‹ La science de bien mourirChapitre 15 sur 128 · IMPORTANCE DU SUJET — MOYENS D'ÉTUDE · texte numérisé non relu

IMPORTANCE DU SUJET — MOYENS D'ÉTUDE

Utinam sapèrent et intelligcrcnt, ac novissima providereiit !

Ah I s'ils savaient, s'ils comprenaient leur destinée, leur fin, s'ils y pensaient d'avance !

(Deul., TJtxii, 2'J.)

I. Il n'y a rien de pins triste, de pins effrayant que cet avcuglemcnldc presque tous les hommes,' qui vont à la mort sans y penser. On meurt sans avoir jamais appris, et par conséquent sans savoir! Il n'y a pas de maîtres ni de leçons nulle part. Nous allons commencer.

Ainsi partout, en France et ailleurs, mais dans celle ville surtout de Paris, il y a une foule d'écoles spéciales, et des maîtres habiles pour toutes

les sciences et tous les arts ; il y a des cours publics, des académies célèbres, des instituts. — Eh Lien ! j'ose le dire, il n'y a pas une science comparable à celle de la Bonne Mort ; il n'y a pas une seule leçon aussi utile, aussi nécessaire. Et cependant il n'y a pas de professeurs, il n'y a pas un cours spécial, encore une fois.

Voyons l'objet direct de toutes ces éludes professionnelles, et le résultat ou la fin de — toutes ces sciences humaines. Comparons-les avec les enseignements de notre cours religieux, et nous verrons d'un côté la vanité, le danger même ; et de l'autre, l'importance et la fm, seules nécessaires. Quelle différence en effet ! car, saisis vouloir déprécier le travail de tant d'esprits supérieurs, ni la doctrine de ces professeurs habiles, il serait facile de démontrer : 1° la vanité de toutes ces belles paroles qui ne touchent qu'à la terre, qui restent dans le temps et ne sortent pas de cette vie, où tout est si petit, si court, si misérable ! et 2° le danger, parce que cette vaine science peut enfler le cœur, et trop souvent fait perdre les grandes lumières de la foi, comme il est prouvé par tant de tristes exemples... Ainsi on a vu des hommes qui savaient bien lire dans les cieux, sans y voir le nom du Dieu qui h s a créés ; ils expliquaient admirablement les lois qui gouver-

nent les astres, et ils ne savaient pas découvrir la main qui les a jetés dansTcspace et qui les dirige...

Comparons maintenant cette vraie science, celte philosophie de la Bonne Mort aux autres enseignements.

L'ÉTUDE DES LOIS. Mais on peut savoir, enseigner même le droit, et se perdre!,.. Il y a bien des docteurs en cette faculté qui n'ont pas connu ou qui ont oublié la loi de Dieu, et qui ont été condamnés à la mort éternelle... 0 vanité ! 0 vanitasi

La science ue la wéuecine. 31ais vous auriez beau connaître la cause, la marche des maladies, elles remèdes qui les guérissent... Vous seriez la lumière et l'oracle des écoles, on dirait de vous que vous savez arrêter, que vous faites reculer la mort.... Qu'importe ! si vous perdez la vie de votre âme ! Il y en a bien, parmi ces grands docteurs, qui n'ont pas su éviter la mort... la mort éternelle. 0 vanité! 0 vanitasi

L'art militauœ. El quand, dans la science de la guerre, vous auriez su, mieux que tous les autres, conquérir, c'est-à-dire ravager des provinces; quan 1 vous auriez mieux appris à remporter des victoires, c'esl-à-dire à tuer des hommes... si vous n'avez pas su vaincre les ennemis de voti-e âme, comme tant de guerriers fameux, et si dans le dernier combat vous étiez vaincu, si vous trou-

viez la mort éternelle ! 0 vanité des vanités ! 0 vanitas vanitatum !

