LES MAINS PSYCHIQUES
La main psychique est, de toutes, la plus belle, et- la plus rare aussi par conséquent, car la rareté est une des conditions de la beauté. Elle est petite et flne, relativement à la personne. Paume moyenne; les doigts sans noeuds, ou très-modiquement ondulés; la phalange extérieure longue et effilée; le ponce élégant et petit. — Grande et avec des nœuds, elle a la force et la combinaison, mais elle manque de naïveté.
Que le bon sens^ ce maître Jacques de la maison,
28i LA SCIENCE DE LA MAIN
soit le guide dfts mains uti/cs, mains dont i'ordrr,
ran-aiigement et l'unité sonlle btil : rjuc la rohon
a pïjchiiit
soit l'unique flambeau des mains philosophiques, que leur tendance enjporte vers la liberté et la vérité; c'est ce (lue nous venons d'essayer de démon-
trer. Quant aux mains psychiques, elles sont à ces dernières ce qu'aux mains en spatule sont les mains artistiques. Elles attachent, elles ajoutent aux œuvres du penseur^ comme l'artiste à Tœuvre de l'artisan, la beauté, l'idéalité; elles les dorent d'un rayon de soleil, elles les élèvent sur un piédestal, elles leur ouvrent la porte des cœurs; l'àme, oubliée et laissée en arrière par les mains philosophiques, es leur guide, la vérité dans r amour et la sublimité^ leur but, et l'expansion leur moyen.
Vous avez vu le monde livré aux mains en spatule : mouvement, industrie, guerre, tumulte, culte de la force et des biens matériels. — Vous avez vu le monde livré aux mains artistiques : entreprises romanesques (c'est-à-dire tendance vers un objet ordinaire par des formes extraordinaires), imprévoyance, brillante folie, splendide misère, fanatisme de la forme. — Vous avez vu le monde livré aux phalanges carrées : fanatisme de la méthode, despotisme universel et étroit. — Vous avez vu le monde livré aux mains philosophiques : fanatisme de la science, doute, mobihté, liberté sans point d'appui.
3d6 U SClEiSCE DE U MAIN
Seules jusques ici, en Europe, les mains psycfai^ que» n'ont pu parvenir à ta dominalion, peut-ûtre n'y ont-elles jamais prétendu, dédaigneuses qu'elles sont, dans la haute sphère où les retient le génie qui les anime, des intérêts matériels. Toutefois, leur intervention n'a jamais manqué, quand les drames humains, amenés à leur dernière péripétie, ont eu besoin d'une force quasi divine pour être dénoués. Que d'affronts étaient i-éservés à l'homme dans son intelligence et dans sa dignité, si, en électrisant les cités de la Grèce, elles ne leur eussent donné la victoire à Salamines et à Marathon I — L'Espagne, religieuse et poétique, ne s'est jamais fortement ébranlée que sous leur impulsion; sans elles, elle périssait en 1812; de même que l'Allemagne qui, déjà vaincue dans ses princes, fétiches couronnés, ne fut sauvée que par quelques jeunes enthousiastes, idéologues aux cheveux flottants, aux regards sereins, mais au cœur résolu, qui, en chantant Dieu, la patrie, la liberté, se jetèrent dans les champs de LLUniile aux accords de la lyre étoilée.
Pi'ises en masses, ces mains aiment les grandes kiltcri et dédaignent les petites. Au plus fort du sen-
sualisme grec, elles se résument dans Platon : au plus fort du sensualisme romain, elles se résument dans Jésus. Elles ne se heurtent non plus qu'aux grands athlètes ; à Bossuet, le hiblique champion de la terreur et de la forme, elles opposent Fenélon, Tévangélique apôtre de Tessence et dé l'amour. A Voltaire, à Diderot, qui parlent aux sens et à la raison, elles suscitent l'opposition psychologique de Vauvenargues et de Rousseau. Enfin, de nos jours, vous les avez vues, à l'aide de Chateaubriand, de Benjamin Constant, de madame de Staël, tenir en échec le matérialisme impérial.
Le type psychique n'est pas, comme l*ont pré*» tendu d'agréables romanciers, le pai*tage exclusif deâ races héraldiques. Rare partout, il existe néan* moins partout, et jusque dans les classes les pluô abjectes, où il végète, s'ignorant lui-même j incompris et dédaigné, à cause de son inaptitude relative aux travaux manuels.
