‹ La science de bien mourirChapitre 73 sur 128 · NEUVIÈME JOUR · texte numérisé non relu

NEUVIÈME JOUR

T VERTU. — L'ORÉISSANCE.,

Virobediens loquetur Victoria m.

L'homme obéissant parlera do victoires.

(Prov., XXI, 2?.)

L'obéissance est la plus excellente des vertus, mais il semble qu'elle ne peut appartenir à Joseph, puisque c'est lui qui avait toute l'auturité à Naza-

DEUXIÈME N'^l'VAlNE A SAINT JOSEPH. 393

reth ; il était cliei" de maison, père, époux el maître, il n'avait d'ordre à recevoir de personne, seul il commandait, à qui donc aurait-il obéi? — Cette réflexion est bien vraie, maispojirtant, siDieuluimèmea pu se faire obéissant, s'il a appris l'obéissance dansladouleur, comme dit saint Paul, et s'il s'est fait obéissant jusqu'à la mort, pourquoi saint Joseph n'aurait-il pas obéi? Oh ! sans doute il l'a fait, et nous pouvons assurer qu'il a excellé dans la pratique de cette vertu,... surtout dans le mystère de la fuite en Egypte, comme nous l'avons vu au quatrième jour de cette neuvaine, quand il se soumit à l'instant à la voix de l'Ange : Fuge in E gyptum ^et consiirgens secessit in Egyptmn. — Etudions notre modèle.

I. Commençons par le point de doctrine, et disons d'abord la nature de l'obéissance. Est libéra abdicatio propriae voluntatis, Pro Deo... (S, Th. d'Aquin). C'est le renoncement volontaire à sa propre volonté, la soumission à la volonté d'un autre en vue de Dieu; Pro Deo. C'est ce motif qui constitue la vertu religieuse, différente de la soumission, vertu morale et humaine, qui ne laisse pas d'être belle aussi et bien nécessaire dans la société et la fiUTiille; autre est l'obéissance do l'esclave ou du soldat, autre la soimiission des enfants de Dieu et des saints religieux. —

Qu'elle tist ])elle pourtant, l 'obéissance du soldat à qui le capitaine dit : Marche... et qui va intrépide à la mort, sûr de mourir,... et quel malheur qu'il y en ait si peu parmi tant de héros qui obéissent pour Dieu!,.. Sans perdre la croix d'honneur sur la terre, ils auraient la gloire d'une couronne immortelle dans les deux, comme le brave soldat du Christ,... à qui on dit aussi : Va!... sur cette terre étrangère qui dévore ses habitants... Va porter l'Évangile et montrer la croix à ces peuples sauvages qui ont tué, qui ont mangé tes frères... et il va dans l'espérance de mourir comme eux!... Pro Deo!...

Vous distinguerez l'obéissance intérieure ou de volonté, de l'obéissance purement extérieure ou d'action. Et vous remarquerez les divers degrés de cette vertu,;., l'obéissance de volonté et l'obéissance de jugement.

Pour comprendre l'excellence de celte vertu., vous n'aurez qu'à considérer que c'est par elle que l'homme s'immole et se sacrifie généreusement à Dieu... C'est le véritable holocauste, puisque l'homme donne, livre, perd en quelque sorte toute son âme Pro Ded! à la gloire de Dieu, reiionçant à sa propi'c pensée, à son libre arJjitre, à son entendement même, pour ne i)lus penser, vouloir ou juger que par l'àmc et la volonté de:?

DEUXIEME NELVAINE A SAINT JOSEPH. 39;i

supérieurs qu( lui parlent au nom du Seigneur de qui vient tout empire, Pro Deol — i\Iais autant ce sacrifice est glorieux au ciel, autant il est doux à lame qui s'immole, quelle paix, quelle sécurité parfaite, quel bonheur! quelle force ! quelles victoires! Et quels trésors de mérites aussi! Mclior est obedientia guarn victimae... (EccL, iv, 17.) Ohe^ dienlia sola est qune virlvtes caeteras menti inserit in.' sertasque custodit {S. Grég., 119). L'obéissance vaut mieux que tous les autres sacrifices : seule, cette ^ vertu enrichit une àme de toutes les vertus et peut y garder ce trésor. Mais il est évident que pour nous procurer tous ces avantages il faut que cette vertu ait bien des qualités surnaturelles, il faut qu'elle soit humble, prompte, entière, aveugle même... Il faut obéir connue Joseph enfin, quand l'ange du ciel lui dit : Partez, et qu'il se soumit à l'instant môme à l'ordre de son Dieu, qui devait cependant lui paraître si peu conforme au jugement de la prudence humaine.