Et quand enfin vous auriez la science la plus sublime des cieux, la gloire de l'éloquence et des beaux-arts, quand VOUS parieriez même la langue des anges, quand vous auriez tout appris, si vous ne saviez pas mourir,.,, bien mourir... 0 vanité dos vanités ! tout est vanité ! Vanitas vanitatum et omnia vanitas I (Eccl. i, 2.)

Xavier, le grand apôtre des Indes, aurait voulu revenir en France, pour dire cette parole aux académies, et l'apprendre à tous les savants de l'Europe... pour les sauver de la mort éternelle... Utinam sapèrent! Méditez donc, étudiez bien, et instruisez-vous pour votre salut.

II. Maintenant, un mot seulement de nos moyens d'étude, et des maîtres que nous pourrons consulter, pour arriver à cette science de la Bonne 3Iort.

Ces moyens ne peuvent être que les sources mêmes de la grâce... et nous les trouverons abondantes et précieuses dans l'Association. Ainsi la parole de Dieu, dans les instructions spéciales, et les leçons particulières qui nous seront données sur la mort ; puis la prière de tous les membres de l'Association pour obtenir cette grâce de la persévérance ; et enfin les sacrements dont on se

fera uno règle d'approcher plus souvent, mais surtout aux jours d'assemblées.

Nos maîtres seront les saints, nous consulteroas surtout ceux qui sont plus particulièrement le: '.protecteurs et les modèles de cette pieuse Association. Ainsi, et avant tout, Jésus-Clirisl, notre Seigneur et Dieu, dont nous devons étudier l'agonie et la mort,... et Marie, Mère des douleurs... Car, il ne faut pas l'oublier, c'est pour bonorer les souffrances et la mort de Jésus-Christ et les douleurs de sa sainte Mère, que l'Association a été fondée d'abord à Rome, et approuvée par tant de Pontifes... Enfin, saint Joseph, dont la mort précieuse a toujours été regardée, dans l'Église, comme le plus parfait exemplaire de cette grâce incomparable d'une sainte mort. Aussi est-il notre premier Patron, et notre spécial Protecteur.

Conclure cette première leçon par nue invitation pressante à venir au Cours. — A retenir et méditer ces graves enseignements. — Entin, une prière fervente à saint Joseph.

3i COURS DE LA BONNE MORT.

DEUXIÈME LEÇON

qu'est-ce que la mort?

Nomen illi mors.

Son nom, c'est la mort.

{Apoc, VI, 8.)

Pour apprendre, il faut travailler ; pour savoir une chose, il faut l'étudier, s'exercer enfin ; et il y a deux sortes d'études : l'une purement spéculative, l'autre pratique. On peut connaître parfaitement une tliéorie, et rester incapable d'en produire des actes, ou de la mettre en pratique ; définir la nature d'une vertu, sans être vertueux ; apprécier les qualités d'une œuvre artistique, sans pouvoir même tenter l'application de cette science, vaine dès lors et stérile. Mais ici, dans la science qui va nous occuper, il est comme impossible tju'une sihiple étude ne conduise pas à la pratique et à la perfection même de l'art ; puisque la pensée seule suffit, au témoignage d'un grand maître, le roi de la sagesse. Dieu, en un mot, qui l'a dit : Memorare novissima tua, et in aetomum non pcccabis. (Eccl,, vn, 40.) Souvenez-vous de votre fin, delà mort, et vous ne pécherez jamais.

Le but de cette leçon est de nous initier et de

LEÇONS PRÉLIMINAIRES. 3j

nouspivparcr à celte étude sainte, en définissant la mort, unique et important sujet de nos conlérences ; mais bien souvent, ce qu'il y a de plus dil'ticile dans les sciences, c'est une bonne dcfuiilion.

Qu'est-ce donc que la mort? Commençons, à l'imitation des pbilosopbes, par dire ce qu'elle n'est pas. La mort, ce n'est pas le néant : non ! tout ne meurt pas en nous, avec nous, ou, quand on est mort, tout n'est pas mort. Dieu l'a dit, la lumière de la raison et le sentiment du cœur, tout le prouve.