Apollon, hélas I a gardé les vaches.
Les mains artistiques veulent voir l'imagination et l'art partout; les mains carrées, la règle et l'arrangement partout; les mains philosophiques, la
raison humaine partout; — c'est la raison divine^ qu'en vertu de la même loi, celle qui dérive des dispositions naturelles et constitutives, les mains psychiques veulent partout voir. L'œuvre où l'idéalité manque, où l'amour ou Dieu font défaut, où l'âme n'est pas intéressée, n'est po.ur elles qu'une œuvre morte. Elles ne tiennent à la forme que dans le domaine de l'art. Ailleurs, elles ne sauraient s'en préoccuper, convaincues qu'elles sont que, ni la civilisation n'est la conséquence absolue de tel ou de tel culte (comme du christianisme par exemple, qui a arrêté les races aztèques dans leur essor; qui est resté impuissant en Abyssinie contre la Barbarie ; en Russie, en Pologne, en Amérique contre l'esclavage) ; ni la liberté^ la conséquence absolue de la forme démocratique; ni V esclavage la conséquence absolue de la forme autocratique. A leurs yeux, la foi religieuse est un fait aussi réel que la certitude rationnelle, aussi excusent-elles, si même elles n'acceptent les bizarreries de tous les cultes pensant à cet égard comme les anges coiffés de chapeaux , que Svs^edenborg ravi en esprit (c'est lui qui le raconte) entendit vanter la purelé des
doctrines des Tartares; et comme Toracle de Delphes, qui, consulté sur la meilleure manière d'honorer les dieux, c'est-à-dire, apparemment, sur la forme religieuse la plus propre à moraliser les peuples, répondit : Suivez les lois du pays ; '^ àa^VA les monarchies, elles voient le beau^ dans les républiques, elles voient le bon^ et TOrient, rêveur, immobile et silencieux comme le désert^ préoccupé du ciel et gouverné par un seul , leur semble aussi sage et aussi heureux que l'Occident, orageux, réglé et retentissant comme V Océan, préoccupé de la terre et gouverné par tous.
Les deux idées auxquelles le genre humain doit la plus noble partie de son bonheur et de sa dignité : celle du beau dans l'art ^ celle du droit dans la politique^ sont nées et sont mortes dans le monde antique, avec \q polythéisme anthropomorphique^ comme les Grecs le comprirent; — et ces idées, dans le monde moderne, n'ont refleuri qu'à l'époque de la Renaissance, qui fut une sorte de résurrection de ce même polythéisme (Lecomte-Delisle).
On lit dans ^ Joinville que, pendant le siège de Damas, une femme ayant été rencontrée entre la
ville et le camp par un religieux de Tarmée des Croisés, celui-ci lui demanda ce qu'elle prétendait faire, et de Teau qu'elle avait dans un vase, et du feu qu'elle portait dans un réchaud. — C'est, répondit-elle, pour brûler le paradis et pour éteindre l'enfer, afin que les hommes n*ain;ent et ne servent plus Dieu que par amour. — Cette réponse ravit le cœur de Saint-Louis, qui loua avec enthousiasme la piété sublime qui l'avait dictée.
« Dieu a pour âme la vérité, et pour corps la lumière (Pythagore). »
a Trois choses sont nées à' la fois dans le monde : l'homme, la liberté, la lumière. (Opinion des Druides.) »
Sublimes formules, amples et sereines constata* tions de la force et de la beauté de l'intelligence humaine.
Les mains psychiques sont en nombre immense dans l'Asie méridionale, d'où le génie essentiellement religieux, contemplatif et poétique des nations qui l'habitent; d'où leur respect pour les maximes (synthèse), et leur dédain pour les méthodes (analyse), d'où la préférence qu'elles donnent à la
vertu (source de repos), sur la science (source de mouvement); d'où Tétat languissant des arts, des métiers, de Tagriculture ; d'où les gouvernements théocratiques et despotiques, par conséquent (car on ne saurait contredire Dieu sans crime), gouvernements nécessaires à des peuples pour qui raisonner et agir sont un tourment.
C'est de la morne et somnolente Asie, la terre des empires immenses, de l'opium et des ivresses énormes, que sont sorties toutes les grandes religions, et c'est de la mobile et laborieuse Europe, la terre des petites républiques, du vin et des ivresses légères, que sont sorties toutes les philosophies qui ont regardé les religions en face et leur ont dit leur fait.
