‹ La science au tháâtre; comédiesChapitre 57 sur 259 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

BERNARD, seul

Chassé!... je suis chasse d'ici! Il me faut dire adieu à ce jardin, où je l'ai vue pour la première fois, aux arbres qui ont abrité nos serments, à l'air qu'elle respirait, aux fleurs qu'elle admirait ! Le matin, quand cette croisée s'ouvrira, (il montre la croisée du liaviiion.) je ne serai plus là. pour recevoir son premier regard. Et là-bas, sous le grand marronnier, l'écho ne répétera plus l'adieu qu'elle m'adressait, le soir, de sa douce voix. Tout ici me parle d'elle, tout m'attire, tout me retient, et il faut partir !.. Et penser que j'aurais obtenu sa main et réalisé le rêve de ma vie, si j'avais réussi à découvrir le secret des familles végétales!... Ne parviendrai-je donc jamais à saisir les rapports que j'entrevois, que je pre.<sens, que je devine, mais que je ne puis formuler !. . Veilles, fatigues, observations répétées et constantes, rien n'a pu me permettre de soulever le voile qui dérobe à mes yeux ce secret de la nature. . . Allons I il faut y renoncer, et quitter à jamais ce séjour charmant, que l'étude et l'amour me faisaient doublement chérir... Mais avant de partir, que mes lèvres déposent un dernier baiser sur le bouquet arrangé par les mains de celle que j'aime, (il prend

le bouquet de fleurs artificioUcs, resté sur le banc de gazon. Il se place au-devant de la scène, contemple le bouquet, et tout à coup, SCS yeux s'éclairent, sa figure s'illumine.) Mais que V0is-J6? Dans ce bouquet sont réunis les types de toutes les fleurs que ce jardin renferme, et qui sont comme une représentation abrégée des productions végé-

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taies du monde entier; et il me semble que toutes ces lleurs me parlent, illuminent mon esprit, éclairent ma pensée! ., Voyons, voyons, je ne rêve pas, je suis bien éveillé, j'ai toute ma raison ! Ce qui se passe en moi est peut-être un miracle, mais c'est le miracle de l'amour. Ce que l'étude, l'attention, la réflexion patiente, n'ont pu me révéler, je l'aperçois dans un subit éclair qui jaillit de mon cœui' î Oui, l'amour et le désespoir me découvrent le secret que j'ai tant cherché ! La réunion des lleurs de ce bouquet me dévoile tout le mystère des familles végétales. (H étale

le Kouquet sur la lable. à droite, et en tire des plantes, qu'il réunit

en un petit groupe. i En réunissant toutes les fleurs découpées en vasques élégantes, c'est-ù-dire les tulipes, les lys, les jacinthes, je crée une famille... la famille des Liliacées!.. Ces épis de blé, d'or<ze. de seigle, de mais, joints les uns aux autres, formeront la famille... des Graminées!.. Ces fleurs multiples, groupées autour d'un même centre, marguerites, bleuets et dahlias, me donneront la famille... des Composées ! Ces gentilles plantes, aux parfums aromatiques, je les appellerai... les Labiées ! Ces fleurs mignonnes, arrangées en ombelle prendront le nom... d'Ombellifères... Celles-ci, douces et tendres... des JlalvacéeS. (Prenant sur la table une branche de fougère.) Ces humbles plantes, toujours vertes, qui tapissent le sol des forêts de leur feuill^ige, linement découpé, formeront la famille... des Fougères. (Prenant sur la table un brin de mousse.) Un brin de mousse ?... Les mousses ont le privilège d'enrichir ce qui est pauvre, d'égayer ce qui est triste, on ne doit pas les séparer ! (II va à pp.ucbe, et prend sur une charmille, des Orchidées, qui y sont suspendues.) Ces fleurs élégantes et bizarres, aux couleurs éclatantes, qui semblent des enfants de l'air,

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car elles vivent sans racines et loin du sol, buvant la rosée du matin et recevant les baisers du soleil, je les appellerai... les Orchidées I (H se baisse au pied de la coulisse, à gauche, près d'un arbre.) Et dans le ruisseau qui coule aux pieds de cet arbre, ces plantes submer. gées, qui laissent flotter au gré du courant, leurs lanières llexueuses, j'en ferai la famille... des Algues (Revenant en scène.) Et maintenant que je possède le secret des familles végétales, maintenant que je peux arranger les plantes en groupes naturels, courons au Jardin botanique!... Ce que je viens de concevoir par un éclair de ma pensée, je veux l'inscrire sur le sol ; je veux le traduire à tous les yeux ! Je vais réunir dans Ifs carrés du jardin, les plantes qui composent chaque famille; puis, je montrerai à M. Barneville les plantes ainsi distribuées, et tout en réalisant une grande découverte dans l'histoire naturelle, je me créerai des droits à la main de celle que j'aime.

(Il sort par le fond, à droite.)

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