‹ La science de l'économie politiqueChapitre 3 sur 62 · Chacun tend à obtenir l'utile le plus grand · texte numérisé non relu

Chacun tend à obtenir l'utile le plus grand

Je sentis qu'il était impossible de parvenir à la connaissance des effets de ces principes , autrement que par lanalyse des progrès de l'Economie : à cet effet, je pris le genre humain dans son berceau, le conduisant d'un état sauvage jusques au système actuel de la civilisation la plus compliquée.

J'ai divisé cette histoire économique du genre humain en quatre Périodes, savoir:

b\ Pèr. Economie des hommes dans l'état sauvage, abstractioji faite de toute communication entr'eux.

11^ Pér. L'échange s'introduit, la société commence; mais l'éducation au travail et l'emploi des produits ne sont pas encore connus.

lïL' Pér. L'emploi des produits et l'éducation au travail s'établissent dans l'Etat.

IV.' Pér. La société élit un Modérateur commun au gouvernement de la Nation. Les communications à l'étianger s'ouvrent; la monnaie et le papier monnaie aident la cir-

culation des échanges. On établit les impôts, les dîmes, les douanes, la prohibition des importations et des exportations, les primes et les privilèges exclusifs.

Le lecteur voit bien que les limites de ces Périodes sont plus fictives que réelles^ et que mon but unique en traçant cette chronologie idéale ;, fut de faciliter la méthode d'analyse, sans laquelle l'économie des nations resterait toujours un problème. Par cette méthode on apprendra à la fois, les règles de l'économie particulière, les principes sur lesquels repose l'administration de la richesse des nations , enfin l'ordre économique de l'univers : ainsi la pensée s'élèvera du simple au composé , des intérêts vulgaires aux plus nobles intérêts. Puisse l'utilité que l'homme recueillera de cette Science pour les règles de sa vie privée, en étendre l'étude î Les Gouvernemens y trouveront un nouveau lien d'affection et de concorde entr'eux et les peuples. C'est la méfiance qui trouble l'harmonie. Sensible au mal qu'il éprouve, insensible au bien qu'il

ne prévoit pas , le peuple se plaint toujours des impôts. Faites qu'il connaisse la nécessité ainsi que les effets des impôts, et ces plaintes cesseront : il suffira que le but des lois soit le bonheur de la nation, pour que le Législateur en soit aimé.

Cet ouvrage fut composé en italien. N'ayant pas encore publié l'original , je voulus que la traduction fût littérale autant que possible.

On reprochera peut-êlre à plusieurs de mes définitions trop de longueur. Mais, couper les phrases lorsqu'il s'agit d'énoncer les principes d'une science , ne serait-ce pas manquer à son sujet.'^ Celui qui, pour définir un cercle , en définirait les deux moitiés , conduirait sans doute à connaître le cercle, mais il n'en présenterait pas l'unité.

DE L'ÉCONOMIE POLITIOUE.

PREMIER PÉRIODE

Économie des hommes dans l état sauvage , abstraction faite de toute espèce de communiai' t'ion entre eux.

1. L'homme dans son état sauvage satisfait à ses besoins avec les produits spontanés du sol.

2. Se conserver soi-même , rendre agréable sa propre existence, améliorer son sort, se distinguer parmi les autres : voilà le terme où tons les besoins de Thomme aboutissent. Ainsi , vivre et prolonger ses jours, acquérir, renouveler et augmenter ses plaisirs, posséder et aggrandir de plus en plus le pouvoir d'où découle Tacquisitionde ses jouissances, est le grand but auquel l'homme vise constamment. Son existence mystérieuse s'écoule de besoins en besoins, et là où l'un s'éteint, l'autre prend sa source,

Tel est l'empire de l'amour de la conservatitDn , et du plaisir de l'existence ; telle est l'impérieuse loi du de'sir inné et insatiable d'améliorer son sort; telle est, enfin, la nature du besoin.

3. C'est par le travail que l'homme retire les produits du sol, et c'est aussi par le travail qu'il les rend propres à ses besoins , lorsque pour les satisfaire , ces produits doivent être modifiés.

4. L'exécution du travail exige l'aptitude au travail, la fatigue, et le temps.

5. L'aptitude de l'homme au travail consiste dans la vigueur , l'adresse et l'intelligence qu'il possède pour exécuter le travail.

6. La fatigue et le temps employés constituent le coût du travail (*).

7. Le besoin excite l'homme au travail afin d'obtenir les produits nécessaires pour le satisfaire. Cependant, avant de se mettre au travail, l'homme commence par considérer : i°La qualité

(*)Le mot fatigue est ici employé dans toute son extension y et comprend la signification du labor des latins. Si un enfant de dix ans, en employant toute sa force, lève un poids de vingt livres, et un homme,' en employant également toute saforcç, lève, dans le même espace de temps, un poids de ce^nt livres , il résultera un égal coût de travail pour tous les deux, mais leur aptitude au travail sera différente.

intrinsèque de la chose : r:o. Jusqu'à quel point clic pcul satisfaire à ses besoins : 3". Son aptitude au travail qu'il se propose , la fatigue et le temps que ce travail exige; et il ne s'y livre que lorsque, par le résultat de ces considérations, il juge que la recherche de cette chose pourra lui être d'une utilité présente ou future.

8. Si l'acquisition d'une chose exigeait le concours d'une autre chose , dont la possession demandât aussi un travail spécial , en ce cas, à la réunion des considérations énoncées , pour discerner si ce travail est utile , il faudrait ajouter encore le calcul de l'aptitude, de la fatigue et du temps qu'exigera la chose qui doit aider.

9. L'aiguillon du besoin est en raison de la valeur sentie du besoin.

I G . Une chose que le travail procure , est utile , lorsque le bien qu'elle produitsurpasse le coûtdu travail ; elle est nuisible , lorsqu elle cause , par elle-même, un mal, ou lorsque le coûtdu travail surpasse le bien qu'elle apporte.

II. Si la chose produit un bien supérieur au coût du travail, son utilité se mesure par le bien excédant. Piéciproquement, si elle produit un bien moindre que le coût du travail , elle sera d'autant plus nuisible que le coût du travail surpassera le bien qu'elle a apporté. Et , si la chose produit un mal par l'effet de sa qua-

lité intrinsèque, elle sera nuisible en raison composée du mal intrinsèque , et du coût du travail.

12 Une chose est plus utile qu'une autre , lorsque le coût et le bien de cette chose, étant balancés avec le coût et le bien de l'autre , elle donne pour résultat un plus grand avantage que l'autre chose.

i3. Si l'homme se détermine au choix dune chose moins utile qu'une autre, l'utilité qu'il aura obtenue de cette chose sera d autant moindre , que le dommage produit par la privation d'un bien plus grand aura été préjudiciable. Cette utilité sera détruite, si le préjudice porté par cette privation surpasse l'utilité. La chose deviendra préjudiciable en raison de l'excès de ce préjudice.

14. Le bien est cette sensation agréable que produit la satisfaction du besoin.

i5. Le mal est une sensation douloureuse qui dérive, ou de la destruction d'un bien présent , ou de la privation d'un bien futur.

16. Le coût du travail renferme, ou destruction d'un bien présent, ou privation, soit directe, soit indirecte, d'un bien futur. Quelquefois il n "occasionne qu'un de ces effets; quelquefois il les occasionne tous deux.

Page 1