DIEU
Deiis, quis similis tibis ?
Mon Dieu, qui est semblable à vous ?
(Ps. I.XS 19.)
Quis deus magnus sicut Deus noster ?
Quel dieu est grand comme notre Dieu ? (Ps. nxvi, (4.)
Nous entrons dans une seconde série de grandes vérités, de questions graves, importantes, ou de prol)lèmes sublimes dont nous demanderons la solution à la Mort. Sa parole de lumière éclairera nos esprits, pour élever et sauver nos âmes. Écou-
ton?, comprenons ses leçons, et tâchons de ne les oublier jamais.
La première question devait être cette parole de l'ange fidèle au jour du combat. Lorsque Lucifer voulut s'élever au-dessus du trône de Dieu même, et monter à la place du Très-Haut, Michel lit entendre ce cri de guerre qui n'est que l'interprùtation de son nom : Quis ut Deus ? El qui donc est comme Dieu... qui peut être semblable à lui? Et l'ange superbe, à ces mots, tombait vaincu dans la mort éternelle... Quis ut Deus ?... C'est la Mort qui va nous répondre, et nous instruire, la Mort qui est venue sur la terre, parce que l'homme aussi, à son tour, a voulu s'élever au-dessus de ce grand Dieu .
L C'est elle qui nous apprend d'abord qu'il n'y a qu'un seul Dieu, un seul Être suprême, vivant, nécessaire... un seul Dieu, tout-puissant, éternel... Quand elle vient, la Mort, c'est une ombre qui nous environne... et une lumière qui jaillit devant nous... L'àme, trop souvent trompée par les apparences de la vie, les séductions du monde et les vanités de la terre, voit soudain tout cela disparaître dans la nuit, et ses illusions tomber et s'évanouir ; mais eu même temps une splendeur divine éclaire la vie inuu'jr- Iclle qui s'ouvre... et l'on commence à voii"...
loi COURS DE LA BONNE MOUT.
qu'il y a un Dieu, et que ce Dieu seul est grand. L'impie et le pécheur, l'incrédule et l'athée vivaient sans ce Dieu ; ils ne mourront pas sans lui... Ils ouhliaient Dieu, ils méprisaient sa loi ; ils y penseront ; ils verront à la simple clarté du flambeau de l'agonie , et diront : Oui, vraiment, il y a un Dieu, utique est Deus ! (Ps. lvii, 12.) Quand l'homme se sent mourir, faible et languissant, n'en pouvant plus, et qu'il essaye de soulever son regard éteint vers le ciel... et que dans sa cruelle souffrance il crie : Mon Dieu ! mon Dieu ! oh ! il comprend alors qu'il y en a un, et que ce Dieu peut, seul, lui donner encore quelques heures, un instant, pour se repentir et se préparer à ses jugements.
Mais, si vous voulez encore mieux entendre la voix de la Mort et profiter de celte leçon, vous n'avez qu'à venir avec moi dans son empire : Veni et vide... (Apoc, vi, 4.) C'est au champ des larmes, au champ du repos que je veux vous conduire... Veni et vide, aumilieu de toutes ces tombes, et dans ce vaste silence des générations qui pourrissent au sein de la terre... Écoutez, c'est la voix puissante de la Mort qui s'écrie : Tu solus Dùtiiinus, tu solus Aldssiitius, Jesu C /triste. Il y a là tant de grandeurs tombées, tant de beautés adorées et réduites en cendres, tant de richesses
tlcpoiiillécs... Tu solus Dominus, tu solus Allissi" mus. La Mort vous dira mille vérités, dans ce silence, écoutez, méditez, humiliez-vous.
II. Mais ce n'est pas assez de nous apprendre rcxislencc de ce grand Dieu, la Mort nous révèle SCS deux plus essentiels et nécessaires attributs de gloire : je veux dire i-a justice et sa bonté. Cette véi'ité est si profondément gravée par la moit au €œur de tous les liomnics, qu'on la retrouve partout où elle a passé : et d'abord elle montre au pécheur que Dieu est juste. Ah ! c'est que, pendant la vie, il se tait, il souffre tant de mépris et d'outrages de la part des hommes ingrats ; il y en a tant qui se moquent de sa loi, de ses promesses et de ses menaces ! Plusieurs ont été jusqu'à oser dire qu'il ne voyait pas, qu'il était indifférent à ce qui se passe dans le monde ; d'autres ont dit que l'homme était si petit, à la surface de cette petite terre, que Dieu ne s'en occupait même pas. Eh bien ! la Moil vient, par un seul mot, repousser ces erreurs et condamner ces blasphèmes ; c'est elle qui dit : Patiens quia aeternus ! Ah ! c'est qu'il <;st éternel, il vous attend, et il va parler bientôt, pécheurs, dans sa juste colère : Tune loqueiur ad eos in ira sua (Ps. n, 5) ; vous le verrez, ingrats : Peccatorvide(/it{?à. m, 10) ; vous ne sortirez pas de sa présence avant d'avoir répondu à ce juge
irrité. Non exiés inde (Malt., v, 26), avant d'avoir rendu compte de tout, Redde rationem... (Luc, XVI, 2.) Et maudit par sa bouche, à jamais rejeté de sa présence au fond des tombeaux et des abîmes ; dites qu'il est juste, ce juge suprême, notre Dieu. Deus judexjustus (Ps., vn, 42), et apprenez par la mort à ne plus le mépriser. C'est la leçon qu'elle donne au pécheur...