En Europe, le temple relève de la société; en Asie, la société relève du temple.
L'Orient, dit Aristote, s'est toujours complu dans la métaphysique (laquelle, s'appuyant sur la logique, enseigne à penser subtilement), et l'Occident dans la morale (laquelle, s'appuyant sur la raison, enseigne à vivre honnêtement).
L'Asie est le pays des génies comme l'Europe est
celui des fées. Or, les génies étant des individualités (ou des substantifs) doués d'une activité à laquelle nulle direction n'est imposée, ils peuvent tout ce qu'ils veulent, comme les princes de leur contrée^ où Ton a toujours rejeté la division des pouvoirs. An contraire, la puissance de nos fées (qui ne sont, après tout, que des adjectifs) est bornée à un seul attribut ; Kune donne la beauté ou la vaillance, l'autre la force ou la richesse, etc. Toutefois, si elles ne disposent que d'un don, l'étendue de ce don n'a pas de limites. Enfermées entre deux parallèles, elles n'ont qu'une direction, mais indéfinie; — doués de toutes les qualités, les génies sont comme enfermés dans un cercle où ils peuvent agir dans tous les sens, piais si leur puissance n'est pas limitée dans l'espèce, elle l'est dans la quantité, leur pouvoir étant soumis à celui d'un génie plus puissant, (de Flotte.)
Ainsi, comme par leurs lois et leurs religions, les peuples sont expliqués par leurs fables. Chez nous le pouvoir a une direction et des limites, il suit une ligne donnée. Chez les Orientaux, il est sans direction, et n'a d'autre limite qu'un arbitraire plus puissant.
On a dit qu'il y avait de Taffinité entre la langue allemande et le sanscrit ; il existe aussi quelques rapports entre le génie rêveur des nations germaniques et le génie contemplatif des enfants de Brahma. Enfin r Allemagne est le pays de l'Europe, de même que rinde est le pays de l'Asie où Ton voit le plus de mains psychiques.
Le spiritualisme étant la spécialité de ce noble type, il a dû chez nous, où le bien-être, de bonnes lois et la liberté l'ont aidé à se multiplier (1) et à se comprendre, il a dû, dis-je, ayant à exprimer des sentiments et des idées d'une nature particulière, suivre l'exemple des types artistique, utile et philosophique, qui, pour la même cause, se sont tour à tour servis d'une langue différente, créée par chacun d'eux pour son usage particulier. La langue de Rabelais, de Montaigne n'est point la langue de Pascal, ni la langue de Pascal celle de Rousseau. D'où vient donc que les innovations grammaticales de Chateaubriand et de Lamartine, ces aigles
(1) En 1722 la France ne comptait que 18 millions d'habitants. — Sous Louis XIV, la moyenne de la mortalité parmi les classes privilégiées était d'un sur 26, elle est aujourd'hui d'un sur 52.
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de notre littérature psychologique, ont-elles causé, dans le principe, tant d'étonnement et même de scandale? Aux idées nouvelles, des formes nouvelles! étendre la signification de quelques mots, ce n'est pas altérer une langue, c'est Tenrichir, et condamner cette théorie, c'est réprouver le moyen dont, pour leur gloire comme pour notre instruction et notre plaisir, ont usé les grands écrivains de toutes les époques.
