‹ La science de bien mourirChapitre 72 sur 128 · VERTU. ^— LA SIMPLICITÉ · texte numérisé non relu

VERTU. ^— LA SIMPLICITÉ

Et cuni simplicibus sermoci-

iiatio ejus.

11 aime à s'entreteniv avec

les simples

(Prov,, m, 32.)

Voici une petite vertu chaniian te et qui ravit tous les cœurs : la simplicité ; Dieu l'aime, les hommes aussi. Mais qu'elle est rare dans le monde, où tout est faux, composé, artificiel ! 0 Joseph! Joseph! priez pour nous afin que nous puissions bien exposer le sujet de celte méditalion, et apprendre au lecteur à connaître et aimer cette belle vertu. On peut dire qu'elle était un des caractères dislinctifs de la sainteté même de notre glorieux prolecteur, c'est comme le trait principal de cette douce et noble ligure. Si une image ou une statue de saint Joseplj n'avait pas ce Ion de simplicité, elle ne dirait rien au cœur iidèie, on détournerait les yeux, on n'irail pas prier à cet autei, et tout le monde dirait : Ce n'est pas un saint Joseph! Saint Joseph est par excellente l'homme simple et droit, le juste dont parh; la sainte Ecriture ; Vir siniplcx et f€c(us{ioh, I, 1).

Deux points : I. Apprendre d'abord à connaître cette vertu, II. à la pratiquer.

I. Commençons par définir la simplicité. C'est un caractère droit, naturel, qui évite la recherche, les déguisements, la malice et la ru?e. C'est en un mot la naïveté du sentiment ou du cœur. Une âme simple dit ce qu'elle pense et croit ce qu'elle dit. — Voyez un enfant, comme il est simple dans ses pensées, dans l'expression de ses sentiments, dans ses actions même ; c'est pour cela qu'on dit partout que les enfants sont terribles; parce qu'ils n'ont pas l'esprit du monde et qu'ils parlent simplement ; et c'est cependant pour cela qu'on les aime tant!

iMais j'ai dit que Dieu lui-même ne peut s'empêcher d'aimer cette vertu. Dieu est la vérité et l'amour, il est simple dans son essence : comme parlent l'école théologique et la philosophie humaine. Aussi ne corrverse-t-il qu'avec les cœurs simples, Et cum simplicibus sermoctnatio ejus. Il loue, il récompense leurs œuvres dans lesquelles il trouve la justice, la pureté d'intention, et l'esprit de sacrifice qui est l'esprit même de la charité divine. Si oculus tvus fuerit siviplex, tolum corpus tinan lucidum erit . . J)i\i\[[\\. ,\\ ,'iti^ . Insimpli' ciiùlecordismeilaelusobtuliiinive}'sa{l.Pa\r.,'K\\],''i). Jlésus-Christ venant au milieu de nous n'a voulu

auprès de sa personne sacrée que des hommes simples et purs, fllarie, Joseph et ses apôtres, tous pauvres et simples dans leurs mœurs et leurs hahitudes... Vous avez dû remarquer, si vous avez étudié un peu la vie des saints, ce môme caractère dans ceux que le ciel a combles des plus grandes faveurs, comme saint François dWssise, saint François de Sales, et tant d'autres... On pourrait dire que ces grâces étaient en proportion de la simplicité même de leur cœur, tant il est vrai que Dieu aime celte belle vertu.

Mais ce qui pourrait bien autrement nous étonner après ce qui a été dit, c'est que le monde luimême ne peut s'empêcher d'estimer et d'aimer la simplicité, le monde, dis-je, qui est si faux et si composé, si menteur : Totns in maligno posiius (I. Joan., V, 19). Il est charmé quand par hasard il rencontre le caractère, l'image même de cette vertu; c'est comme un diamant qu'on verrait briller dans la boue et qu'on admire avec plus de bonheur. Ainsi le récit ])ibliqup de la vie simple des patriarches, la simplicité de ces mœurs' antiques ravit tout le monde. La parole de Dieu si simple au livre des Évangile?;, touche le cœur même des impies... Il savait mieux lire que les incrédu- Icb d'aujourd'hui ce philosoplie de Genève qui di-