Pour l'àme fidèle, la mort viendra lui révéler la bonté, l'amour de ce même Dieu. Je ne sais pourquoi souvent on s'imagine que Notre-Seigneur sera si sévère à la mort, et qu'il jugera sans piété, sans miséricorde, ses serviteurs et ses enfants, comme s'il ne devait, à cette heure suprême, se souvenir que de la justice et de la rigueur : Numquid in aeternum obliviscetur misereri Deus, ont continehit in ira suâ misericordim suas. (Ps., Lxxvi, 10.) Oh ! non, sans doute, c'est une erreur, et la mort la dissipera en vous disant la vérité... Et la vérité, c'est que Notre-Seigneur, juge sévère pour les méchants, sera un bon père pour ses amis, et l'avocat même des justes... Aussi les voyons-nous mourir dans la paix, avec le sourire de l'espérance ; et il est extrêmement remarquable que ceux même qui l'avaient craint le plus, qui avaient le plus redouté sa justice et ses jugements pour ce jour de la mort, expirent avec
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plus de douceur, de confiance et d'amour... Co sont des enfants qui vont avec joie au-devanl de leur père. Oui, oui, Melioremhabenms Deum quom cogitamus. (S. Fr .-Xavier.) Nous avons un Dieu bien meilleur que nous ne pensons, et nous le verrons bien à la mort, quand il viendra au-devant de nous pour nous bénir et nous emmener au ciel... Courage donc et confiance... Euge, serve lî/one... Gardez le souvenir de cette première leçon... Adorez et servez fidèlement ce grand Dieu ; craignez toujours de l'offenser; mais aimez-le et surtout ayez confiance en sa miséricorde, à la vie cl à la mort.
DEUXIÈME LEÇON
l'homme.
Quid est homo ?
Qu'est-ce que l'homme ?
(Ps. IVMI, 5.)
La mort seule est capable de bien répondre. Hélas ! il y en a tant qui ne l'ont jamais adressée, celte question, pendant la vie, ni au ciel ni à la terre. Qu'est-ce (lue l'iiomme ?.., Nous allon.> le demander à la Mort ; et vous verrez qu'elle nous fera bien comprendre ce que nous sommes ; celte
nature mixte de l'homme, ce mélange étonnant, celte sorte de contradiction de deux substances en nous. Il y a là, en effet, quelque chose du ciel et de la terre, de l'ange et de la bête. La Mort sait et distingue tout cela, parce qu'elle sépare et divise. La Blort nous révèle les sublimités de notre origine, la gloire de notre fin, les misères de notre nature, et les luttes intérieures de notre être. Elle dit tout dans ces deux mots qui sont comme l'analyse de cette grave et importante leçon : Quid est homo ?... Pulvis es. (Gen., ni, 19.) Du estis. (is., XLi, 23.) 0 hommes, vous n'êtes qu'un peu de cendre et de poussière. 0 hommes, image, enfants de Dieu, vous êtes des dieux.
L Oh ! oui, la Moit nous apprend ce que c'est que l'homme ; son corps et son âme ; elle nous oblige à distinguer et à séparer ces deux substances, ou ces deux parties constitutives de la nature humaine, qu'elle-mêuie divise et sépare, sitôt qu'elle les touche. Mais voyez, avant tout, dans cette lumière, si vous ne comprendrez pas mieux cette belle définition de l'homme par l'Esprit- Saint... Homo natus de muliere, brevi vivens ternpore repletur, multis miseriis. {loh, \i, 1.) Il n'y a que la Mort, le souvenir de la Mort qui puisse nous taire croire et entendre cela... Les enfants par exemple, qui s'imaginent qu'elle est loin eu-
DEUXIÈME ANNÉE". lO'J
core, pensent que la vie est longue ; ils voudraient forcer les heures à passer plus vite ; mais, quand on est déjà un peu plus près d'elle, on comprend mieux celte brièveté de nos jours, brevi vivens tempore !... et ces autres paroles, repletur multis miseriis, sans la lumière, sans l'explication de la Mort, on aurait peine à y croire ; mais quand elle approche, tout le monde le voit bien et le répète, oh ! quelle misère que celte vie ! Qu'est-ce que l'homme? Si le prophète, si le poète sacré, Job, l'a bien défini, sous l'inspiration de la Mort même; un autre grand esprit, éclairé de la même lumière, en a donné aussi une autre définition bien belle ; c'est David, qui a laissé tomber ces paroles du haut de son Irône : Verumtamen in imagine pertransit homo. (Ps. xxxviir, 7.)I-i'hommc, dit-il , passe comme une ombre vaine , une image... La Mort seule explique bien ce texte sacré et nous révèle la profonde misère de notre vie terrestre.