Vous ne goûterez vivement ni les idées ni le langage des écrivains psychologiques, ô vous qui avez les mains en spatule ou carrées. Vous ne leur trouverez ni la précision, ni la méthode qui vous sont chères. Leurs perpétuels élans vers les glorieux esprits, splendides rivaux des étoiles, vous importuneront. Vous tenpz à la terre et à ses intérêts, ils mettent, eux, leur bonheur dans les rêves intérieurs de leur esprit, dans la contemplation des vérités non tangibles; votre muse, éprise du monde réel, chante les jardins, le choc meurtrier des escadrons, le voile ondoyant des blondes infantes, les flottes pavoisées, etc., etc.; elle dit les ruses des jeunes pupilles et la colère des .vieux tuteurs, les grâces de
Lisette, les vulgaires tribulations d'un diner ridicule ; elle sourit à Beaumarchais le mécanicien, le duelliste, le pamphlétaire, Thomme d'esprit, de verve, d'affaires, de mouvement et de cœur. — La leur ne cueille de fleurs que pour en joncher les saints parvis, la leur n'enlace de femmes que pour les jeter, ravies et palpitantes, aux pieds de Dieu. Le lyrisme lui est aussi naturel que le chant à l'oiseau, que le parfum et l'attraction à l'ambre ; à elle la harpe de David et les saints ravissements qui emportent notre âme sur les ailes de V aurore ; la voix des mers, celle des torrents, celle des forêts, celle des montagnes, ne sont que les échos de sa voix sublime ; éprise de l'idéal et de l'infini, elle plane avec les anges, elle suit dans leur course échevelée les impétueuses comètes, et, de tous les bruits de la terre, n'écoute que les soupirs du cœur simple et aimant qui s'élève vers Dieu. Vous vivez surtout par les sens, par la tête, ils vivent surtout par l'âme, par le cœur', vous pensez, ils sentent : vous parlez, ils chantent; vous êtes de chair et de sang, ils sont de flamme et de lumière. Un intervalle immense vous sépare, et ce n'est pas trop de deux langues pour deux natures si opposées.
Tel est le génie attaché aux mains psychiques . Par Milton, Klopstock, Schiller, Goethe, Swedenborg, Chateaubriand, Lamartine, Victor Hugo, G. Sand, C. Didier, de Vigny, etc., etc., elles régnent en souveraines sinon sur les plus grands esprits, du moins sur les plus nobles cœurs ; elles nous ont donné la haute épopée, le roman psychologique, la poésie intime, l'ode à la voix inspirée, au vol ardent, aux ailes colorées. Leur influence sur les masses a été immense : elles leur ont rendu l'enthousiasme que le philosophisme analytique avait tué; à leurs yeux, prévenus par les turpitudes du sanctuaire, elles ont réhabilité Dieu. On leur avait parlé de la nécessité de l'abnégation, elles leur en ont dit les charmes ; pour les attirer dans leurs voies, elles les ont ornées des fleurs d'une poésie quasi divine ; comme les pins sonores des cimes alpestres, elles ont versé à flots l'ombre bienfaisante et l'harmonie. Pour être goûtées par les intelligents, elles ont pris la lyre ; pour être comprises par les simples, elles ont plié le jet abondant de leur parole aux formes les plus naïves.
La civilisation, en Espagne et en Italie, est née
de la poésie et de la liberté, c'est-à-dire des mains artistiques et psychiques, lesquelles se proposent le grand, le beau, le sublime; elle est née, en France, des sciences et de l'autorité, c'est-à-dire des mains utiles et des mains philosophiques, lesquelles se proposent l'utile et le vrai. Notre his- ^ toire est plus instructive qu'intéressante ; celle des Espagnols est plus intéressante qu'instructive.
Comme les Grecs, qui ont relégué le travail manuel au rang des divinités infernales, les Espagnols pensent qu'il dégrade les peuples et les individus en raison directe de l'amour qu'ils lui portent.
Les Italiens ont mis le repos physique sous la sauvegarde d'un tiers des saints du calendrier, non pour le rendre plus respectable au peuple, mais pour le garantir du génie avare et tracassier des lois politiques et fiscales.
Ainsi ne sauraient penser ni les Anglais ni les Américains qui, sous leur soleil sans splendeur, n'échappent au spleen que par le travail.
Aujourd'hui, les Espagnols ne possèdent à aucun degré l'expression artistique, la forme littéraire de
la poésie qui est en eux ; c'est .ce qui les fait paraître si petits, mais ils sont plus grands qu'ils ne semblent.
Dans le Sud, où le climat nourrit, où l'on vit de peu, et où l'on peut vivre quarante-ciûq jours sans manger {Lettres édifiantes^ missions de France), l'homme n'est pas assez indispensable à Thomme, pour que la société n'y soit pas faible — mais dans * le Nord, où le climat affame, l'homme aux prises avec une nature hostile (surtout depuis que la» civilisation y a amolli les corps), sent trop le besoin d'aide et d'appui, pour que la société rfy soit pas forte.
Dans les villes de la Norwége, toutes les maisons communiquent entre elles par des portes intérieures ou des galeries souterraines. Aux Indes orientales, au contraire, les familles s'isolent le plus qu'il leur est possible les unes des autres.
