‹ La science de bien mourirChapitre 34 sur 128 · LE TOMBEAU · texte numérisé non relu

LE TOMBEAU

Solum mihi superest sepiilclirum.

11 ne me reste plus que le tombeau.

(Job, XVII, 1.)

C'est là, en effet, le terme du voyage, la fin de toute gloire. Un tombeau !... Et c'est un des plus grands malheurs de la vie qu'on y pense si peu. Interroger la tombe, ce sera certainement une des plus graves et des plus utiles leçons de ce cours religieux ; c'est le sujet d'une méditation trèsiiuportante. Appliquez-vous sérieusement, et profitez de toutes les pensées saintes qui vont être proposées à votre cœur.

I. D'al)ord une réflexion générale; n'est-il pas bien remarquable que, partout et dans tous les siècles, on ait conservé tant de vénération pour les

tombeaux? c'est un vrai culte, un culte universel, un culte d'amour et de larmes. Les patriarches ne se bâtissaient sur la terre que des tombes, dernière demeure où ils devaient, en effet, reslci bien plus de temps ; pendant la vie, qu'ils appelaient un pèlerina.q'e, ils se contentaient d'une tente. Les barbares mômes et les sauvages tenaient plus aux cendres de leurs pères qu'à toutes les douceurs de la patrie, et j'aime cette parole des Scythes à Alexandre : « Laissez-nous seulement emporter les tombes de nos ancêtres, et puis faites de la terre tout ce que vous voudrez. » C'était leur trésor. Et qui ne verrait dans ce témoignage sacré, dans ce culte des tombeaux, une preuve sublime de la foi de tous à l'immortalité, une magnifique espérance de la résurrection !

IL Mais exposons de suite toute notre ])ensée sur les tombeaux. Je prétends qu'on peut juger une religion, un peuple, une cité, une famille, à la })remière vue de ses tombeaux. ]'c>n et vide (Apoc, VI, ]). Je vous dirai ce que c'est qu'un tombeau païen, un tombeau pi'otestant, un tombeau profane, un tondjcau chrétien, un tonibcan glorieux,

1" Un tombeau païen ! J'en ai visité plusieurs à Romo ; un columbarium (1) fameux qu'on venait

[l Un appelait ces cimetières columbarium, parce que les

de découvrir. 0 honte, ô pudeur ! quelles images impures ! et quelles paroles hideuses et obscènes j'ai vues ! quelles mœurs ! Hélas ! et faut- il dire que, de nos jours, on peut voir quelquefois encore des tombeaux presque païens dans nos cimetières et des inscriptions païennes sur des lombes de chrétiens : aux mânes de , et même des figures horriblement indécentes!... mais enfin, il ne peut y avoir de comparaison possible ; un tombeau païen, c'est abominable!

■ 2° Un tombeau protestant. Il n'y a ni espérance ni prière ; c'est un triste jardin, un parterre abandonné ! On ne peut y rester un instant, et qu'y ferait-on ? Parce qu'il n'y a ni foi, ni sentiment, ni poésie ; il n'y a pas de cœur, pas de vie, enfin, dans cette pauvre religion; tout est mort :. églises nues, parole sèche, tombes délaissées. Quel malheur ! disait en mourant un des ministres de leurs sectes, quelle destinée ! mourir, et être condamné pour toujours à garder des choux et des raves (ce triste jardin, leur cimetière) ! et cela est historique. Un tombeau protestant, que c'est froid!

3° Un tombeau profane, mondain ; c'est pitié, vraiment, et il y en a beaucoup, de ces tombes où

petites cases où l'on enfermait les cendres des morts ressemblaient assez à des nids de pigeons.

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l'on ne peut pas ti'op prier, car rien n'y rappelle Dieu ; il n'y a pas même de croix, pas un mol d'espérance du ciel, mais des paroles vaines, des éloges ridicules : bon père, bon époux, bon fils !... des ligures qui pleurent, l'image du Temps avec sa faux, des oiseaux de nuit, des colonnes brisées, des urnes vides, des larmes qui coulent sur le inarbre... Oh ! pitié profonde ! et que je plains les enfants qui ne voient pas autre cliose sur le tombeau d'un père, d'une mère..., que je plains ces pauvres familles, et il y en a tant aujourd'hui ! C'est comme les fleurs, je ne les condamne pas, j'en ai mis sur la tombe de ma bonne et sainte mère, mais s'il n'y a que cela !... Oh ! de grâce, une croix, au moins une croix, pour que mes larmes ne coulent pas dans le désespoir !

4° Un tombeau chrétien. Là, au moins, il y a de l'espérance, des prières et des consolations : l'ar- ])rc de la vie, la croix domine, et quelquefois rimage de la vierge Marie, mère de douleurs, et quelles paroles de foi et d'amour vous pourriez lire sur la pierre, quels vœux touchants, quelles sublimes prières ! Itequiescat inpnce, De profundis. En Angleterre, sur un riche tombeau de marbre blanc, on lit, pour toute inscription, ce mot : Miscrrimus, et au Campo santo, à Pise, sur une tombe simple, mais couveite de Heurs, cette parole si

im COURS DE L.\ BONNE MORT.

douce au pied de la croix : lo spero. Quelle différence !... Miserrimus... lo spero, ci-gît le plus malheureux des hommes, moi j'espère !... c'est toute une révélation ! un tombeau profane, un tombeau chrétien !

5° Un tombeau glorieux. A proprement parler, il n'y en a qu'un, c'est celui du Christ vivant, sepulchrum Christi vivenfis, et puis celui de sa mère... Jésus s'est levé du sépulcre par sa propre vertu..., et Marie a été rappelée par lui à la vie, et elle a été porté au ciel sur l'aile des anges. Mais encore, il y a sur la terre quelques autres tombes glorieuses, celles des saints, des amis de Dieu ; on y prie, à ces tombeaux, et c'est parce qu'on sait que souvent il s'en échappe une vertu merveilleuse, qui sauve les âmes ou qui guérit les maladies, ou même qui ressuscite les morts. Ainsi, à Paris, la tombe d'une petite et humble bergère, Geneviève de Nanterre, me semble bien plus glorieuse que celle des rois et des empereurs et que les mausolées superbes de tous les Pharaons ; ces hautes pyramides, le plus fastueux monument de l'orgueil humain ; car on ne peut rien en attendre ; on n'y prie pas, que dis-je? on ne sait pas même le nom de celui qui a été pourrir dans la plus, belle de ces pyramides fameuses !

Concluons pour les associés de la Bonne Mort :

que votre tomhc soit chrétienne, et qu'on puisse y prier pour vous ! Au moins une Croix !

SEPTIÈME LEÇON

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