SCÈNE PREMIFRE
FRANÇOIS HUBER
Je vais te le dire... La température ordinaire d'une ruche est de vingt-huit degrés, n'est-ce pas ? Eh hien, regarde au thermomètre, qui est dans la ruche, combien il y a de degrés en ce moment.
BURNENS, re'iraat un the momètre de U riichs. Trente-cinq !
FRANÇOIS HUBER
Cette chaleur insolite est causée par un excédant de' population. Depuis le dernier recensement, la population de la ruche a doublé ! Or, les abeilles, qui connaissent fort bien les lois de l'hygiène, ont pris un grand parti. La moitié du peuple se rendra dans la campagne, sous la direction de la reine, pour fonder une colonie nouvelle, et l'une des jeunes abeilles élevées pour le trône, sera appelée à régner sur la moitié qui restera dans la vieille ruche.
BURNENS.
Peupler un pays désert avec l'excédant des maisons trop remplies; éviter l'agglomération mal saine des grands centres de population, et donnera chaque habitant la quanti té, d'air qui est nécessaire à son bien-être... voilà une mesure de salubrité publique que nos édiles genevois feraient bien de méditer.
FRANÇOIS HUBER
Oui, mais la difficulté est de décider la reine à parlir... Elle n'obéira qu'à la dernière extrémité.
10 LA RRPuni.iQur: des \brilt.es
BURNENS, regardant de nouveau dans la ruche.
Voilîi, en elï'et, de vieilles abeilles qui eiiLoureiif. la reine, comme pour lui donner un conseil, et elle replie ses ailes, d'un air résigné.
FRANÇOIS HUBER
Elle se décide à abdiquer.
BURNENS.
Et la nouvelle reine, ouvrant majestueusement ses ailes, parcourt la ruche, d'un air triomphant.
FRANÇOIS HUBER
Elle salue le peuple.
BURNENS, riant.
Et on dirait que le peuple crie : vive la reine !
FRANÇOIS HUBER
Jusqu'ici je t'ai laissé dire la reine, parce que c'est le mot dont on se sert pour désigner la mère des abeilles. Mais c'est à tort qu'on lui donne ce titre ; car elle ne règne, ni ne gouverne. Le peuple commande, la reine obéit... L'association des abeilles a une forme absolument républicaine, et la reine est la Présidente de cette République. Si elle a une cellule plus grande et une nourriture plus succulente que celle des ouvrières, si on lui prodigue les soins les plus tendres, si on lui permet de rester oisive, au milieu d'une tribu laborieuse, ce n'est point parccqu'elle est reine, mais parce qu'elle est mère. Ce n'est pas la royauté qu'on glorifie en elle, c'est la maternité. Seule, en