sait: «La majesté, lasimplicité de l'Évangile parle à mon cœur. Oui, Jésus-Christ est Dieu... Celui qui aurait inventé ce livre serait plus grand que le Iiéros... » Le monde aime la simplicité dans la parole, dans la tenue, dans la mise. Il se moque de tout ce qui est prétentieux ou affecté, il méprise ce qui est faux ou même recherché, exagéré. N'cst-il pas vrai ([uc dans les informations sérieuses que l'on prend sur le caraclèi'e d'une jeune personneà laquelle on penserait pour l'affaire du monde la plus importante, un mariage, on ne manque jamais de faire cette question : Est-elle simple y... et la réponse à cette question a souvent décidé tout un avenir, et fixé un choix, déterminé une vie. Elle est si aimahle, cette vertu, que je ne crains pas de dire qu'elle régnerait partout, que rien ne saurait lui résister. Avez-vous rencontré un hon curé de campagne, une sœur de charité vraiment bien simples?... Quel pouvoir sur les cœurs ! quel charme ! quelle puissance pour le bien! C'est alors que la simplicité va jusqu'au sublime, disons mieux : jusiju'au divin. On est ravi, on devient aussitôt la conquête de ces âmes célestes.

IL Pour apprendre maintenant à praticiuer cetlc vertu, disons d'abord Quid vitandum, ce qu'il faut éviter. — Le monde, nous l'avons vu, est

plein de malice et de mensoiTge. Vous trouverez la finesse, le faux même, la politique et l'hypocrisie dans toute» ses paroles et ses actions : mais que dis-je? l'arlifice et le mensonge entrent même dans ses vertus; c'est de l'humilité parée, de la charité brillante, et qui sonne de la trompette, comme dit l'Évangile. — Défiez-vous de toutes ces malices, et pour vous-même ayez horreur de la moindre dissimulation. Souvenez-vous que vous vivez au milieu d'une foule de gens qui veulent vous tromper. Qu'il nous soit permis d'employer ici une comparaison tirée des usages même du beau monde, comme dans certains jours de fête, on se réunit, sur invitation, pour des ])als travestis, et des soirées où le plaisir principal consiste à tromper les autres sur son nom, son âge et ses qualités, et comme dans ces circonstances, chacun s'efforce de se déguiser parfaitement; ainsi dans les sociétés et dans les relations ordinaires du monde d'aujourd'hui, on vit au milieu de mille et mille mensonges et l'on ne cherche qu'à dissimuler ses sentiments. Mais au moins dans un bal de cette nature on est averti, on se tient sur ses gardes... tel vous parle sous l'habit d'un grave magistrat, et vous savez que ce pourrait bien être un repris de justice. — Voilà un beau masque qui marche sérieusement sous l'uniforme d'un

générol, et c'est pciU-ètre une femme timide. Vous no savez pas, mais enfui vous vous défiez, vons ôtes prévenu, tandis que, dans les relations ordinaires, les plus intimes quelquefois, vous êtes exposé aux mêmes erreurs parce qu'on difsinude, parce que l'on ment partout; il n'y a pas l'ombre de simplicité. Demandez à cette dame son âge, vous verrez ! à cet homme sa fortune, quand il s'agit même de renseignements positifs, vous verrez! — Méfiez-vous donc ; c'est le père du mensonge d'aiilenis qui règne dans le monde, ainsi ce n'est pas étonnant. Vous éviterez donc tout esprit de dissimulation... Que votre langage soit conibr'me à la parole de rEvangile: est, est, non, non, oui, non, comm(î les petits enfants,

2° Et maintenant que faut-il faire, Quid agcri' dum? — Avant tout il faut priei-, parce que la simplicité est une grâce de Dieu. Implorez encore ici les saints qui vous semblent avoir excellé dans cette vertu. Je vous conseillerai de recourir aux saints Innocents, ces preuiiers martyrs de Jésus. — Mais le moyen le plus efficace c'est de s'exercei' continuellement à la prali(|ue nuMuc d'une vertu SI raie, en aous punissant sévèrement vousmême toutes les fuis que vous vous sui-prendiez dans le plus petit mensonge, et le plus excusable même aux yeux du monde. La sanction pai'

exemple d'une aumône faite aux pauvres, ou de riuimiliation, même d'une rétractation en cas de chute, vous conduira en peu de temps à remporter une victoire complète sur cet esprit de dissimulation. C'est toujours là le grand moyen : se vaincre soi-même. Vince teipsum.

Oh! qu'elle serait belle la société chrétienne où régnerait cette noble simplicité des enfants de Dieu! — Qu'elle serait heureuse la cité dont tous les habitants auraient ce caractère droit et sincère de la vertu! — Qu'elle serait sainte et heureuse la famille dont tous les membres imiteraient la simplicité de Nazareth...

Demandez cette grâce, dans un colloque fervent, à Jésus, Marie, Joseph.

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