent donner lieu à de très amusantes comédies.
La vitalité, l'existence réelle du théâtre scientifique, est donc parfaitement établie.
Pour en répandre davantage la connaissance, j'ai cru utile de réunir sous ce titre, la Science an Théâtre, les drames et comédies scientifiques quej'ai fait jouer depuis plus de dix ans, sur différentes scènes, et d"y joindre un certain nombre de pièces du même genre, non encore représentés, h savoir le drame de Keppler, ou VoAstrologie et V Astronomie, ainsi que les
comédies, la Femme avant le Déluge, le Premter Voyage aérien, et la 'République des Abeilles. C'est à la haute critique littéraire, aux érudits écrivains des journaux et revues, que je présente ces deux volumes. Si je suis assez heureux pour obtenir leur suffrage, j'espère que les directeurs de' théâtres des grandes villes de France ou de l'étranger, de concert avec les municipalités de ces villes, tenteront, comme moyen d'instruction et de distraction de la jeunesse des écoles et des lycées, de faire jouer ce répertoire, le dimanche, en matinées, sur. une grande scène.
Une tentative aussi originale que celle dont il est question ici. ne doit point prétendre à réussir du premier coup; elle ne peut que lentement prendre racine et porter ses fruits. J'ai si souvent exposé, dans mes ouvrages, les difficultés et les luttes que tout inventeur rencontre sur son chemin, que je sais parfaitement qu'il faut un temps considérable pour qu'une innovation triomphe de la routine et perce l'épaisseur de l'indiflerence gfénérale. Mais je sais aussi qu'une idée nouvelle, quand elle estbonne et juste, finit par
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se faire une place au soleil, et que si les masses sont longues à comprendre soii utilité, il est toujours* possible, avec de la persévérance et du travail, de la leur faire accepter, et d'obtenir plus tard leur hommage reconnaissant.
Lorsque, inspiré par' Te5LeTnple d'Arago, je commençai, il y a trente ans, de publier mes premiers ouvrages de vulgarisation, je rencontrai les mêmes difQcultés. les mêmes résistances que j éprouvé' aujourd'hui pour foire accepter le théâtre scientifique. Les amis s'écartaient, les collègues blâmaient, les éditeurs des grands ouvrages scientifiques s'inquiétaient, les Prudhommes me reprochaient de vouloir abaisser la dignité de la science, en la mettant à la portée de tous, et les gros bonnets de l'Institut, Chevreul et Claude Bernard en tête, criaient à la profanation. Je dus quitter l'Université, dont toutes les voies se fermaient devant moi, et donner ma démission de. professeur agrégé à l'Ecole de pharmacie, où j'étais chargé du cours de ► chimie du professeur Bussy.
Aujourd'hui, la vulgarisation des sciences* est considérée comme un bienfait public, et
celui qui a su la créer et la faire prévaloir, est largement récompensé de ses cîlbrls par le succès universel de son œuvre. Les gens du monde, pour lesquels, autrefois, la science était lettre absolument morte, savent maintenant qu'ils peuvent s'intéresser à ce qui la concerne, et ils se plaisent aux lectures des ouvrages qui leur donnent une teinture générale et le goût des connaissances scientifiques. Les publications de science vulgarisée, qui paraissent en si grand nombre, sous tous les formats et à tous les prix, contribuent à instruire l'ouvrier et à distraire l'homme éclairé. Répandues dans toutes les écoles de jeunes gens et de jeunes filles, elles prennent une grande place dans les études. Les beaux ouvrages dus à mes heureux continuateurs, les de Parville, les Guillemin, les Meunier, les Tissandier, les Félix Hément, les de Fonvielle, mes savants émules et mes constants amis, entretiennent le goût du public pour les côtés agréables et utiles de la science.
Gomme conséquence de ce goût général du public pour les livres de science populaire, . une branche toute nouvelle du commerce de la librairie, d'une importance énorme, car
elle se chifl're annuellement par des millions, s'est créée en France depuis vingt ans, et sest répandue bientôt chez toutes les nations des deux mondes, où nos livres sont traduits, imités, ou spécialement rédigés dans les lan gués originales.
Tels sont les résultats des efforts laborieux de ma jeunesse, et si je les constate ici, ce n'est point par orgueil — on sait bien que tel ne fut jamais mon défaut — mais pour montrer le chemin que peut faire une idée qui, au début, ne rencontrait qu'oppositions, résistances, luttes et préjugés.