Mais ensuite, par les désirs immenses qu'elle fait naître en nous et les sublimes aspirations qu'elle nous donne, la Mort nous apprend la grandeur de l'homme, qui louche aux anges de Dieu par son âme ; seule elle interprète bien toute cette strophe du saint Cantique... Quid est homo quod memor es ejus...? minuisti eum paulo minus ab
Angelis... (Ps, viii, 5, 6.) Qu'est-ce que l'homme, ô mon Dieu, pour que vous pensiez à lui?... Cette J)Oue, cette poussière est pleine d'un esprit immortel, et vous l'avez presque égalée à vos anges du ciel. Qu'est-ce donc que ce souffle et cette vie?... C'est la flamme du regard de Dieu, c'est son souffle immortel, c'est l'inspiration de sa vie. Eh bien ! après cette définition d'ensemble que la Mort vient de nous expliquer en quelque sorte..., étudions avec elle et par partie cette leçon de l'homme.
II. Et d'abord, le corps humain, quid est ? ce corps auquel, hélas ! pendant la vie, on sacrifie tout, et qu'on préfère trop souvent à l'âme ellemême. Voyez plutôt, si on est malade, quels soins, quelles inquiétudes !... et dans l'élat de santé, que de temps, quelles préoccupations ! tandis qu'on fait si peu pour les âmes ! Eh bien ! qu'est-ce donc ? C'est la Mort qui va vous le dire en trois mots, mais qu'il faudra bien méditer ; toutes ses paroles, en effet, portent lumière et grâce dans les esprits dociles et les cœurs réfléchis. Le corps, c'est un poids, pondus. Le corps, c'est une poussière, pulvis. Le corps, c'est, — comment traduire ce mot ? corpus mortis, la matière, le sujet, le corps même de la mort. Pondus^ il pèse sur Tàme, il incline, il appesantit l'âme dont il ralen-
titles mouvements, dont il arrête la marche; un jour elle le laissera tomber, ce poids, et elle s'en débarrassera pour aller plus librement et voler à son Dieu. Comprenez-vous ? Pulvis, ce corps, il vient de la terre, c'est son origine ; il n'est que boue et poussière ; il est sorti de là, et il y va rentrer sitôt que la mort le touchera ; insensible et immobile dans la cendre, il passera par une pourriture horrible, et sera dévoré par les vers, il n'en restera plus vraiment qu'un peu de cette poussière impure que dissipent les vents, pulvis. Mais comment entendre cette dernière parole, corpus mortis ? quand l'Apôtre s'écrie : Qui me délivrera de ce corps de mort : Quis me liberubit de coi'pore mortis hujus ? (Flom., 7, 24.) Ce n'est plus seulement une charge, un poids, une ignoble poussière, c'est une prison, un tombeau, c'est un ennemi acharne contre l'esprit, contre l'âme ; c'est la mort de la vie unie à la vie. L'àmc alors, non-seulement apprend à ne plus tant aimer ce corps, mais elle le méprise, elle le déteste, elle voudrait s'en défaire, s'en délivrer erifm; elle le
mortifie donc Costigo corpus meum et in servi'
tutem redigo (I Cor., 9, 27) ; et c'est ce que faisaient les saints, les saints surtout éclairés par la méditation de la mort, François de Borgia, et tous ces grands hommes de la solitude, dont plusieurs vi-
valent cachés dans des tombeaux ; ils avaient étudié ce problème et compris cette leçon.
Et l'âme maintenant, cette seconde et sublime partie substantielle de l'homme, je vous assure que la mort seule peut nous en faire connaître la dignité, l'excellence et la nature supérieure. — Elle vient du ciel, oui, c'est le souffle de Dieu même qui est venu animer la statue qu'il avait d'abord formée du limon de la terre ; l'àme, c'est la lumière de son divin regard et la vive image du Créateur. La Mort, en touchant le corps, cette boue, dégage, sépare, délivre l'âme, elle lui rend ses mouvements libres, et aussitôt l'esprit remonte à son principe, et va chercher le ciel, pour y trouver Dieu, sa fin, sa vie réelle ; l'âme va rentrer enfin dans le sein de la Divinité d'où elle était sortie au premier jour. Voulez-vous une preuve de cette vérité consolante ? Voyez quels désirs, quels élans dans les âmes pures et saintes qui se dégagent déjà de la terre par la pénitence et la mortification ? que sera-ce donc au moment de la mort même, quand les chaînes se briseront ? que sera-ce surtout après la mort, quand le poids sera tombé et que tout lien sera rompu ? Oh ! quelle lumière le flambeau de l'agonie jettera sur ce monde ! ah ! comme les pauvres pécheurs qui auront méprisé, perdu leur âme, se déses-
pérei ont en reconnaissant leur folie, en voyant le prix immense de cette âme qu'ils ont sacrifiée à toutes les vanités de la terre, et surtout aux vdlns plaisirs de ce corps mortel ! Eii bien ! ces clartés, mon esprit peut déjà les trouver dans la méditation de la Mort, et dans ces grands enseignements.
Méditez donc ses leçons et profilez de ses conseils, et prévenez d'arners regrets, d'éternels désespoirs !
TROISIEME LEÇON