II. Elude ou examen pratique sur la vertu d'obéissance. Ne pensez pas que les religieux seuls soient obligés d'obéir. Il est vrai que ce n'est guère que dans celte sublime vocation que vous verrez la porfVction de celte soumission absolue de la volonté et du jugement. Là seulement l'hounnc se b:!cri(ie et meurt Pio Deo, devenant comme di-

396 COUi^S DE LA BONNE MORT.

senl les constitutions de ces grands ordres, un cadavre entre les mains de ses supérieurs, qui en font ce ^qu'ils veulent : Pcrinde ac cadaver : paroles sublimes que des hommes ignorants n'ont pas su comprendre ni traduire en français, et qui expriment admirablement l'état de ces heui'cuses victimes d'amour, Pro Deo ! — Comme si le soldat n'obéissait pas delà même manière!... Mais nous disions que tous les hommes, que tous les cJu'étiens doivent obéir aussi, malgré le désir de liberté et d'indépendance qui entraîne partoutà la révolte, il faut bien obéir toujours, et tous ont des maîtres. Tous d'abord doivent se soumettre à Dieu ; obéir à sa loi sainte, et à l'Église qui a reçu de lui l'autorité. Vous observerez donc, vous suivrez ses saints commandements, et les préceptes de votre mère. — Dans le même ordre d'autorité divine, vous devez obéir à votre directeur, au père de votre àme ; enfin à vos devoirs d'état, à une règle de vie, de prière, de travail, sous peine de voir s'écouler vos années toutes stériles et sans aucuu ' mérite pour l'éternité, et vous mettrez le devoir de celte obéissance divine au-dessus de tout, car, selon la parole de l'Apôtre, il faut plutôt obéir à Dieu qu'aux hommes : Obcdire oportet Dco mngis quain liominibus (Act., v, 29).

Et iiidintcnant, si nous voulons nous adresser

DEUXIÈME NEUVÂLNE A SAIIST JOSEPH. 397

aux dilTérentes classes de lecteurs, pour rendre encore cet examen plus sérieux et plus pratique, nous dirons simplement avec l'apôtre saint Paul : Vous qui êtes intérieurs ou sujets, Subdili eslote^ ohedite prueposiiis vestris. (Hebr., xni, 17.) Soyez soumis, obéissez à ceux qui ont autorité sur vous.. . Enfants,obéissez,/?/?'?',o^erf<7é'(ib.)Serviteurs,obéissez fidèlement, servi, obedite. (ib.) Et vous, pauvres ouvriers, artisans, hommes de peine, comme on dit, mais vraiment lionnnes de mérite, obéissez à vos maîtres, à vos patrons, laites ce qu'on vous commande, et comme on le veut ! vous sauverez votre âme... Et vous aussi qui portez l'épée pour la défense et la gloire de la patrie, soldats, obéissez, respectez, honorez vos chefs, gardez leurs ordres et la discipline.

0 bonheur, ô gloire de celte vertu ! Heureux, mille fois heureux, ceux qui n'ont qu'à obéir... Dans cette condition qui semble inférieure on est bien plus près de Dieu, on peut mener une vie semblable à celle de Jésus-Christ,... et (jnelle paix, quelles consolations à l'heure de la mort! ^uels trésors immenses de gloire, puisque l'obéissance seule vaut mieux que toutes les vertus : Una obedientia plus valet quam omnes virtutes^ dit saint Augustin, et qu'aux yeux de Dieu même elle surpasse tous les sacriliccs : Melior est quam victima.

Terminons par les trois colloques — à Jésus obéissant jusqu'à la mort, — à Marie cette humble servante du Seigneur et sa mère glcrieuse, — à saint Joseph notre saint protecteur pour demander et obtenir cette vertu.

Page 1