Si c'était le néant, la mort, nous pourrions rire d'elle ; mais si c'est Dieu, ah! qu'elle est belle ! — El si c'était l'abîme, quel malheur (1) !

Maintenant essayons de définir la mort : I. Par sa cause... La mort, c'est le salaire du péché, stipendia peccati mors! (Rom., vi, 23.) Mais c'est plutôt énoncer sa raison d'être que sa nature. La mort n'est, en effet, venue qu'après Je péché... Méditez donc un instant celte parole ironique de l'Apotre, stipendia! Ce salaire, vous l'avez mérité, bien mé-

(I) Le poëte h qui nous prenons ces pensées a dit seulement :

La mort, Si c'est le néant, rions d'elle, Mais si c'est Dieu, Dieu ! qu'elle est belle ! (LoimjcTZ.)

rite déjà et depuis longtemps. Dieu, qui est juste, vous le donnera bientôt; êtes-vous prêt à le recevoir? stipendia?

II. Par ses effets, la mort, c'est la séparation. Elle divise et sépare avec amertume ; elle déchire avec cruauté; déjà cette définition est bonne, vraie, philosophique, puisque la mort brise en effet tout lien ; séparant l'âme du corps, et sa victime de tout le monde, parents, amis, fortune, de tout enfin. Siccine séparât amai^a mors ? Amara (I Reg., XV, 32), oui, amère pour ceux qui tiennent trop à ces choses...

III. Mais la vraie définition de la mort, celle qui doit faire le sujet principal de cette leçon, je l'ai trouvée dans une parole sacrée par laquelle l'Esprit-Saint a révélé aux hommes l'essence, la vie et l'action de la Divinité même, en donnant toutefois à ce texte un sens particulier et nécessairement plus restreint. Ego sum a et w, principium et finis. (Apoc, I, 8.) Je suis le commencement et la fin... Oui, la mort pour nous est le principe ou le commencement de tout, la fin, le terme de tout...

La fin d'abord, la fin du temps, tempus non erit amplius. (Apoc, x, 6.) La fin de ce monde pour celui qu'elle appelle et en fait sortir... La fin de la grâce, la fin du péché aussi. La fin des vains plaisirs et des tristes épreuves de la terre. .. Tout

«stfini, finis venii, venit finis (Ezech. vu, 2), consummatum est... (Joan, xix,30.) C'est la fin même, dans un sens, de ce corps qu'elle va dévorer en silence, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien qu'une poussière impossible à reconnaître parmi les autres poussières. En un mot, la mort, c'est, comme disent tous les dictionnaires des sciences humaines, c'est la fin de la vie : parole naïve, sans doute, mais grave et pleine de lumière pour l'homme qui pense, car elle veut dire encore une fois : la fin de tout,... finis venit.

Mais aussi la mort est le principe, le commencement de tout, principium, de tout ce qui ne passe pas. de ce qui est éternel ; donc le commencement d'une autre vie, le principe des justices et des divines réparations ; le commencement, par conséquent, d'un bonheur éternel, d'une paix éternelle, d'une gloire éternelle pour les uns,... le commencement d'un malheur éternel, d'un désespoir éternel pour les autres. Car, sans cela, elle ne serait pas une récompense, un salaire, stipendia.

Méditez ces grandes vérités, et elles vous conduiront sans peine aux conclusions pratiques, en vous apprenant à vivre comme des hommes mortels, et à mourir comme dos hommes immortels... et vous vous direz enfin : Il y a une autre

38 COURS DE LA BONiNE MORT.

vie, il est temps d'y penser. Et cette autre viC:, qui Commence à la mort, est éternelle. Qu'ai-je lait jusqu'à présent pour cette vie, et que ferai-je ù dater de ce jour ?... Prière à Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est mort dans le temps pour nous donner cette vie de l'éternité.

TROISIÈME LEÇON

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