‹ La science de la main: ou, Art de reconnaître les tendances de l'intelligence d'après les formesChapitre 15 sur 17 · LA MAIN MIXTE · texte numérisé non relu

LA MAIN MIXTE

Je donne ce' nom à la main dont les lignes indécises semblent appartenir à deux types différents.

Ainsi, votre main est mixte, si, étant en spatule,, par exemple, la forme en est si peu marquée qu'on puisse s'y méprendre et n'y voir que des phalanges carrées.

Une main élémentaire conique peut être prise pour une main artistique.

Une main artistique peut être prise pour une main psychique, et réciproquement.

Une main philosophique peut être prise pour une main alile, et réciproquement.

L'intelligence que représente ime main mixte, participa ilo l'intelligence attachée à chacun des deu.x typt's que sa forme rappelle.

Sans ces mains, c'est-à-dire sans le génie mixte qui leur est propre, la société, dépouillée de nuances et d'alcalis moraux pour rapprocher les acides et les amalgamer en les modifiant, ne procéderait que par luttes et soubresauts.

Si le droit de la guerre fut cruel jusqu'à Tatrocité chez les premiers peuples dont l'histoire fatse mention, c'est qu'alors, chaque nation, issue d'une tribu ou d'une famille pure de tout alliage de sang étranger, différait radicalement de toutes les autres p£tr le tempérament et l'instinct. En noyant sa rivale dans le sang, en détruisant ses villes, elle obéissait à la loi des antipathies qui poussent l'une contre l'autre des espèces vouées par Iczir organisation à un antagonisme sans un.

Les Arabes, issus de souches identiques, ou à peu près, ne sont pas impitoyables dans les guerres qu'ils ont entre eux, mais ils le sont dans celles qu'ils ont avec les Européens.

11 en est de même des Caffres.

«^ La manière dont ces peuples s'entre-battent, de tribu à tribu (dit M. Lichtenstein), est empreinte d'une générosité fort différente des usages adoptés

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chez les autres nations. Lorsque la guerre est déclarée, ce qui a toujours lieu par un ambassadeur portant une queue de lion ou de panthère, les chefs reçoivent l'ordre de rejoindre le roi avec leurs vassaux ; quand , ensuite , l'année s'approche du territoire ennemi, un nouvel ambassadeur est envoyé pour en donner avis ; et si l'ennemi déclare qu'il n'est pas préparé, ou que ses forces ne sont pas encore assemblées, l'armée attaquante fait halte et attend que l'autre soit prête à combattre. Afin de rendre,une embuscade impossible , chose qui serait d'ailleurs regardée comme déshonorante, on choisit pour le champ de bataille un espace découvert, sans buissons ni rochers. Il se battent alors, avec autant de valeur que d'opiniâtreté.

« Lorsqu'une des deux armées est défaite, la même générosité se lait remarquer encore dans la conduite du vainqueur, qui ne manque pas d'envoyer une partie du butin aux vaincus, attendu, disent ces peuples, qu'on ne doit pas laisser même son ennemi mourir de faim.

> Mais tant de modération (ajoute M. Lichtenstein) n'a pourtant lieu que d'une tribu de Gaffres à

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une autre, car ïorsqulls sont en guerre avec les Hollandais ou les Hottentots , ils cherchent à leur nuire par tous les moyens en usage parmi les autres nations, sauvages ou civilisées. »

Pour ce qui est de notre Europe, il est évident que les guerres y sont devenues moins cruelles , à mesure que , par les progrès de la navigation et du commerce, les peuples se sont plus mêlés.

Ces idées, déjà légèrement indiquées, voudraient de plus longs développements, mais ce livre, comme on le voit, n'est qu'un essai.

Comme il y a des vérités absolues, des beautés absolues^ il y en a aussi de relatives. Entre Apollon et Vulcain, entre les Muses et les Gyclopes (qu'on tne passe ces symboles en faveur de leur clarté), Mercure^ le dieu de l'éloquence pratique et des arts industriels , prend son vol et balance son caducée.

