SCÈNE DEUXIÈME
MIRJOLET.
Faites excuse, M'ssieu le Marquis... Et même que je me disions: « M'ssieu le Marquis veniont sû- « rement pour surprendre M'ssieu Charles, son (t neveu. »
LE MARQUIS
Oui, mais j'aurais mieux fait de le prévenir de mon arrivée; car il n'est pas chez lui... Pourrais-tu me dire où il est?
MIRJOLET.
Non, M'ssieu le Marquis; mais Fougasse, ma femme, qu'a été sa nourrice, deviont le savoir... Elle saviont tout, Fougasse...
LE MARQUIS
Et toi, tu ne sais jamais rien... Allons, je vois que rien n'est changé depuis que je ne suis venu à Langrune.
MIRJOLET.
Faites excuse, M'ssieu le Marquis, tout est changé depuis que vous n'êtes venu à Langrune. Car alors. Fougasse, ma femme, une rude femme, jarniguienne!... (Il rit d'un air bête.) était nourrice, et au jour d'aujourd'hui, c'étiont moi.
LE MARQUIS, souriant.
Tu es nourrice ?
MIRJOLET.
Non! je sommes nourrisseurî... et éleveur, et engraisseur.
LE MARQUIS
Je ne comprends pas.
MIRJOLET.
Voilà, M'ssieu le Marquis, comment que c'est. arrivé... Fougasse, ma femme, étionL la plus forte nourrice du pays. Elle ne sévriont un petiot que pour nourrir une petiote... Ce n'est point par vantardise, mais les nourrissons de Fougasse étiont les plus beaux gars du village, en commencnnt par M'ssieu Charles, votre neveu.
LE MARQUIS, hocbant la tête.
Mon neveu ? Un joli garçon que ta femme a nourri là.
MIRJOLET.
Le tem|)s des nourriceries, c'était le bon temps, M'ssieu le Marquis! Mais un joue... nenni!... c'était un soir... nenni, c'était une nuit... Fougasse, ma femme: (D'une giosse voix.) « N'y en a plus,. qu'elle « me dit. » (D'une voix natuielle.) « Quand y en a plus, « y en a encore, que je lui réponds... Chacun son « tour. T'as fini toi... eh ben moi, je vas commen- « cerl... (D'une grosse voix.) « Imbécile! qu'elle me ré- « plique comment que tu feras pour donner à têter u aux mioches ? Tu n'as rienpoiu'ça ! » « C'est vrai « que j'y réponds, je n'ons rien pour roi,; mais je (( pouvions acheter des hétes cornues, comme qui « dirait des chèvres, des btUes poilues, comme qui « dirait des ânesses, des bêtes fourchues, comme « qui dirait des hrebis, et dans un jour, toutes ces « bêtes-là fourniront plus de lait que toi dans toute « ton existence». « Achète donc les bêtes, qu'elle « médit. » Et v'ià comment. Fougasse n'étant plus nourrice, je sommes devenu nourrisseur.. . Mais la v'ià. Fougasse, ma femme, jarniguienne! ■
Il rit d'un air bêfe.
SCtiNE TROISIÈME 11