SCÈNE ONZIÈME
feuille, à Chrisfiana.) (Ils mangent.) Jamais je n'ai fait un meilleur repas I Ahl ma jolie Fougère!... (Christiana étend îa mîTin comme s^^il pleuvait.) Il' pleÛt ? Mais non! (Christiana va prendre dans le tombeau une peau de renne et quatre pieux. Elle enfonce les quatre pieux aux quatre angles du banc de mousse, et étend la peau de renne sur les pieux, comme un toit, puis elle reprend sa place sur le banc de mousse.) Ahl je comprends, quand il pleuvait, vous vous mettiez à Tabri.sous une peau de renne?... (Christiana fait un s'gne affirmatif, puis elle se blottit tout près de sir Evans.) Ah ! qu'on est bien ainsi, ma. douce fiancée I (Christiana prête l'oreille, d'un air inquiet, se lève avec effroi, et fait comprendre qu'ils sont assaillis par des bêles téroces.) Tu te souviens des bêtes féroces qui, bondi^ant tout-à-coup, venaient cruellement interrompre vos doux entretiens? (Christiana fait un S'gne affirmatif. Elle prend dans sa ceinture sa hache de silex, fait 1.! geste de frapper à droiie et à gauche; puis, se redressant fièrement, elle fait comprendre que les animaux sont étendus morts à ses pieds.) (Regardant la hache de silex.) Ah! vaillante petite hache! Il y a des milliers de ces haches de pierre au musée de Saint-Germain, mais aucune ne vaut celle dont tu te sers avec tant d'adresse... Veux-tu me donner cette hache, plus précieuse pour moi qu'un bijou? (Christiana fait un geste négatif, et remet la hache à sa ceinture.) Mais, dis-moi, quand ce n'était pas seulement deux ou trois bêtes féroces qui venaient vous assaillir, mais des troupeaux dé loups, d'byènes et d'ours terribles, comment faisiez-vous pour échapper à leurs griffes et à leurs dents ? (Christiana prend dans le tombeau un petit canot creusé dans un tronc d'iirbre.et le met sur le ruisseau; le canot glisse rapidemeiit et disparaît, et elle fait signe qu'il les emportait bien loin.) Ah ! seul avec toi, dans un petit canot, que je voudrais pouvoir fuir,
et remonter le cours du passé ! . . . (Ghristiana regarde avec désappointement une grande déchirure, qu'elle a faite à sa tunique.) Tu as déchiré la tunique?.., (Ghristiana hausse les épaules gaiement, prend dans un petit sac de peau de renne suspendu à sa ceinture, une aiguille formée d'une arrête de poisson, du fil, s'assied et coud sa tunique.) Un9 aiguille en arête de poisson?... J'en ai trouvé bien souvent dans ces parages, mais je n'avais jamais espéré en voir courir une sous les doigts charmants d'une couturière d'avant le déluge! {Ghristiana, après avoir recousu la tunique, prend dans le tombeau, des colliers, des bracelets en grains rouges, les passe à son cou, à ses bras, et fait comprendre qu'il y a beaucoup de monde autour d'eux.) Tu me fais signa qu'il y avait, ce jour-là, beaucoup de monde autour de vous? (Signe affirmatif de Ghristiana. Elle fait mettre à sir Evans la main sur son cœur, et elle met la main sur le sien, en regardant autour d'elle, comme si elle prenait à témoin de nombreuses personnes.) Et devant tous, tu acceptas pour époux celui que tu aimais ? (Ghristiana fait un signe affirmatif. — Elle prend le bras de sir Evans, et marche avec lui.) (Inquiet.) Et il te conduisit dans sa demeure? (Ghristiana fait un signe négatif, chancelle et s'affaisse près du banc de mousse ; puis elle se relève et fait signe qu'on l'ensevelit dans le tombeau.) Tu tombas en léthargie, on te crut morte, et on t'ensevelit, le jour même de ton mariage? (Signe affirmatif de Ghristiana.— La prenant dans ses bras.) Mais tu es réveillée, tu es vivante, je t'aime!... et je remplacerai l'époux auquel le destin t'a si vite arrachée!...