‹ La science de la mainChapitre 14 sur 23 · I . Voltaire, qui résumenl si bien leur siècle · texte numérisé non relu

I . Voltaire, qui résumenl si bien leur siècle

sont, à leur tour, si bien résumés par leur costume, qu'on ne saurait, sans rire, se représenter François sous l'habit d'Arouet et Arouet sous celui de François.

Immobile chez les peuples immobiles et dans les institutions qui se piquent d'immobilité, comme dans l'Église romaine, le costume est changeant chez les peuples changeants, — non par l'effet d'une volonté concertée, mais par l'effet nécessaire de l'état moral .contemporain — car, l'homme seul pense, l'homme seul connaît la pudeur, l'homme seul s'habille.

Il y a cela de bon à dire en faveur de la mode : qu'elle se propose l'unité.

La nudité des nègres, attendu leur couleur qui les enveloppe comme d'une ombre et leur tient lieu, pour ainsi dire, de vêtement, est moins immodeste que celle des blancs.

Les nègres ne viennent pas au monde tout vêtus, comme les animaux, mais quasi vêtus; ce qui les classe entre le chimpanzé et l'homme.

Les Hindous, presque aussi colorés que les nègres, sont de même presque aussi stationnaires

qu'eux. Or, l'immobilité est le suprême attribut de l'animalité.

L'uniforme, si cher aux Russes, est dédaigné des peuples libres parce qu'il classe et oblige.

>tre costume, parce qu'il résume l'état social le plus avancé du monde, est précisément celui qui sied le moins aux nègres et aux peuples qui sont restés primitifs.

Les gens spatules voyant les choses telles qu'elles sont, et les gens à phalanges coniques telles qu'ils se les imaginent, les premiers s'habillent en rapport avec l'air qu'ils ont en effet, les autres avec l'air qu'ils croient avoir; d'où les extravagantes toilettes rapins chevelus, des lyres de grenier, des jambons d'estaminet, races excentriques et coniques.

Les acteurs vrais, les gens mis juste, comme on dit, ont généralement la main spatulée.

rniers Valois, le costume accusant le mi. l'arl el la littérature rappelèrent l'art et la littérati es, lesquels vivant quasi nus (de

• par grossièreté d'esprit) ne connurenl jamais la pruderie et la fausse houle inhêr en te s aux populations drapées de nos pays froids.

Pimpante, alerte, sensuelle et court-vêtue, la, muse française de ce siècle, plus riche de mots et de tours, plus colorée, moins timorée, moins pédante que celle du dix-septième, respire la forte et savoureuse adolescence d'une nation destinée à tous les genres de succès.

Alors, la prépondérance appartenant aux idées du Sud, la France allait naturellement chercher ses modèles en Espagne et en Italie. Aujourd'hui que cette prépondérance appartient aux idées du Nord, nous allons les chercher en Angleterre et en Allemagne. Le génie français est comme le Janus des anciens : il a deux intelligences et deux visages.

Paris, de nos jours, vu le génie propre aux populations du Nord, est bien où il est ; il donne à la nation le genre de force morale qui convient à ce temps-ci. Au XVIe siècle, il eut mieux valu qu'il fût situé plus au Sud.

En 1793, la révolution, détournée par les brillants orateurs de la Gironde du but que lui indiquaient les vrais besoins de l'époque, eût infailliblement succombé sans les montagnards, qui, presque tous nés clans le Nord, la sauvèrent, en la débarrassant

de sa chlamydo grecque, et en la rendant au sentiment de la réalité.

L'art, chez les peuples éminemment civilisés, émane de l'homme ou du raisonnement. Chez les peuples instinctifs, il émane de Dieu ou de l'inspiration. Mesq.uin au XVIIIe siècle, qui fut l'époque la plus intellectuelle selon l'homme, il est immense au XIIIe siècle, qui fut l'époque la plus intellectuelle selon Dieu. — L'art fleurit surtout aux époques où les peuples en marche ont un pied sur la barbarie et l'autre sur la civilisation, ou ils croient aux miracles et aux sciences occultes, autant qu'aux faits journaliers et aux sciences exactes. Il est alors suffisamment humain et suffisamment divin ; il se développe appuyé sur la science et sur l'inspiration.

Les barbares ont le faste et la grandeur, les civilisés ont le luxe et le goût. Telle était la cour de François Ier, aune époque encore barbare et déjà civilisée, tel était l'attirail qui l'accompagnait, qu'il lui fallail cinq jours pour se rendre de Paris ,i Fontainebleau.

Surune pelouse ovale que bordenl de beaux ar-

bres aux tiges élancées et au feuillage épais, s'élève, dans le jardin des Tuileries, un piédestal portant une admirable copie, en marbre, du groupe charmant des Dioscures. Ces immortels sont nus : les éléments étant sans influence sur les divinités. Leurs mouvements sont lents et souples : le temps n'existant pas pour eux, non plus que les causes qui obligent l'homme à la tension et à l'effort. Comme en beauté ils sont égaux en âge, mais l'un d'eux, plus recueilli, montre un maintien plus auguste ; c'est celui qui renverse son flambeau au moment de descendre dans l'empire des morts. Adieu, pour un temps, aux coursiers rapides et au fleuve paternel aimé des cygnes et des lauriers 'roses. Exempts de nos besoins, libres de nos sollicitudes, leur vie, bien différente de la nôtre, s'écoule ou plutôt se prolonge dans le calme absolu que leur donnent une nature éthérée et l' attribut d'une jeunesse sans fin, — enchaînés par un amour immense et mutuel ils en savourent sans réflexion, dans une indolence pleine de sécurité, la douceur naïve et profonde. Ils sont nus, ai-je dit, mais leurs têtes sont couronnées de fleurs, comme pour symboliser l'éter-

nolle félicité, l'éternelle fécondité des races immortelles; — de quelque côté qu'on contemple ce groupe, ce ne sont que lignes harmonieuses se déroulant dans le calme, l'élégance et la souplesse, mais la force se fait jour à travers ce repos, et on sent que ce sont bien là les dieux amis des exercices virils et dans lesquels l'Hellénie honorait les protecteurs célestes de ses athlètes, de ses écuyers et de ses nautonniers.

L'artiste plein d'inspiration et de réflexion, de logique, d'élan, de mesure, à qui nous devons ce chef-d'œuvre, avait infailliblement des doigts assez noueux , un grand pouce et les phalanges extérieures coniques.

Et ce n'était pas non plus un homme ordinaire, celui qui, remontant à l'agreste berceau des dieux de la mythologie et s'inspirant des souvenirs de l'antiquité, a placé ce groupe dans un lieu rappelant les cirques ombreux d'Olympie et les pâturages sacrée de la verte Elide, féconde en

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