SCÈNE XVII
FRA.NKLIX, Mss GODFREY, (Elle entre par le fond, avec une robe bleue. Elle tient une lettre à la main).
M" GODFREY, très agitée, sans voir Franklin M. Read ! M. Read.
FRANKLIN
M. Read n'est pas là. mistress Godfrey. M^* GODFREY, joyeusement
Ah ! c'est vous. Franklin ? Que je suis aise de vous voir ! (Elle lui serre la main).
FRANKLIN, amèrement.
Vous revenez de la noce de Déborah, mistress Godfrey ?
M^* GODFREY étonnée.
Mais pas du tout, je reviens du port. Qu'est-ce qui peut vous faire supposer que je revienne d'une noce ?
FRANKLIN
Votre belle robe.
M*^ GODFREY, (très étonnée, regardant sa robe.)
Jésus I mon doux Jésus ! Ai-je la berlue !"Ma robe était grise ce matin, et maintenant elle est bleue! La couleur que je préfère !.. . Qu'est-ce que cela veut dire ?
FRANKLIN
Gela veut dire que vous passiez sur la place, au moment où le tonnerre toml>ait sur la vieille tour,- et que le tonnerre a fait changer la couleur de votre robe. Il a même eu la galanterie de lui donner la nuance que vous aimiez.
M«* GODFREY
11 parait que le tonnerre est teinturier. (Admirant la robe et soupirant) Ah! la jolie robe! Et comme elle serait plus jolie encore, si je pouvais y ajouter ma chaîne d'or, que ce misérable Bob... (Elle met la main danssapoche)(stupéfaite). Ah ! Jésus ! mon doux Jésus ! je vais me trouver mal de joie. (Elle retire sa chaîne de sa poche) Ma chaîne, ma superbe chaîne I elle est dans la poche de ma robe (Elle porte la chaîne à ses lèvres, mais la retire subitement). Mais j'y pense, si c'était le démon qui l'eût mise là?...
FRANKLIN, souriant Non, mistress Godfrey, rassurez-vous ! Bob avait
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sur lui votre chaîne d'or, et le tonnerre, en frappant Bob, a transporté la chaîne, de sa poche, dans la votre^
M** GODFREY
11 pai'aît que le -tonnerre est escamoteur! Elle passe la chaîne à son cou). Ah ! mais ma chaîne ne doit pas me faire oublier ma lettre (appelant) M. Read ! M. Read ! il faut que je vous parle ! . . . Où est-il donc passé, M. t\ead ?... Ah ! dans le jardin, sans doute ! ^Elle sort par la gauche).
SCÈ^E XVIII
FRANKLIN, DICK, ROSALIE, ils entrent par le fond.
DIGK, une grosse montre à la main
Ah ! M. Franklin, c'est vraiment prodigieux, merveilleux, miraculeux !
FRA-NKLIN
Quoi donc ?
DICK
Imaginez vous que je viens de trouver la montre du docteur James appliquée contre le cadran de l'horloge de l'Hôtel de ville ! Une montre qui va se régler toute seule, ce n'est pas naturel. Il y a là dessous quelque sortilège.
FRANKLIN
' Non, mon ami, il n'y a pas de sortilège, il n'y a que de la physique. La montre se trouvait dans la vieille tour, et la foudre, qui a la propriété de transpovter
les corps à distance, l'a lancée contre le cadran de l'horloge, qui est en face.
DIOK
Il paraît que le tonnerre est horloger.
ROSALIE, qui a écouté Dick avec surprise
Ah ça ! mais, Dieu me pardonne, Dick. tu parles sans bégayer?
DICK étonné.
Tiens! c'est vrai ! je ne bégaye plus ! .. C'est le résultat de la frayeur Quand la foudre est tombée sur la vieille tour, ça m'a donné un coup... Et il parait que ça m'a rendu la parole, (.soupirant.) Mais maintenant que je n'ai plus peur, je crois bien que je vais bégayer de nouveau.
FRANKLIN
Non, mon ami, la commotion a délié ta langue paralysée. Le tonnerre t'a guéri pour toujours.
DICK gaiement.
11 parait que le tonnerre est médecin !... Alors, Mlle Rosalie, sans bégayer, j'ai l'honneur de vous demander votre main.
ROSALIE
Monsieur Dick, je n'ai qu'une parole ; puisque vous parlez si bien, voilà ma main.
(Elle lui tend la main.)