‹ La science de l'économie politiqueChapitre 16 sur 62 · Pour l'exécution de Touvrage jusqu'à sa confection · texte numérisé non relu

Pour l'exécution de Touvrage jusqu'à sa confection

3." Pour la continuation de ce même Emploi, jusqu'à la réalisation des ouvrages de YEmploi.

g 5. Ces capitaux présentent deux caractères distincts :

Les uns servent de capital pour YEmploi et le Remploi y comme les édifices, les machines, les bêtes de travail, l'amélioration des terres, etc.

Les autres servent exclusivement d'aliment à Y Emploi seul, finissent avec lui, et par conséquent, ne restent pas pour être remployés, comme les semences, le payement des salariés, les matières en nature à modifier par YEmploi, etc.

96. Dans un Elat où il n'existe point d'agriculture , YEmploi des produits doit être très-

borné, cl par conséquent cet Etat doitetrebicn pauvre.

97. Le travail amélioré de la chasse , et les capitaux qui y sont employés pour en augmenter le revenu, amènent dans un Elatune abondance de produits, qui n'est cependant que trèsmomentanée ; car , si le perfectionnement de l'aptitude et Taccroisscment des moyens occupés à V Emploi de la chasse, donnent une riche récolte de gibier , ils détruisent en même temps la génération des produits même. Par ce même travail et par ce même Emploi , on prépare donc, non-seulement un décroissement rapide de leur rapport , mais presqu'aussi leur anéantissement.

98. De même , l'amélioration du travail et l'augmentation des capitaux dans V Emploi de la récolte des végélaux spontanés tarissent la source des moyens producteurs par l'effet de l'abondance dcsproduils obtenus. La riche moisson de ces produits devient l'avant-coureur de leur disette future.

99. Un Pays sera toujours bien pauvre lors même que les habilans pourraient jouir non-seulement des produits de la chasse et des terrains jncultes.mais encore d'une pêche très-abondante.

Dans un Etat où il n'y a ni propriété du sol, ni propriété des eaux , la récolte individuelle

des travailleurs diminuera d'autant plus que la population augmentera. La subsistance journalière de la plupart des habitans y sera par conséquent très-exigu*è.

loo. Un Etat qui, à la pèche, à la chasse et a la recolle des végc'taux des terrains incultes ajoute l'art d'élever et de nourrir les animaux, pourra présenter des familles aisées et heureuses- L'invention toute naturelle de cç.i Emploi^ ja facilité et la simplicité de son exécution, appellent rhomme à cet art dès Fmstant qu'il sort de IVtat sauvage. Ses fruits procurent de trèsgrandes jouissances ; mais combien ils doivent être bornés , lorsque les troupeaux ne vivent que des seuls produits des terres incultes !

ICI. Si, dans ces circonstances, on ne peut supposer qu'une nation soit abondamment pourvue de denrées de subsistance , on ne peut supposer non plus, ni une demande tant soit peu élevée d'or et d'argent, soit qu'on destine ces métaux au luxe , soit qu'on les emploie comme un moyen qui facilite 1 échange , ni une grande demande de tout autre produit des mines et des carrières même. Ainsi V Emploi des mines et des carrières doit être presque nul.

I02. h'Emploi de la modification consiste à modifier les produits en nature. Là où la ma-

tière est rare , la modification doit être limitée aussi. Mais ce n'est pas seulement par la rareté des matières premières à modifier que la modification doit être bornée. On modifie les choses, ou pour en créer un instrument , soit d'exécution , soit d'amélioration du travail et des Emplois, ou pour les rendre propres aux nécessités de la vie , ou pour qu'elles donnent des commodités et des plaisirs. Attendu que dans cet Etat où la subsistance de l'homme se borne à des végétaux d'un sol inculte, aux produits de la pêche et de la chasse, et au bétail nourri par des produits spontanés , on ne peut s'attendre à une prospérité florissante ni dans le travail , ni dans les Emplois^ ni dans la population; et attendu que le nombre des familles riches et aisées doit être fort petit, il en résulte que dans un tel Etat, la modification ne peut jamais arriver à un développement fort étendu.

io3. Ce n'est que par le moyen de l'agriculture qu'un Etat peut s'élever à une heureuse opulence. C'est elle qui augmente et améliore le produit du sol; c'est elle qui, par ses dons généreux, porte le travail et les Emplois au comble de leur prospérité. Les progrès rapides de l'agriculture s'étendent certainement à faide de la modification, d'où découle le perfectionnement de la culture du travail , et les commodi-

tés et les plaisirs apportes par les produits; mais c'est dans les dons de l'agriculture que la modification puise l'aliment de ses heureux effets. Les produits consommés par YErnploi de la modification , par les salariés et parles Employans occupés à la modification,ne peuvent être en dernière analyse que des produits en nature excédant la consommation des Emplois des produits en nature , et la consommation des individus qui s'occupent aux Emplois des produits en nature. Or, comme une nation ne se trouve dans la situation d'une riche abondance de ces produits que par le moyen de l'agriculture , il s'ensuit que la prospérité de la modification prend sa source dans l'agriculture même. Devenant ensuite , à son tour, génératrice féconde des moyens d'exécution et d'amélioration de l'agriculture , et source heureuse de besoins toujours renaissans , la modification augmente la production , et dans le même temps augmente aussilademandedesdenréesagricoles.de manière que les denrées copieuses des champs non seulement n'excèdent plus les besoins du riche propriétaire , mais sont toujours insuffisantes à ses désirs. Loi admirable de la nature, qui par fabus même des richesses porte les Etats au sommet de f opulence ! Par le charme de ses illusions , les superfluités les plus frivoles devien-

nent le germe de Vabondancc du sol. Quelque grand que soit le gain que donne le travail, l'ardeur de travailler ne se ralentit jamais. Plus Ihomme s'enrichit, plus il désire de se distinguer par un luxe immodéré. L'ambitieux propriétaire veille les nuits , et passe les jours au milieu des soucis et des fatigues à découvrir les moyens d'améliorer les terres pour briller un jour, une heure. Des troupes de laboureurs haletans couvrent les vastes plaines d'une région fertile pour procurer les ornemens d'un cabinet, une voiture fastueuse , quelques garnitures de dent'dle. Le besoin du travail ne connaît enfin plus de bornes dès que l'homme est subjugué par l'attrait de la richesse.

Page 1