SCÈNE VIII
THÉOGÈNE, pais BRANCOLAR, (il entre par le fond)
THÈOCiÈNE
Calmer un homme qui a dans le corps le sang d'un Turco, ce n'est pas bien facile! Mais enfin...
BRA.NGOLAR, il est gris
« Prenez... prenez mon sang ! » a dit leTurco. Je l'aipris, et je suis tout à fait Turco !... Tiens tu es encore là, Théo? Eh bien, tout est convenu avec mes témoins. On se battra aujourd'hui.. . au bois de Vincennes... à dix pas... M. Gustave ht... moi ici. (iifait sembiani d'ajuster.) Et paff ! Il y aura sur la terre un insolent de moins... On échangera trois balles... cela a été décidé, avec les témoins, le verre de Frontignan à la main (Faisant claquer sa langue. )Très bon ce petit Frontignan! Les témoins ont bien fait les choses... Et moi aussi, sacrebleu ! je les ferai bien sur le terrain ! (il prend a boite rouge sur la cheminée, et mange des pilules rouges.)
THÉOGÈNE, à part
11 avale des pilules rouges!... Est-ce qu'il ne se tl'OUVe pas assez Turco ?. .. (Lui prenant la boite des mains.) Mon ami, mon ami, tu veux donc te mettre le diable dans le corps! (à part.) Si je le laissa' s faire, ce ne serait plus un Turco, ce serait un démon, (il remet la boite sur la cheminée.)
BRÂNCOLâR, toujours agité, et arpentant le théâtre
Oh ! je lui logerai une balle dans la tête, à ce Gustave ; il peut y compter I. . . (Apercevant les drogues qui sont sur le guéridon.) Mais, que diable as-tu mis là ?... Pour qui toutes ces drogues ?
THÉOGÈNE, s'approchant du guéridon Mon ami, mon cher ami, elles sont pour toi»
BRANCOL.\R, reculant brusquement Pour moi?... Ah, par exentple, non !.*.
SCPINE VIII 27
THÉOGÈNE, prenant «ur le (.'aériJon, la boite de pâte de gniraaoTe, et la îai ofTraat
- Mon cher Brancolar . . . un peu de pâte de guimauve. . .
BRâ.XCOLAR
De la guimauve?... Sapristi ! j'en ai hien assez dans le tempérament !..(II jette, d'un revers de v^ûo, la bolle de guimaave, que lai présentait Brancolar.)
THÉOGÈNE. lai présentant un paquet de rhabarb« Un peu de rhubarbe. . rii-n qu'un pt-u !
BRANCOLAR
Veux-tu me laisser tranquille ?
THÉOGÈNE, à part
Ni guimauve, ni rhubarbe ; essayons autre chose. (H lire nn journal de sa poche) (haut.) Veux- tu jeter un COUp d'œil sur ce nouveau journal ? Tiens, assieds-toi là, (Il le dirige doucement vers la cheminée, et le fait asseoir) dans Ce bon fauteuil, et lis la Sentinelle, journal du soir et du matin. C'est un journal très b en informé. Politique, critique, esthétique, littérature, horticulture, tigriculture, pisciculture, sylviculture, ostréiculture apiculture. {X part.) Si tout cela ne lendort pas !.. .
BRàXGOLAR, se levant furieux, et jetant le journal, d'un revers de main
Eh ! je n'aime pas la politique !
THÉUGÈNE, le poursuivant, avec un écran chinois, qu'il a pris sar la cheminée
Mon ami, prends cet éventail... Tu as besoin de te rafraîchir le sang.
BRA.NGOLAR
Le sang d'un Turco n'est jamais trop chaud ! (Il jelte à lerre l'éventail, d'un revers de main.) (Très véhément.) Monsieur le docteur Théogène, voulez-vous me faire le plaisir de me laisser en repos ?
THÉOGÈNE, allant s'asseoir au guéridon
Ah ! mon ami... depuis quarante ans, le mot gène était supprimé entre nous. Tu m'appelles Tliéogène ?... Je ne suis donc plus ton Théo ?... ton petit Théo?...
BRANCOLAR
Théo, ou Théogène, voilà le cas que je fais de votre pharmacie ! (il prend le papier gris et les drogues qui sont sur le guéridon, et jelte le tout par la fenêtre, k gauche.) Et si VOUS ne sortez pas à l'instant, j'en ferai autant de votre personne, docteur Théogène Colomas !
ÏHÉOGÈNE, à part Eh bien, J'ai joliment réussi à le calmer.
BRANCOLAR, se promenant à grands pas
Monsieur voulait me faire avaler ses drogues et ses idées... Monsieur voulaitmeconduire à la lisière... Mais je suis le maître de mes actions, ventrebleu, et je le prouverai!
THÉOGKNE, il se love
Mon cher Brancolar, le Turco t'entraine trop loin. Il faut te mettre au régime. C'est l'heure de ton déjeuner. Commande, je te prie, pour aujourd'hui, ton menu rafraîchissant.