SCENE XII
Les Mêmes, FOUGASSE, MIRJOLET, ils viennent par
la gauche.
FOUGASSE
Quoi qu'il y a, M'ssieu le Marquis?
LE MARQUIS
Je viens de reconnaître que Charles n'est pas mon neveu! Vous allez tout de suite m'expliquer ce qui s'est passé chez vous, et ce que cela signihe?
MIRJOLET.
Aïe! aïe!... v'ià le pot aux roses découvert!
Il se cache derrière Fougasse.
FOUGASSE, prenant Mirjolet par l'oreille.
Allons! puisqu'il n'y a pas moyen de faire autrement, fais l'aveu de la chose à M'ssieu le Marquis.
SCKNE DOUZ'ÈME 4-.*3.
LE MARQUIS
Un aveu
MIRJOLET, pleurant.
Eh ben ! v'ià M'ssieu le Marquis, ce qu'est arrivé!... Fougasse nourrissait, en même temps que votre neveu, un pauvre orphelin, qu'avait laissé Simonne, la bûcheronne. Les deux petiots avaient la même prestance...
FOUGASSE
Mais je les reconnaissions ben tout de même ; car l'un avait des langes brodés et l'autre de la grosse toile.
MIRJOLET, d'un air mystérieux.
Et puis, celui qui portait des z'affîquets brodés, avait sous le menton une belle petite fraise.
LE MARQUIS
Oui, la fraise des Bellemare! . . . Mais continue ; je suis d'une impatience!...
MIRJOLET.
Un jour, comme les mioches venaient d'être sevrés. Fougasse me dit : « Je vas à la ville, chercher « la petiote à monsieur le Bailli. En m'espérant, « fais gigoter les gars ; ils aimiont çà ». Sauf votre respect, M'ssieu le Marquis, je mettions les mioches nus comme des vers ; et y gigottiont! y gigottiont ! Mais v'ia-t-y pas... clic, clac, clic, clac ! un beau postillon et un beau carrosse, et un beau M'ssieu tout galonné d'or, qui veniont chercher votre neveu!... Jarniguienne !... je perdions la tête; je prenions un petiot, et dare dare, je l'y mettions
les zalfiquets brodés; et je le donnions au M'ssieu galonné... Et clic ! clac ! tout çà s'en alliont... Mais quand Fougasse revint. .
FOUGASSE
<^ Imbécile ! (Elle lui donne un coup de poing.), que je « lui dis, tu t'as trompé de petit. T'as donné à l'en- « voyé du Marquis l'enfant de Simonne, et t'as gar- « dé à la maison le petit Marquis. A preuve que v'ià « la signature de la famille! » Et je lui montrions une petite fraise sur le cou du nourrisson qui nous étiont resté.
MIRJOLET
Et je m'arrachions les cheveux !...
FOUGASSE
« Ne te chagrine point, mon homme, que je te dis; peut-être ben que M'ssieu le marquis ne saviont pas que l'enfant a cette fraise. »
LE MARQUIS
Ne pas le savoir! . . . Mais, ventre-de-biche ! c'est la première chose qu'on regarde, lorsqu'un Bellemare vient au monde!... Et l'enfanta la fraise, qu'est-il devenu ; pendant que j'avais près de moi, un enfant étranger ?
MIRJOLET.
Le jour où il n'aviont plus besoin de lait, il lui falliont du pain ; et comme sa mère, Simonne, la bûcheronne, étiont mc>rte, ainsi que nous vous l'avions dit, Fougasse le porta à la meunière du Grand . Pont, en la priant de le nourrir quéqu' temps.