‹ La science de bien mourirChapitre 32 sur 128 · LES MORTS · texte numérisé non relu

LES MORTS

§ I". — liE CORPS.

Qui crédit in me, non niorletur in aeternum.

Celui qui croit en moi, ne mourra pas.

(Juau., XI, 25.)

C'est cette foi sublime à l'immortalité qui a porté tous les hommes à honorer la cendre des morts d'un culte touchant, d'un culte de respect et de larmes. Ces restes sacrés, car c'est ainsi qu'on appelait la dépouille d'un homme mort, étaient conservés avec un soin particulier, soit qu'on les eût embaumés, soit qu'on les eût brûlés, pour les préserver de la corruption de la tombe. On ne pensait donc pas que tout était mort ; on croyait que cette poussière se ranimerait un jour. Maisl'Église, dontlafoi estplussûre, et dont l'espérance est certaine, va plus loin encore dans ce culte des morts ; elle va jusqu'à leur donner l 'encens qui n'est dû qu'à Dieu. Après avoir indiqué comment nous devons agir aupi'ès des malades et des mourants, nous allons, dans deux leçons spéciales, apprendre à traiter avec

les morts. Aujourd'hui, nous ne parlerons que du corps, et, dans la leçon suivante, nous parlerons de l'àmc de ces chers défunts.

I. Avant l'ensevelissement. Quand le mourant vient de rendre le dernier soupir, silence et prières de larmes ; qu'on tâche d'éviter les cris, les scènes à ce spectacle de douleurs, et par respect pour la mort même et pour le jugement de Dieu qui est près : Dominus enim propè est (Phil., iv, 5), on s'incline, on adore en silence !... Puis le plus digne de ce triste ministère ferme les yeux et les lèvres, stipendia peccati mors (Rom., vi, 23) ; juste salaire du péché... Il met une croix sur le cœur, l'eau sainte auprès des cierges hénits qui vont brûler aux pieds du corps immobile et glacé... Ce n'est qu'après une heure, au moins, que l'on doit s'occuper de, ce que l'on appelle la toilette des morts, afin que la paix, le calme, je dirai la majesté de ce repos éternel ne soit pas altérée... On procède à l'accomplissement de ce devoir religieux en silence ; on ne touche qu'avec le plus profond respect à ces restes sacrés, et à dater du moment que ces soins ont été donnés, et quand le corps a été remis dans sa couche, il y aura toujours une croix, deux flambeaux, le rameau bénit, l'eau sainte, et au moins une personne (|ui prie ; si on peut, un prêtre qui veille ou une

iSi COURS DE LA BONNE MORT.

sœnr ; celle qui a soigné le malade, et qui va continuer son service de charité.

II. Uemevelissement. C'est une des sept œuvres de miséricorde corporelle, un acte éminemment religieux. Tobie a été loué par TEsprit-Saint pour avoir rempli ce devoir auprès des pauvres. Il fut un temps, dans l'Église, où c'était un privilège réservé à des ordres religieux ; des mères chrétiennes n'ont pas voulu confier ce soin à d'autres ; elles-mêmes ont eu le courage d'ensevelir leur enfant. Nous recommanderons encore ici le silence, le recueillement, la vénération pour le corps, temple de la Divinité. On peut méditer doucement sur l'éternité ; se rappeler les sentences des Écritures ou des Docteurs sur la mort ; ou ces réflexions graves de Bossuet, qui trouve, dans le linceul dont on se sert pour la sépulture, une image des langes dont on enveloppe l'enfance, et dans la tombe même une ressemblance avec le berceau ; c'est pour cela que j'aime à voir une mère coucher son enfant dans le berceau 4e l'immortalité, et je l'ai vu plus d'une fois déjà parmi les membres de notre association.

III. Les funérailles ou le convoi, V enterrement. Je dirai ici, en peu de mots, ce que je pense à nos chers associés. Il iaut de la convenance, assurément ; qmd decety selon la position, la fortune.

Mais donnez plutôt à Dieu et à ses pauvres qu'au Caste et à l'orgueil. C'est incroyable qu'on mette de la vanité jusque dans la mort et les enterrements; quelquefois même, en allant directement contre la volonté positive des morts, comme nous l'avons vu avec douleur pour un de nos associés, le plus cher de nos enfants. Une des plus riches églises de Paris, toute la ville a été surprise de l'éclat de cette pompe funèbre, et il avait exprimé le désir, il avait déclaré pni' écrit sa volonté formelle d'un convoi digne, mais simple. On s'efforcera toujours d'éviter une douleur éclatante et stérile ; une douleur excessive et fastueuse ; une douleur vaine et superstitieuse. — Stérile^ celle qui ne va pas plus loin que la terre, qui ne suit pas cette chère âme par la prière ou l'aumône. — Excessive, celle qui ne garde pas d'espérance, qui pousse des cris et se donne en spectacle par des scènes lamentables : et qu'on le sache bien : ingénies stupent ; la gr:inde tristesse est silencieuse et immobile ; souvent même elle ne peut avoir de larmes. — Superstitieuse, c'est la douleur qui s'abandonne à de vaines craintes, qui croit à des songes lugubres, à de noirs pressentiments. Que votre deuil soit digne, votre chagrin calme ; que la foi, l'espérance, soient la règle même de ces jours de pleurs. Si vous me déman-

(lez ce que je pense de rembaumement des corps, je dirai simplement que je ne le blâme pas, mais pour moi, j'aime mieux remplir toute la loi, et rentrer dans les conditions de la commune mortalité, subir la pourriture du tombeau, et en sortir un jour avec un peu plus de gloire.

Enfin j'ajouterai, pour dernier conseil, qu'il ne faut jamais manquer de saluer avec foi et respect un convoi, lorsqu'on en rencontre, ou quand on passe devant un mort. Je ne dis pas cela pour Paris, où personne jamais n'y manquerait ; mais peut-être que, dans certaines provinces, on aurait moins l'élan de ce sentiment religieux. On salue ordinairement les morts par le signe de la Croix, parce qu'elle est toute leur espérance et notre consolation.

CINQUIÈME LEÇON

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