SCENE PREMIERE
FRANÇOIS HUBER, BURNENS. Il est assis devant la table, à droite, et regarde dans la ruche.
BURNENS.
Maître, toutes les abeilles sont rentrées... Je les vois à travers la cloison de verre de la ruche.
FRANÇOIS HUBER
Eh bien! observe-les pour moi, puisque le sort m'a privé de la vue. (Il s'assied dans le fauteuil.) Allons, Burnens, dis-moi ce que fait notre cher petit peuple.
BURNENS.
11 se prépare h changer de gouvernement.
FRANÇOIS HUBER
Gomment, encore! 11 n'y a pas un mois qu'il a élu sa dernière reine.
BURNENS.
C'est vrai, mon cher maître, mais à l'agitation qui règne dans la ruche, je vois bien qu'il y a conspiration et complot contre le pouvoir... Une révolution est imminente.
FRANÇOIS HUBER, souriant.
Une révolution ? Nous ne sommes pourtant pas en France.
BURNENS.
Non, nous sommes à Genève ; mais on dirait que le vent révolutionnaire a franchi les Alpes, pour venir souffler sur nos chères abeilles.
FRANÇOIS HUBER
Ce n'est pas une révolution politique qui les occupe, mon ami, c'est une révolution sociale. La moitié des abeilles est forcée d'émigrer; et cette mesure, toute nécessaire qu'elle soit, ne peut s'accomplir sans amener une certaine perturbation.
BURNENS.
La ruche se dérdoublerait... et pourquoi?