Quoique mal doué pour la guerre, la chasse, la navigation, la locomotion, les soins de la vie réelle, comme nous l'entendons, le type psychique n'en a pas moins régné en maître aux Indes orientales jusques au treizième siècle, époque où il fut dépossédé du pouvoir temporel par les Tartares ma-
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hométans qui le reléguèrent dans les temples. Jusque-là, on n'arrivait, dans ce pays, à la puissance et à la considération que par la piété, la contemplation et la sainteté, qualités et vertus qui, dans nos climats, nous ouvrent bien les portes du Ciel, mais ne nous ouvrent que celles-là. Aussi, chez nous, 8ont-ce les mains en spatule et utiles dures^ qui sont en majorité, tandis qu'aux Indes, ce sont les içains pointues et molles.
Et il en est probablement de même au sein des vieilles tribus des Arabes Bédouins de la mer Rouge, peuples qui, occupant un pays presque entièrement stérile, et où, pour cette raison, les grandes agglomérations d'hommes sont impossibles, ne peuvent pas n'être point naturellement inaptes aux
arts, aux métiers, aux sciences que la vie des villes, seule, comporte. A quoi leur serviraient des instruments de culture rurale et d'industrie mécanique, dans un pays où la culture rurale est impraticable, où une tente, une chamelle, un coursier suffisent aux besoins physiques de l'homme, besoins que la nature a maternellement proportionnés aux ressources du sol? Mais la fécondité qu'elle a refusé à leur terre;
etyjusqu^àiiD certain point, à leur jugement, elle Ta prodiguée, comme pour les garantir des ennuis attachés à une vie inoccupée, à leur imagination; c'est un peuple poëte, conteur, religieux, chavaleresque, hospitalier, contemplatif, de mœurs sobres et dignes. — Leur pays, qui est celui des mirages physiques, est aussi celui des miragesmgi
J'en conclus qu'ils ont la main psychique, mais très-dure.
a Comme les Arabes en général, dit le duc de Raguse, dans son excellent Voyage en Egypte^ les Bédouins de la mer Rouge ont une haute idée de la noblesse de leur sang ; ils ne se marient qu'entre eux, et ils croiraient déroger s'ils s'alliaient à une étrangère. Ils achètent quelquefois des esclaves, mais ils n'en ont jamais d'enfants. »
Ainsi, leur instinct leur indique qu'un pays que l'intelligence humaine ne saurait ni améliorer ni modifier, ne peut être habité avec quelque chance de bonheur que par une race spéciale; et que toute autre race, si peu différente qu'elle fût de la lem*, y péricliterait, faute d'une organisation en rapport parfait avec le climat et le sol. J'ai blâmé ailleurs
cet éloignement pour le sang étranger, mais il est évident que les Bédouins du désert, si ce qu'on nous a dit de leur pays est exact, sont tout à fait en dehors des motifs qui ont suggéré ce blâme.
Mahomet, au dire des historiens arabes, avait aussi les mains îovt dures. Son livre respire Taction ; il a la grandeur ardente, monotone, stérile du désert. Vide d'idées, prodigue de redites, l'ignorance outrecuidante et une sorte de poésie solennelle et morne y coulent à pleins bords. La liqueur que contient cette coupe fatale n'est point ime liqueur de vie, élaborée chez un peuple nécessairement immobile, elle a frappé d'immobilité toutes les nations chez qui le fanatisme et la guerre l'ont introduite. Seulement, si l'immobilité est salutaire et logique au désert, ailleurs elle n'engendre que la corruption et la mort.
Mahomet se complut toute sa vie daas la guerre, l'amour et le mouvement — son paradis, plein de femmes, s'étend à Vomhre des glaives — il se délassait de ses travaux intellectuels en * balayant sa tente, en raccommodant ses souliers, en soignant ses coursiers et ses troupeaux.
Iln'est point de ville musulmane, dit le judicieux et intrépide Badia-y-Léblic (surnommé Ali-Bey), où les arts mécaniques soient aussi inconnus qu'à la Mecque. Il ne s'y trouve pas un ouvrier capable de forger une serrure ou une clef. Toutes les portes sont fermées avec des chevilles de bois; les malles, les caisses avec des cadenas apportés d'Europe. Les armuriers n'y savent fabriquer que de mauvais fusils à mèche, des couteaux recourbés et les lances en usage dans le pays. Quant aux sciences exactes, ajoute le voyageur, elles sont dans le même état (ÎUe les arts mécaniques.