Or, c'est aux mains mixtes qu'appartient l'intelligence des œuvres mixtes, des idées intermédiaires, des sciences qui ne sont pas des sciences , comme Y administration et le commerce^ des arts qui ne relèvent pas de la poésie, des beautés, des vérités relatives^ de V industrie!

L'industrie élève tout, abaisse tout au niveau de Yusuel. En rendant la vie matérielle plus légère par la multiplication des objets i* utilité ; en rendant la culture de l'esprit plus facile par la multiplication des moyens et des instruments d'étude, elÏQ civilise (à la vérité ^^x Y intérêt)^ mais elle nuit à

Fart et à la science (lesquels civilisent par l'amour), en les matérialisant, en substituant à la création, à Teffort intellectuel, Yimitation par des procédés mécaniques.

On pourrait définir l'industrie : l'art mirifique de tirer de l'argent de tout. — L'homme né avec le génie de l'industrie (à quelques exceptions près) ne pratique les arts, les sciences, la parole, la vertu même, que pour les exploiter^ que pour en tirer de l'argent; l'argent est son but, non la gloire, non le progrès, non la perfection. — Chez les Anciens, le dieu de l'industrie était aussi celui des menteurs et des voleurs.

Le meurtre par la charge en douze temps, est une des industries des Suisses. •

Le meurtre par la rhétorique et l'arrangement

combiné des périodes, fut l'industrie de Tavocatgénéral Marchangy.

Pour quelques hommes , la prêtrise même n'est qu'une industrie .

Dans nos pays d'herbages , des individus passent leur vie à regarder l'herbe pousser; et à ce labeur, auquel ils ne se livrent pas sans boire, ils donnent gravement le nom d'industrie.

Il y a des professions que ce mot ravale, il y en a d'autres qu'il ennoblit.

Propres à beaucoup de choses, les mains mixtes n'excellent néanmoins dans aucune. Une grande insouciance morale est leur partage. La main de race, au contraire, est, dans chaque type, le vase saint où Dieu a déposé le germe impérissable destiné à renouveler ou à révéler tout art, toute science jusqu'ici ignorés ou depuis longtemps perdus. Ses entraînements, trop impérieux pour n'être pas obéis , trop significatifs pour être méconnus , lui livrent la claire intelligence d'elle-même, elle sait ce qu'elle veut, et comme les animaux que guide un instinct infaillible, elle ne veut que ce qu'elle peut.

Pascal, Descartefl, Newton, Buffon, etc., qui ont deviné t^Hàe choses, durent avoir des mains de race. De leurs têtea inspirées ont spontanément jaiUi des sciences toutes faites. Ces grands hommes, uniquement préoccupés de leurs travaux, menèrent tous une vie studieuse et plus ou moins cachée. La solitude, c'est la liberté !

.\insi l'aclive Chrysalide.

Fuyant lejour et lo plaùtr.

Va filer son trésor liquide Dana un mystérieux loi^rt Ls nymphe s'enfenne avec joie Dana ce tombeau d'or et de soie.

Qui la cache aux profanes yeux.

Certaine que qea doctes veilles Enrichiront de leurs merveiiica, LcB rois, les bellea et tes dieux.

(Lb Brun.)

Les hommes à la main de race ont l'esprit plus fort que varié; les hommes à la main mixte oilt . l'esprit plus vai'ié que fort. La conversation des premiers est instructive, celle des autres est amusante. C'est pour ces derniers surtout, qu'une éducationforte et judicieusement adaptée àla faculté la jilus ^iiillaute de leur génie, est un immense bienfait.

SUITE DU MÊME SUJET

Les mains artistioo-èlâmentalres, etc., etc., eto.

Plus épaisse et moins souple que la main artistique de fûc^,' cette main, dont les lignes- disgracieuses indiquent une intelligence tournée vers les choses vulgaires, n'offre pourtant ni Textrême dureté, ni la rustique ampleur des mains élémentaires : les doigts en sont gros, sans nœuds, ou n'en ayant qu'un, et comme engorgés ; le pouce en est grand ; elle est conique.

Cette main est assez multipliée en Normandie pour entraîner dans la sphère de son action morale le génie des autres types épars dans cette province.

