SCENE III
Les Mêmes, FOUGASSE, tenant un jonc, sur lequel sont enfilées quelques tasses.
FOUGASSE, à Mirjolet, sans voir le Marquis.
Eh! ben ! te v'ià toi, les bras croisés ? (Très vite.) Les bestiaux sont-y soignés, l'eau tirée, l'étable balayée, la cour arrosée? Les vaches ont-y bu ? les chèvres ont-y mangé ? Les poulains ont-y promené les juments ont-y leur paille ? les brebis leur litière ? les poules leur picotin ? Les ânesses sonty tant seulement étrillées ?
MIRJOLET.
Je n'avons point quatre bi\is !...
FOUGASSE
Pour faire ce que tu fais, tu en as ben deux de trop, va ! (Mirjolet montre le Marquis, en mettant un doigt sur les lèvres.) (Au Marquis.) Faites excuse, M'ssieu le Marquis, je ne vous avions point vu... Vous v'ià donc à Langrune, h c't'heure ?
LE MARQUIS
Oui, je suis arrivé ce matin.
FOUGASSE, à Mirjolet
Eh! ben ? quoi que tu fais là, à bayer aux corneilles? Et ces tasses, faut donc point les remplir, et les porter au château ? (Elle lui donne le jonc.) Allons, plus vite que ça ! (Mirjolet laisse îomber le>nc et
i2 CIIERGÎTEZ LA FRAISE
les tasses,) (lui donnant un soufflet.) Via qui l'apprendra h casser la vaisselle !..
LE MARQUIS
Et tu te laisses traiter ainsi, mon pauvre Mirjolet?
MIRJOLET.
C'est que je pouvions point me regimber, M'ssieu le Marquis.
LE MARQUIS
Et pourquoi donc ?
FOUGASSE
Parce qu'y mérite d'être traité dur... Si vous saviez ce qu'il a fait, M'ssieu le Marquis, vous taperiez dessus plus dur que moi encore.
LE MARQUIS
Qu'a-t-il donc fait ?
FOUGASSE
Une bêtise qu'^ point sa pareille...
MIRJOLET, bas à Fougasse, en la tirant par sa jupe.
Y penses-tu de conter la bêtise à M'ssieu le Marquis ?
FOUGASSE, bas.
Saperlotte ! c'est vrai!... J'métions emportée comme un bourriquet, sans savoir ce que je faisions. (Haut, se ravisant.) Cette bêtise... M'ssieu le Marquis!... (Très vile.) c'est que, sauf votre respect, Mirjolet faisiont tout le contraire de ce qu'il falliont faire. Pour aller à droite, il va h gauche; il commence, quand il faudrait finir; il finit, quand il