LES DERNIERS SACREMENTS
Ego sum panis vitae.
Je suis le pain de la vie.
(Joan., Yi, 18.)
j'aborde aujourd'hui le sujet le plus grave, le plus important peut-ôtre de tout ce cours religieux de la Bonne Mort. C'est la leçon la plus utile, la plus nécessaire ; mais certainement, c'est celle sur laquelle je compte le plus pour la gloire de Dieu, et pour le salut des âmes. Il s'agit des derniers sacrements, qui donnent la force et la
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consolation aux mourants, qui assurent la vie, même à l'heure de la mort. Ego sum panis vitae: C'est surtout aux membres de cette association qu'il est juste de dévoiler les ruses et les perfidies dont l'ennemi de Dieu se sert, pour priver les âmes de ces puissants secours ; c'est à eux qu'il fallait surtout indiquer les moyens pour triompher des vaines craintes, des ménagements exagérés et des précautions imprudentes dont on use dans le monde. Comme si la vue d'un prêtre annonçait ou pouvait donnerja mort ! comme s'il apportait des mystères de mauvais augure !
1° Je dis qu'il y a tout à espérer pour le salut et le bonheur de ceux qui reçoivent à temps ces sacrements augustes du Saint-Viatique et de l'Extréme-Onctiou ;
2° Qu'il y aurait tout à craindre pour ceux qui ne les reçoivent pas, ou qui les recevraient trop tard. En deux mots, ces sacrements divins sont la consolation de ceux qui meurent, et de ceux qui les pleurent.
I. Ceux qui les reçoivent à temps arriveront à la vie : ils mourront dans la paix et dans l'amour. Cette grâce leur est assurée : 1" par une bonne confession, faite avec plus de lumière, de sincérité et de douleur... Il n'y a plus alors d'illusions jjossibles ; il n'y a plus de liens qui reticiuicnt
l'ùmc dans le péché ; tout se brise : Dieu est sîprès!... Une première absolution est pleine de douceur, mais la dernière a plus de charmes encore, et le cœur respire bien plus librement et dans la paix. 2° 3Iais c'est surtout la force, fruit de l'onction sainte, et l'amour, fruit de la communion en viatique, qui assureront le bonheur de cette âme fidèle. Ainsi fortifiée pour le dernier combat, elle pourra défier tout l'enfer, et son espérance, exaltée par la visite et par la possession de Jésus son Sauveur, lui fera trouver dans la joie un avant-goût du ciel : elle aime trop pour craindre encore celui qui l'attend et qui l'appelle, Jésus ! c'est le même Dieu qui vient de se donner et qui vit dans son cœur. Oh ! courage et confiance» enfant de Dieu, bon et fidèle serviteur! vous souffrez, mais tout vous anime et vous console : les prières si touchantes de l'Église en ce moment ; et la parole du prêtre, votre père, et la vue de la croix... Ce calme heureux, cette joie douce de l'âme, opèrent le plus souvent une puissante réaction, qui rend la santé et la vie; nous en avons une foule d'exemples parmi nos associés : ou bien, si le jour était venu, si leur dernière heure était sonnée, ils quittaient la terre sans regrets, ils s'endormaient doucement dans la paix de Dieu, cl ils montaient au ciel, en souriant à leurs amis
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t'I h leurs frères, consolés par ce spectacle de la mort des justes.
IL Mais si on ne recevait pas à temps ces se- •coiirs puissants de la religion..., quel danger pour ceux cpii meurent, et quel désespoir pour €cux qui restent, et qui les pleurent ! Et en effet, si on n'appelait pas un prêtre, ce serait d'abord ou incrédulité, ou indifférence, ou respect humain de la part du malade, ou bien une négligence coupable, ou seulement enfin l'ignorance dans laquelle il serait de son état. Ne parlons pas des incrédules, des indifférents, ni de ces lâches et insensés esclaves, indignes soldats de Jésus- €hrisl. Il y en a (pielquefois encore dans le monde, mais il ne peut s'en trouver dans notre pieuse association, de ces malheureux, que le Seigneur irrité va juger et condamner. Ce ne serait jamais pour nos frères que par négligence, ou parce qu'ils ne se croiraient pas en danger... Et disons tout de suite que celle faute même devrait moins retomber sur eux, que sur leurs parents et amis, peut-ôlre même sur des associés i][\\, par une fausse et imprudente délicatesse, auraient craint de les avertir et de les préparera celle dernière grâce. Or c'est précisément contre cette fausse tendresse et cette imprudenle sagesse du monde, que je veux m'élever ici de loule la
iSÛ COURS DE LA BONNE MORT.
force de mon zèle. Oui, il y a des parents qui ne savent pas aimer leurs enfants... il y a des enfants qui ne savent pas aimer leur père, leur mère... Ils ont vite appelé un médecin pour la vie du temps, pour la santé du corps, et non-seulement ils n'ont pas encore songé à faire venir un prêtre pour l'àme et la vie de l'éternité ; mais ils font tout ce qu'ils peuvent pour tromper ces pauvres malades... Ils répètent sans cesse, comme le serpent à nos premiers patents : Nequaquam morte moriemini (Gen., m, 4)... Oh ! ce n'est rien, il n'y a pas de danger, dans quelques jours ce sera fini... Oh! sans doute, on doit parler avec précaution aux malades, ne pas les effrayer, mais les tromper ainsi, je vous dis que c'est une cruauté. On dit bien qu'on ne veut pas les laisser mourir sans sacrements, qu'on aura recours au prêtre plus tard.., mais, hélas ! es sera trop tard ; le mourant ne saura plus même reconnaître ce père... il n'entendra plus rien : il ne saura plus ce qu'on lui dit, ce qu'il fait... Et le prêtre désolé ne saura pas où va cette âme infortunée, il consolera, comme il pourra, ceux qui pleurent, il leur dira que le mourant a baisé la Croix... qu'il a versé des larmes. Ah ! je l'ai vu quelquefois moi-même, et je l'ai dit tout en me retirant triste et incertain. Aussi quelle différence, quand un
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mourant a reçu toutes les grâces du saint Viatique, et qu'il a été vraiment muni des sacrements del'Éiiiise!...
Nous terminerons cette leçon en invitant tous nos associés fidèles à méditer sur ce sujet, à se faire la mutuelle promesse de s'avertir en cas de maladie, de veiller, de prévenir, afin'^ que tous reçoivent avec foi ces grâces suprêmes ; et qu'ils imitent la ferveur et l'amour de ce pieux chrétien notre associé, qui, au jour où il devait recevoir ce grand sacrement de la vie, ordonna à ses petits-enfants d'aller cueillir toutes les fleurs de son parterre, et de les jeter partout où le prêtre allait passer, et jusque sur les escaliers, et autour de san lit de mort. C'est la Fête-Dieu, disait-il en souriant, mes enfants. Dieu va venir..., allez chercher des fleurs, jetez-en partout ! des fleurs ! des fleurs ! et quelques heures après cette douce fête, il mourait dans la paix du Seigneur, au milieu de ces fleurs bénies et de ces petits anges 1
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