Palmire aété bâtie par àes Européens, et si ses ruines, de même que celles de Bal-Beck sont encore debout, c'est que les Bédouins, qui ne peuvent rien édifier de solide, ne peuvent non plus rien détruire de ce qui a été solidement édifié.
La main psychique de race, si libéralement dotée qu'elle soit, n'a pourtant qu'une entente niédiocré des choses du monde extérieur et de la vie réelle ; elle les regarde de trop haut pour les bien voir. Les spiritualistes ont le lyrisme, le mysticisme, les ravissements prophétiques, les lumineuses synthèses
de toutes les connaissances humaines ; mais le génie des sciences applicables, y compris celle du gouvernement des hommes réimis en société, leur manque, à moins que, comme aux Indes, ils n'aient affaire qu^à des peuples appartenant à leur type. Ensuite, on se tromperait étrangement si Ton croyait le type psychique plus à Tabri que les autres des égarements attachés à l'imperfection de notre nature. Le monde des idées n'est ni moins périlleux ni moins décevant que celui des choses. Aux Indes, aveuglés par le fanatisme religieux, des adorateurs de Siva se couronnent de fleurs, se parent d'habits éclatants et se jettent aux requins sacrés de l'Ile de Sangor; des mères, plus exaltées encore, jettent leurs enfants à ces mêmes requins. Maié si, dans leur enthousiasme, les spiritualistes sont toujours prêts à se dévouer, ils exigent aussi, pour le triomphe de leurs idées, des dévouements sans borne. Dans leur manière synthétique de penser, aucun sentiment isolé; aucune idée de détail ne sauraient ni toucher leur cœur, ni ébranler leur conviction, ni les détourner de leur but; c*est surtout à leurs yeux que la fin justifie les moyens; à l'occasion, ils verseront
soi L\ SCIENCE DE U KAIN
leur sang ou celui d'aiUrui, le leur sans regret, celui d'autrui sans remords.
Le cheval étant de tous les animaux domestiques, ceci soit dit à propos des Arabes, celui qui nous péni^tre le plus de son animalité, il convient de se délier de l'entendement des peuples et des individus qui l'aiment exclusivement.
Les peuples cavaliers ne se sont jamais atTrancliis des rudes et fastueuses entraves d'une barbarie relative. Aptes aux invasions plus qu'aux conquêtes, et convaincus que la culture de l'esprit nuit à l'énergie du cœur, ils ont détruit plus d'empires qu'ils n'en ont fondé ■ ainsi les Partbes, les Tattares, les Arabes, etc.
Le cheval fut. rame de la féodalité, régime de violence et d'ostentation, qui donnait, aux qualités de la force physique et aux suggestions de l'orgueil la préférence que les peuples fantassins ont toujours accordée à la solidité du jugement et aux lumières de l'esprit.
Dans le monde antique, la vie des Centaures s'écoule dans l'intempérance, au milieu des querelles, aux cris des femmes outragées.
De même, de nos jours, les gens de piaffe et de bouteille, de bruit et de voie de fait, sont plus nombreux parmi nos cavaliers que parmi nos fantassins.
Les armes spéciales où le cheval entre comme auxiliaire indispensable, produisent peu de généraux à vues larges ; les grands hommes de guerre sont tous sortis de Tinfanterie, la reine des batailles ^ l'intelligente et redoutable fondatrice des empires et des gloires durables.
A la longue, le bœuf rend le bouvier lourd et lent comme lui. Le veneur, au contraire, devient inquiet, remuant et fureteur comme son cliien ; — Thomme ne se perfectionne que par la fréquentation, la science et l'amour de l'homme. C'est parce qu'en Grèce, V anthropomorphisme était la base du culte, que ce pays a dépassé si vite et de si loin l'Egypte, abrutie par l'adoration des animaux. Chez nous, un reste d'anthropomorphisme persiste dans le Dieu, fait homme. Ce vestige écarté, et le culte de Tesprit^î*/' substitué à celui du Nazaréen, l'humanité fera un pas. Alors, plus divinement inspirés, nous renoncerons aux droits, aux devoirs, aux vérités Aq conven-
tioUf nous n'aurons plus d'autre mobile que l'amour, (Tautre dogme que la science^ d'autre culte que Fart, d'autre morale que la liberté.