En comparant le bien apporté par la chose
recherciu'C avec le préjudice (}ue le travail a produit par les effets ci-dessus mentionnés de son coût , on aura le résultat de Futilité ou du préjudice que la chose a produit.
i8. Beaucoup de clioses peuvent apporter aux besoins présens ^ une utilité , qui, pas ses effets, devienne préjudiciable aux besoins futurs; et réciproquement beaucoup de choses peuvent apporter aux besoins présens un préjudice qui , par ses effets , devienne utile aux besoins futurs. Ces choses étant considérées dans leurs causes et effets, on dira qu'elles produisent un ré.sullat utile ,silcurutilité immédiate ou future surpasse le préjudice futur ou immédiat qu'elles apportent : on dira, au contraire, qu'elles donnent un résultat préjudiciable, si le préjudice immédiat on futur surpasse l'utilité immédiate ou future qu'elles produiscnî.
19. Par ces mêmes principes, on établira le calcul de comparaison , lorsque , parmi les choses qu'on doit comparer , il s'en présente quelques-unes qui réunissent une utilité immédiate ou future, et un préjudice futur ou immédiat.
20. Quoique l'homme ne se détermine à la recherche des choses, que dans la vue d'en obtenir une utilité pj-ésenlc ou future, il peut cependant se déterminer à choisir une chose qui salis-
fasse utilement ses besoins, et porte en même temps, à des besoins futurs, un préjudice beaucoup plus grand que le bien qu'il en peut retirer par la satisfaction des besoins immédiats.
21. La cause d'un pareil effet , est que l'idée d'un bien immédiat se présente à l'homme avec plus d'attraits que celle d'un bien futur. L idée d'un mal immédiat cause aussi une répugnance plus sensible que celle d'un mal futur. Comme cet instinct de l'utilité dérive de l'instinct du plaisir, et que l'aversion pour ce qui est nuisible dérive de l'aversion naturelle du mal, il s'ensuit que, si le sentiment du mal, duquel doit dériver une plus grande utilité , est plus fort que le sentiment produit par l'instinct du plaisir futur , ou que le sentiment du bien immédiat , duquel doit dériver un plus grand préjudice, soit plus fort que le sentiment d'aversion pour le préjudice futur , l'homme sera entraîné à choisir , non pas la chose qui donne un résultat d'utilité , mais bien celle qui donne un résultat nuisible.
22. Si la force de la sensation causée , ou par la crainte d'une douleur immédiate , ou par l'appât d'un plaisir immédiat , porte l'homme à rechercher des choses qui , par leurs effets , soient nuisibles ; à plus forte raison il doit arriver que l'homme , par la répugnance que lui
inspire un travail pénible , sacrifiera ce qui peut satisfaire ses besoins , et abandonnera un travail qui lui aurait été plus utile. C'est pourquoi il peut se faire aussi que , dans le choix des choses, rhomme donne la préférence à la recherche d'une chose moins utile qui présenterait un moindre coût de travail , ou un plaisir plus immédiat que les autres choses plus utiles.
23. Quoique l'homme puisse se déterminer à rechercher des choses qui, par leurs effets, ne produisent rien d'utile , et soient au contraire préjudiciables, il ne se détermine jamais à rechercher aucune chose qui ne soit utile à quelque besoin spécial. Au moment de sa détermination , la froide raison calculatrice et ses sens violemment agités , se livrent en lui-même un combat : ceux-ci se prononcent pour l'utile présent ; celle-là ne se décide , ni pour l'amour du présent, ni pour l'amour du futur, mais seulement pour le plus grand résultat d'utilité.
24. C'est dans la proportion réunie: i." de l'intensité de la douleur, ou du plaisir immédiat que les choses produisent : 2°. du résultat d'utilité qu'elles offrent, et de l'habitude contractée de dominer l'irritabilité des sens, que l'honmic dévie plus ou moins des sages conseils de la raison dans la recherche des choses.