DE PROFUNDIS
De profundis.
Du pnifoiul d:; l'abîme.
(l'S. CX\1X, 1.)
Après les leçons essentiellement pratiques de la maladie, de l'agonie et de la mort, il est juste d'expli(juer et d'interpréter, dans ce cours religieux, les prières de l'Église que l'Association a spécialement adoptées, et que nous récitons hai)ituellemcnt, afin que, les comprenant mieux, nous puissions désormais les dire avec plus de ferveur. Nous avons quatre prières principales, deux pour les morts, et deux pour nous et nos associés. Pour les morts, c'est 1° le De profundis, et le Dics irae. Prières toutes spécialement consacrées aux morts, et que nous offrons à Dieu pour leur délivrance.
2" Pour les vivants, l'^lye Verume\.V Ave Maria, que nous chantons à tous nos saints, alin d'uhlenir jtour nous la grâce d'une Bonne Mort.
Commençons par le De profundis : chanl sublime de douleur, hymne des jours de deuil, prière touchante des tombeaux, et dans une simple paraphrase, essayons de montrer la divine inspiration de cette poésie sainte. Nous y trouverons l'expression la plus touchante de deux sentiments religieux : la douleur et l'espérance.
I. La douleur... Le poëte sacré, le saint roi David, car ce psaume ou ce chant de larmes lui appartient tout entier, commence par exposer les causes de celte tristesse profonde des âmes... Remarquez bien que ce sont elles qui prient ; seulement nous exprimons leurs sentiments, nous les répétons, comme interprètes, leur parole ne pouvant être entendue du Ciel. Première cause de leur douleur, c'est la séparation, Tisolement, le délaissement auquel elles sont condamnées, dans cette nuit profonde du tombeau, dans cette noire prison du purgatoire... De profundis... Les morts prient, ils poussent des cris, des gémissements, et nous les répétons, nous les portons jusqu'au trône de Dieu... De profundis clamavi. — Deuxième cause de leur désolation... c'est le souvenir, la vue des iniquités de la vie : remords affieux, plaie cruelle, honte accablante, poids horrible pour une âme qui a vu Dieu, le Dieu trois fois saint, et qui sait que ce Dieu voit
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encore en elle toutes ces taches hideuses du péché ; si iniquitates observaveris, Domine, Dumine, guis sustinebit ? Seigneur, entendez le cri de ma douleur, ma prière de repentir, et détournez vos regards.., oubUez mes ingratitudes, si iniquitates. — Troisième cause de leur tristesse... c'est l'attente, le délai, ce long délai... Elles espèrent la délivrance, mais en l'attendant... quelles souffrances réelles! spes quaediffertur affligit animam (Prov., xni, 12). Ah! quand donc finira cette longue nuit? ce/s/os, quid denocte? (Is., xxi, Id.)... Mon cœur languit, et meurt consumé dans ses désirs. Susfinuit anima mea... j'attends et j'espère, je souffre et je meurs. C'est la vraie prière des larmes, du repentir; c'est le cri d'un cœur humilié et brisé, un chant de pénitence. Que ces paroles sont belles et touchantes, s'élevant du sein d'un tombeau, du fond des abîmes ! Qu'elles sont Ijclles et touchanles aussi, dans la bouche du pauvre pécheur qui se repent, sur les lèvres de la veuve et de l'oi-phelin qui pleurent abandonnés, délaissés, et quand le ciel même paraît sourd et ne répond pas à leyr cri... De profundis clamavi.
J[. Mais espéi-ez bien, et Dieu ne tardera pas à vous pjouver qu'il a entendu... et que voue prière est montée jusciu'à lui. En effet, le saint propliète s'anime soudain de ce sentiment, et se relève par
son espérance même, dont il rappelle les motifs, et indique les qualités. Méditez donc, et priez comme lui.
4° 3Jotifs de cette confiance sans bornes, c'est avant tout l'humble aveu de notre misère, qui touche toujours le cœur de Dieu. De profundis... si iniquitates... Le Seigneur ne peut mépriser la prière d'un cœur humilié et brisé devant lui. Le deuxième motif, c'est la pensée même de la miséricorde infinie de ce Dieu, c'est le souvenir de tout ce que Jésus-Christ a souffert pour nous, pour nous racheter, quia apvd Dominum misericordia... et copiosa apud eum redemptio... Et ipse rediinct Israël... Ainsi nous espérons, parce que nous sommes faibles et malheureux, et parce que Dieu est puissant et bon ; infiniment bon et miséricordieux!... et c'est sur ces deux motifs touchants que repose toute notre confiance, et celle des âmes pour lesquelles nous implorons la clémence divine... 2" Notre confiance ne sera pas confondue, car elle est ferme, constante et toute filiale, appuyée sur les promesses mêmes et les plus saints atlril)uts de notre Sauveur... sur ses mérites infinis; copiosa apud eum redemptio... Speravit anima mea in Domino, et ce sera le dernier mot de ce chant sacré ! Speret Israël in Domino : l'espérance, et c'est assez !.. In te. Domine, speravi, non
<:onfundar in aeternum (Ps. lxx, 1) J'ai espéré en vous, Seigneur, je ne serai pas confondu.
Ces âmes saintes et chères du purgatoire ne pouvant dire leur prière avec fruit pourelles-nièmes, nous la dirons avec plus de ferveur que jamais, avec plus d'humilité et de confiance, et Dieu entendra, il exaucera nos vœux, et répandra sa miséricorde, il donnera le repos, la lumière, la paix éternelle : Requiem aeternam dona eis, Domine ; lux perpétua luceat eis. Requiescant inpace... Amen.
HUITIEME LEÇON