LA VIE
Tu qui es ?... quo vadis ?
Qui ctcs-vous et où allez-vous ?
(Joan., XII, 3C.)
Il y a doux questions, ce semble, et bien distinctes dans ces textes sacrés, mais, la solution ou la réponse étant la môme, nous avons cru pouvoir les réunir dans une seule leçon. C'est peut-être une des plus importantes de ce cours religieux. Connaissez-vous beaucou}) d'iiomnicsqui se soient adressé ces questions, ou qui les aient faites à la iMort, qui seule pouvait leur répondre? Ils mar-
client, la plupart; ils marchent, ces tristes et insensés pèlerins de la vie, sans se demander d'où ils viennent ni où ils vont. Ah ! quel bonheur^ si la voix de la Mort pouvait en éclairer quelques-uns, et les ramener dans le chemin ! car, hélas ! ils se perdent en si grand nombre ! Ils vont à l'abîme.
La Mort nous dira une parole de lumière et de vérité.
i" Sur la rapidité du voyage ou de la vie ;
2° Sur le terme de ce voyage.
I, La vie, la rapidité de la vie. Saint Augustin l'a bien définie en un mot : Vita in moiu ; c'est le mouvement ; et quel mouvement, en effet, sur cette petite terre ! comme la scène y change à chaque instant ! tous sont emportés à la Mort qui voit ce spectacle, et qui appelle et pousse tout le monde. Il y en a qui arrivent à chaque instant ; on a compté, nous l'avons déjà dit : c'est à peu près douze cents par heure, plus de trente mille par jour. Il y en a qui ne mettent que quelques jours, d'autres font la route en quelques années, mais tous vont bien vite. Il n'y a vraiment que les enfants qui ne savent pas cela. Mais les hommesqui croient avoir la raison, ceux même qui se disent les plus sages, les philosophes, ne veulent pas y penser, et beaucoup vivent comme
DEUXIÈME ANNÉE. Ho
s'ils ne devaient pas mourir ; ils marchent comme s'ils ne devaient jamais arriver. Et où donc vontils ? ô mon Dieu ! Nous le verrons tout à l'heure ; il ne s'agit en ce moment que de la rapidité de la course.... Eh hien ! que dit la Mort? Si elle prend le langage de la foi, elle dit que la vie est un songe, une omhre, une vapeur. C'est l'image du torrent.... il passe, et les eaux ne reviennent plus.... C'est comme l'oiseau, ou comme la flèche qui Icnd l'air, sans laisser une trace de son passage rapide. Si elle répond d'après la lumière de la simple raison, elle nous fera analyser le temps mèmedonlsccomposelavie. Etqu'est-cedonc?..,. examinez un peu — Vous verrez qu'il y a trois heures dans la vie humaine, trois : celle qui a passé, qui n'est plus, elle appartient à la Mort, ou plutôt à l'éternité.... l'heure présente, c'est-à-dire celle gui passe.... et puis celle qui va peut-être venir et passer aussi. Eh bien ! voyez comme tout ce temps est court ! brève est. Le passé n'est plus, l'avenir ne sera peut-être pas.... mais le présent, celte année, ce jour, celte heure, ce moment qui passe et qui passe si vite.,., votre vie n'est que cet instant insaisissable, cette ligne imperceptible, ce point infiniment petit entre le passé qui n'est plus et l'avenir qui ne sera peutêtre pas pour vous. — Oh ! comme vous allez,
malheureux ! et comment pouvez-vous avoir la pensée de vous arrêter un instant dans celte course ? Le voyageur emporté à toute vitesse par la vapeur aperçoit sur la rive une petite fleur ; il voudrait bien s'arrêter et la cueillir, en respirer le parfum.... Impossible, il n'y a pas de station.... on n'a pas le temps !.... vous allez tout à l'heure descendre, mais où allez-vous donc si vite ? ô mon Dieu ! à la mort, au tombeau !
II. Quovadis? Un mot sur le terme de ce voyage, la mort, le tombeau ; mais ce n'est qu'une petite halte, et même pour la partie la plus vile de notre être, le corps. Ce n'est pas le vrai terme, la fin. 0 homme ! vous avez une âme qui ne meurt pas. Eh bien ! il y a pour vous une autre vie ; on vous l'a promise, et vous-même vous ne voudriez pas mourir tout entier. Lisez donc attentivement et méditez bien une série de propositions graves, avec leurs corollaires ou conséquences ; c'est la leçon même de la Mort aujourd'hui.
1° Il y a une autre vie; Dieu même l'a dit, la raison le prouve, tout le monde l'a cru... il y en a une... donc pensez-y quelquefois.
2° Il y en a deux, c'est aussi évident, Dieu l'a dit ; la raison le prouve également, et c'est bien nécessaire pour réparer tant de désordres ; le Seigneur se doit à lui-même, à ses amis, une ré-
paration d'honneur... On l'a cru partout en tout temps.
Il y a deux roules devant vous; deux, et vous êtes libre... donc choisissez bien, et n'allez pas
vous perdre. Car enfin, vous ôtes immortel
ou pour le bonheur et la gloire, ou pour le supplice et l'opprobre, pour le ciel ou pour l'enler.... Si O'edis, immortalises ad vitam; si non créais^ immortalises ad poenam. (S. Aug.) Choisissez!
3° Cette autre vie est éternelle, et cela est de foi aussi ; Dieu l'a dit, la raison le démontre et les païens mémo l'ont cru.... Donc travaillez pour
cette éternité Hùtez-vous, parce que la nuit
va venir, Venit nox, quando nemo potest opcrari (Joan., IX, 4), la nuit pendant laquelle on ne peut plus rien faire; vous voudrez avancer encore, impossible, vous ne ferez plus un seul pas. Vous ôtes arrivé. Il n'y a plus de temps à venir pour vous.
Toute la leçon se résume donc en ces deux mots du texte : Tu guis es ? quo vadis ?... Plaignez le sort de ces infortunés qui vont à l'aventure, et il y en a tant qui se perdent ainsi avec indifférence. Mais vous enfin, répondez : quo vadis?... où allez-vous donc?... étes-vous bien dans le chemin? si vous continuez, arriverez- vous sOi-emcnt? Qu'avez- vous fait jusqu'à présent pour
dis COURS DE LA BONNE MORT.
cette vie éternelle qui approche? Croyez-vous bien à ces vérités? — Si vous n'y croyez pas, vous êtes un aveugle, et vous allez tomber dans l'abîme; car vos doutes, votre incrédulité, n'empêchent pas la vérité d'être, et vous arriverez tout de même à l'éternité ; vous y serez bientôt. — Si vous croyez, et que vous persistiez dans cette horrible indifférence, vous êtes encore plus insensé et plus coupable, car, vous le savez bien, vous ne pouvez être loin de la Mort, qui ouvre les portes de cette éternité, heureuse ou malheureuse. Hàtez-vous donc de revenir, et travaillez avec courage, quelques jours encore, ce peu de temps qui vous reste, pour assurer à jamais votre bonheur.
QUATRIÈME LEÇON