La richesse est, aujourd'hui, le seul côté de Fart que les Normands goûtent avec le cœur et sans restriction. Ils l'aiment pour elle-même et lui immolent jusqu'à leur sensualité, à laquelle ils n'accordent que les plaisirs à bon marché. Ils sont toutefois plutôt avides qu'avares.

L'aspect de leurs villes a généralement quelque chose de rustique, et, à voir le costume des neufdixièmes de leurs habitants, on dirait que la bourgeoisie en a été chassée par une invasion de paysans. Rouen, Saint-Lô, Falaise, etc., au milieu des verts paysages qui resplendissent autour d'elles, rappellent ces hideuses carcasses de reptiles que la vieille et folle Egypte enchâssait autrefois dans l'or et le porphyre.

Les Normands ont des mœurs, si ce sont les habitudes qui les constituent; ils n'en ont pas, si ce sont les principes. Ils sont légaux et ne sont guère probes, ils sont dévots et ne sont guère pieux.

Quoique naturellement braves, la guerre, non

pas à cause des privations qu'elle comporte, ils les supporteraient virilement, mais à cause du peu de profit qu'elle donne, leur est antipathique. La gloire sans argent leur semble une vaine et ridicule fumée ; il n'appartient qu'aux Bretons, nation que dominent des instincts opiniâtres et passionnés, de se battre pour une idée; les Normands n'ont jamais tiré l'épée que pour un intérêt matériel.

A son retour de la Terre-Sainte , où l'avait conduit une idée pieuse et chevaleresque, le brave Robert de Normandie trouva son trône occupé par Henry, son frère cadet. Il en appela au peuple ; le peuple fit la sourde oreille, trouvant juste et bon qu'un aventurier, capable de préférer la gloire aux biens positifs, payât d'une double couronne et même de sa liberté, une infraction aussi criante aux lois du bon sens.

Un roi dans l'indigence , dit Euripide {les Phéniciennes), n'est plus rien. L'opulence est ce qu'il y a de plus révéré parmi les hommes ; — de Grec à Normand, il n'y a que la main.

Les Normands ont l'esprit, non pas délicat, mais rusé, ils calculent plus qu'ils ne raisonnent; leur

langage y ordinairement négatif, ne s'élève jamais quoiqu'il s'enfle quelquefois jusqu'à la bouffissure (1); c'est un peuple avisé, et pour qui l'escarcelle est l'homme ; à la fois brutal et matois , bénin et retors ; sans art, mais plein à^ artifice. Or, de même que art est (ainsi que je l'ai déjà dit) un moyen pour faire valoir le vrai, Tartifice en est un pour faire valoir le faux. (Madame de Staal'.)

Au reste, il est bon, il est indispensable même qu'un grand nombre d'hommes soient voués par leur instinct au culte de la richesse, pour le seul amour de la richesse , et abstraction faite des plaisirs de toute nature dont elle est ou peut être la source; c'est par ces hommes insensibles à tout autre bonheur qu'à celui d'être riche, que se refont les fortunes, sans qui la science et l'art, sans qui la poésie, ces muses dédaigneuses des occupations mécaniques et des labeurs manuels, languiraient, tristes et découragées, faute de loisirs physiques.

Les législateurs des États de l'Ouest, en Amérique, en proscrivant la domesticité et en condam-

(1) Malherbe, Brébeuf, Corneille même, mêlent souvent T emphase à la subtilité.

nant, par cette mesure, leurs concitoyens aux travaux ignobles et futiles qui sont, en Europe, le naturel partage des gens de petit entendement, ont donné une preuve plus irrécusable de leur inaptitude pour les beaux-arts et les hautes sciences, que celles qu'ont jamais fournies les barbares et les iconoclastes.

L'aspect de la main artistico-élémentaire respire l'égoïsme et l'avidité; large, courte, se fermant mieux qu'elle ne s'ouvre, elle semble n'avoir été formée que pour saisir et retenir, — c'est probablement d'elle que nous vient cet axiome édifiant : Ce qui est bon à prendre est bon à garder. — Inhabile aux métiers qui relèvent des sciences , elle excelle dans le négoce, elle n'est pas industrieuse^ elle est industrielle.