Le théâtre scientijîqiie me paraît appelé à rendre au public les mêmes services que lui ont rendus les ouvrages de science vulgarisée ; et pour réussir dans la nouvelle tentative qui doit couronner ma carrière, je compte sur le bienveillant appui des amis du progrès, et sur celui des gouvernements qui désirent répandre dans l'esprit de la jeunesse et du peuple, les notions de la science et de la vérité .
Dans un étal démocratique, comme la France, où, grâce au suffrage universel, le peuple est le souverain du pays, il faut que le peuple soit
instruit. Attachez vous donc à instruire le peuple; et quand un mo\en, non soupçonné jusqu'ici, soflre à vous, pour répandre, en même temps que la distraction du théâtre, un enseignement scientifique et des exemples de haute moralité, vous, partisans du progrès social, vous qui voulez à une société nouvelle des horizons nouveaux, accueillez cette innovation avec joie et sympathie. Adoptez, encouragez le théâtre scientifique, et que, grâce à votre concours, celte création nouvelle prospère et réalise dans les masses populaires tout le bien qu'on peut en attendre.
Comme il est dit à la première page de cette préface, les gouvernements, les chefs d État, les municipalités, se désintéressent trop des questions théâtrales. Ils négligent un des moyens les plus puissants d'éclairer, d'instruire, de moraliser les classes populaires. Vous voyez, de tous les côtés, pulluler la lèpre des cafésconcerts, qui finiront par remplacer les théâtres. 11 est impossible, dit on, de lutter contre ces établissements, que protège, la liberté du commerce. Mais à côté des intérêts matériels des entrepreneurs de grivoiseries, il y a les intérêts moraux de la nation, et la
piToccupation du bien public. Demander la création, dans les «^lajides villes de la France, de IhéAlrcs populaires de drame et de comédie, qui seraient consacrés uniquement à représenter des pièces morales et instructives, serait trop exigei-. sans doute, avec la frivolité actuelle des goûts du public; mais il est permis d'appeler les encouragements de l'Etat, ainsi que l'aide et le sympathique concours des particuliers, sur l'institution, dans les théâtres, de matinées dramatiques et scientifiques, qui répandraient dans la jeunesse des écoles instruction et amusement, tout à la fois.
Comme exemple de l'utilité du théâtre scientifique, au point de vue de l'instruction populaire, je prendrai la première comédie de ce recueil, le [Mariage de Franklin, où je me suis appliqué à rassembler la série complète des effets physiques, mécaniques et physiologiques propres au tonnerre et à la foudre. Celui qui aura assisté à la représentation de cette comédie, ne sera jamais tenté de considérer le tonnerre comme une manifestation surnaturelle, comme un signe du courroux céleste ; ce que croyaient les anciens
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peuples, et ce que croient encore aujourd'hui bien des esprits faibles, ignorants ou superstitieux, esclaves de la tradition du passé. Il n'y verra qu'un superbe et grandiose phénomène de la nature, ([uil faut admirer et étudier, sans autre préoccupation que de rendre hommage h la science, (jui nous en a dévoilé les causes, et au génie de Franklin, qui nous a donné le moyen d'en conjurer les dangers. Sans doute, les ouvrages de science populaire, contribuent à dissiper les préjugés publics concernant le tonnerre ; mais le livre est silencieux et froid. Une représentation théâtrale, qui montre au spectateur les phénomènes physi ques se rapportant au tonnerre et à la foudre, sous une forme matérielle et saisissante, ferait bien mieux entrer ce genre de notions dans l'esprit de la jeunesse.
Le gouvernement de notre pays a fait des prodiges pour répandre l'instruction dans toutes les classes de la société. Il distribue au peuple des villes et des campagnes, l'iushuc tion gratuite. Outre l'enseignement ofliciel de l'État, c'est-à dire l'enseignement priiiiiaire et secondaire, dont le cercle a'élargit constam
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ment, riniliative privée supplique, avec le plus grand zèle, à muUiplier les moveiis el les centres d'instruction. Partout Ion crée des bibliothèques populaires: partout souvrent des cours de science, pour la jeunesse el les adultes. Ne pourrait-on ajouter le Ibéàlre à tQus ces movens d'instruction > Si l'on parvient, avec un drame ou une comédie, h enaei gner quelque vérité utile, à expliquer quelque lait important de la science, on réalisera lancion adage utile dulci. on contribuera à linstruclion de la jeunesse, et Ion étendra, en même ^cmps, les limites de l'art dramatique. Un écrivain français, à l'imagination puissante, M. Jules Verne, a réussi à introduire la science dans le roman. J'entreprends, de mon côté, d'introduire la science au théâtre, et je soumets les prémices de mon œuvre à l'appréciation de la critique littéraire et des amis du progrès.
