SCÈNE QUATRIÈME
s'il existe un cœur qui réponde au mien ; car au sentiment secret de vive sympathie qui s'éveille en mon âme, et que j'essaie en vain de combattre, on ne répond que par l'indilTérence .et la froideur... Vous vous plaignez, Colombet, que je ne fasse aucune attention h vos déclarations, ni à vos soupirs. Ah! vous êtes bien vengé !. . . (Changeant de ton.) Savez-vous si M. Pilâtre de Rozier doit venir aujourd'hui à la Muette?
COLOMBET, à part, avec regret.
C'est Pilâtre qu'elle aime! Ah! pauvre Colombet, renfonce tes soupirs!
JOSIANE
Je vous ai adressé une question; vous n'y répondez pas, M. Colombet?
COLOMBET, d'un air grognon.
Pardienne, oui, il viendra, M. Pilâtre, et plutôt deux fois qu'une... Il est toujours fourré ici... Le patron ne peut pas faire un ballon grand comme la main, que M. Pilâtre ne vienne le voir. Jugez donc pour l'immense globe qui doit partir aujourd'hui. Je suis sûr qu'il est déjà dans le jardin, à tourner autour.
JOSIANE, joyeusement.
Vous croyez ?
COLOMBET, toujours de mauvaise humeur.
C'est la passion de Pilâtre, les ballons !...
JOSIANE
Il me semble, que vous pourriez dire M. Pilâtre de Rozier, et non Pilâtre tout court.
22 LE PREMIEK VOYAGE AERIEN
COLOMBET, bourru.
Je ne ci'oyais pas devoir autant crégards à un jeune homme qui n'est rien et ne fait rien.
JOSIANE, vivement.
Ce jeune homme qui n'est rien, dites-vous, est pourtant de famille noble ! Il a le droit de porter 1 epée. Son cœur est généreux, son âme loyale et brave. Il mérite tout votre respect.
COLOMBET, à part.
Bonté divine ! quel feu pour l'amateur de ballons!...