La Normandie, toute couverte de manufactures, n'a inventé ni même perfectionné aucune machine. Il ne sort de ses fabriques (la draperie à part) que de vulgaires produits; en agriculture, elle n'est pas intellectuellement à la hauteur de la fertilité de son sol.

C*6st en Normandie, dans le vert et narquois

pays des pommes , le fruit de perdition, que se recrutent les robins de la pire espèce, les avoués madrés, les avocats de haute gueule aboyant à tout pour un écu.

L'éducation, qui améliore les Normands, race née après tout pour les plaisirs et les transactions de la société (une sorte de fourberie raisonnée, calme, sage, entrant pour beaucoup dans ces choses),

corrompt au contraire les Bretons : où le caractère breton est irréprochable, c'est dans les campagnes ; où le caractère normand se montre à son avantage, c'est dans les villes.

Des Yvetaux, Chauliea, Segrais, madame de La Fayette, Saint-Evremond, Fontenelle, Hamilton, Casimir Delavigue sont, à mon avis, les écrivains normands qui résument le mieux les qualités aimables de leur nation.

De même que les Normands, les Juifs se distinguent par une grande aptitude commerciale. Ces hommes que, depuis tant de siècles, séparent des autres hommes et leur culte pour la lettre, culte encorp moins fécond que celui de la forme, et leur haine pour le sang étranger, se plaisent et fleu-

rissent surtout aux lieux où Tignorance, Tesclavage et le fanatisme concourent à dégrader les masses. Ils sont sans importance partout où avec la liberté régnent le bon ordre et les bonnes mœurs. Quand l'Europe était barbare, ils étaient ce qu'ils sont aujourd'hui, à présent qu'elle est civilisée, ils sont encore ce qu'ils étaient autrefois ; — tant est pétrifiant le culte de la lettre. — Ils n'existent plus comme peuple^ mais ils n'ont rien perdu de leur nationalité : juifs partout, ils ne sont citoyens nulle part. Les plus grandes calamités, quand elles ne les touchent pas, ne sont à leurs yeux qu'un spectacle; et, comme ils ne tiennent ni au sol, ni aux mœurs, ni aux intérêts poUtiques, mais seulement à leur intérêt particulier, ils fuient devant l'orage, reparaissant avec le vainqueur, et procédant froidement à l'agrandissement de leur fortune au milieu des cadavres et des ruines.

Ceux que la Pologne nourrit forment à peu près les deux tiers de la population des villes. Ils portent en été une soutane étroite d'une étoffe rase et luisante ; en hiver, un bonnet de velours assez semblable à un épais turban, et une robe fourrée que

serre autour d'eux une ceinture de laine rouge, qui leur tient lieu de poche, composent tout leur habillement. Ils laissent croître et flotter leur barbe et leurs cheveux; ils ont le nez aquilin, le visage ovale, le teint pâle ; leurs yeux sont noirs, longs, pleins d'éclat et respirent la cupidité. Us sont insinuants et polis. Très-«maigres , pour la plupart, on les prendrait, aux angles des boutiques où ils se tiennent ordinairement immobiles et debout, pour de noirs cyprès ou des poiriers taillés en quenouille. Ils jettent autour d'eux ja ne sais quel reflet de Gapharnatlm et de Jéricho, qui rappelle l'impression produite par les estampes des vieilles bibles. Us ne s'adonnent à aucun exercice corporel, à aucun art d'agrément, et font du trafic leur seule occupation. Mentir pour acquérir à bon marché, mentir pour revendre cher : leur vie infâme s'écoule entre ces deux mensongea. Eux aussi exercent avec prédilection les métiers de courtier, de fripier, d'entremetteur, d'agioteur, de brocanteur, de cabaretier, de banquier, de tavernier, en un mot, les professions où la ruse de l'esprit passe avant les données de la science, la connaissance approfondie

des arts et Tadresse de la main. — Ils spéculent ouvertement sur la luxure et l'ivrognerie, mais on leur doit cette justice, qu'ils ne perdent ritm de leur gravité, ni sous le thyrse, ni sous le caducée.