J'ai cru devoir mettre en tcte de chaque comédie ou drame, une sorte d'cAvertissemenl , comme on le faisait au temps de Corneille et de Racine, pour expliquer le sujet de la pièce
c'c'slàdirc l'aiicctlolc scienlifiqne, (juaiid il s*a«>:it diuie comédie; uii lési.inc de la ])io^ra phie du personnage, quand il s'agit d'un drame historique. La comparaison entre le sujet et la pièce que j'en ai tirée, ne sera pas sans inlérf'l pour le lecteur. Elle montrera ce qu'un fait scientifique, iïoid et incolore, en apparence , peut quelquefois prendre, à la scène , d'elïets variés de mouvement et de couleur.
LE MARIAGE l)E FRANKLIN
COMÉDIE EX UN ACTE
l:epre<entec pour la première foi.-. . iMns. sur le Th.^atiie des Mems-Plaisirs. le 20 avril 18S9
ISenjainin I iniikliii, en quittnnt FAmi^vique. pour riUer travailler, coimnp im[)rinieuf et publicisto. ù Londres, avait lai>;séà lliiladelphie un^ liancée. miss i;éhornh Reatf, qu'il d-wail ••pousiir à son retour Mais une fois eu vnglH:erre. il négligea de donner (l.! ses nouvl'es à la fainillo de la jeune lille. et sa :i. ère crut devoir marier DJborah '• un certain Uoger, poti'er de son état. « -e inaria^e fut, -l'ailleurs, nial- I eureuK. lloger était un maiiv.iis t'rtrnement; on le soupçonm même l'avoir une autre femme, de- sorte que, peu d-- tenifis après le mariaye, le divorce fut |irononcj entre les deux é|>oux.
De retour à r'hiladel[iliie. IranUlin apprit î-vec rliagriu la triste sitiuition de Dél)orali; et couune il l'aimait encore, ii l'épo'sa le l-r septembre 173(>. ;i i'àu"' 'i«? ~4 fins {Mémoires de Benjumin Franklin, écrits par Lui-même, traduitsdel'anglais i»ar Kd uard l.abonlayé. Paris. 1879. librairie Hachette, in 18, o" H(iiiiou, pagrt 147).
< e ttail historique est le sujet de hi pièce, le Mariage de Franklin.
Irariklin, revenant de Londres, .••nive à I hiladel- |ihie le jour même du mariage dr; Dèborah avec lio^^iT: mais grâce aux moyens et coiiil iiiaisons qui sont (lu ressort du thèà te, le mariiis^e cclébré le matin es annulé, et Kranklin épo sera !)éb iiah. I e «iiaer dt; noces prèp irè pour lloger, sira le ri^pas de liançailies de l-'raidilin
An trait iiistoriqiie du mariage de Franklin. I'mu leur a juitil, -laiis sa comédie, 1 exhibit on sCLiiique des propiiétés ib; lafoud-eet ririvtniioti du paratonnerre
PERSONNAGES
UENJAiMIN FRANKLIN (24 ans). Mr*Ch. Hussv
RFIAD, vieux négociant Vn.i..
DICK, garçon de taverne Vavassi;ui<.
BOB, mendiant Peuier.
MEREDITH ..... .Mun.f.u.
COLEMAN / . , ^ , ,. Declercq.
o/AOL-D-r , AmisdcFranklin ,-.
ROBLR 1 \ h ROM1.NT.
Nicolas SCOULL' B
ERTIIÎER.
MiSTRESS OODFREV (40 ans) M" Eugénie l'i:rrr.
MissDÉBORAH,lilledeRead(2oans) Savei.ei. ROSALIE, jeune servante Bru.nnik.
Six Mi;.MiiRES de i.'Acadi.mii. dis lAiii.ii-.us de clmrs-
Uaciion se passe à l'hiladclpliic. en ijjo.
Une taverne. — Porte au fond ouvrant sur une place publique. — Portes latérales. — A gauche, au deuxième plan, un bahut, et au premier plan, une grande table. — A droite, au deuxième plan, un comptoir. — Une fenêtre à gauche, deuiième plan.