Leur main est la même que celle des Normands, avec une paume moins forte toutefois, et des phalanges quasi carrées.

La Bretagne possède un grand nombre à^individus de haute intelligence, qui, dans le champ-clos des intérêts matériels, seraient facilement vaincus par un enfant juif ou normand. Humbles et résignés, ils ne demandent qu'à être préservés des affaires et des chiffres. Ils ne mesurent point le bonheur à l'ampleur de la sacoche, ils n'adorent point Dieu sous la forme d'un écu, ils n'ont jamais entendu tinter dans leurs rêves le grelot magique du mulet de la gabelle. Errer dans la bruyère fleurie, rêver dans les hautes herbes, suivre Dieu dans les bois et sur les pas du soleil, s'enivrer de la poésie des vieux livres et des vieilles légendes, porter avec amour le joug de la foi, préférer au luxe et au bienêtre, non pas l'argent, comme les Normands, qui ne sont tempérants que par avarice, mais la méditation

et le repos ; c'est dans ces voies bÉnies qu'effleure le pied blanc de la muse, que parfume l'encens des roses mystiques, qu'illumine l'auréole de l'Ange Gardien, que leur cœur cherche et trouve le bonheur.

Mains psychico-élémeotaires.

Mais c'est peut-êti'e ici le cas de faire observer que si les Bretons ont été longtemps trop dédaignés, la réaction produite en leur faveur par l'éclatante apparition de quelques génies d'élite nés parmi eux, a porté de nos jours beaucoup d'écrivains à les louer outre mesure. Sans doute ils sont francs, courageux, capables d'un dévouement désintéressé, maisThommesocia/, chez eux, est trop au-dessous de l'homme instinctif. Quand toute la France progresse dans les lumières et le bien-être, le sorcier, le hobereau, le prêtre demeurent les objets de leur fétichisme tenace : ils ne savent rien prévoir en dehors de la routine, tien apprécier en dehors de la coutume. Vous les verrez dans leurs villages immondes, traîner d'un air à la fois indolent et farouche, d'informes houppelandes découpées dans I;i dépouille des boucs et des génisses. Certes la Francs

marcherait à la queue des nations, si, séduite par les partisans exclusifs de la nature quelle qu'elle soit, elle les plaçait à sa tête, au lieu de les traîner à sa remorque.

Les Vendéens sont des gens d'un sens droit, mais court; plutôt opiniâtres que fanatiques, ils sont simples sans être naïfs; ils n'ont ni dans le cœur la poésie qu'ont les Bretons, ni dans l'esprit l'imagination qu'ont les Normands. Leur costume n'offre non plus ni la singularité frappante, ni l'élégance quasi orientale qu'on remarque dans quelques-uns de ces deux peuples; — plus robustes qu'agiles, sans être paresseux ils sont lents. —Leur humeur est fière, irritable, morose ; peu sensuels, et bornés dans leurs désirs, plutôt faute d'imagination que de tempérament, ils manifestent pour leur pays un amour que dans leur cœur aucun autre amour n'égale.

Il sort de la Vendée des officiers estimables, des comptables honnêtes, des rats de cave incorruptibles, mais point d'hommes, marquants. Semblables à ces vins dont la saveur n'est appréciable que sur le sol où ils ont été recueillis, l'expatriation les

prive de tonte leur vertu. Ils comptent pour heaucoup comme peuple, ils comptent pour peu comme individus. La nature a semé de quelques fleurs l'ignoriincR des Bretons, la leur est aride comme un champ de sable. Ils chérissent l'empire de la coutume et ne sont remarquables que par le caractère. Où ils se montrent dans toute leur originalité, c'est dans le bocage, terre mystérieuse toute brodée de feuilles de chênes comme l'habit de guerre d'un maréchal de France, et où coulent des fontaines qui ont reçu des Druides, leurs vénérables parrains, le don, non encore contesté, des guérisons miraculeuses. Tant de haies vives d'où s'élèvent de grands arbres, tant de cerisiers, de poiriers, de pommiers bordent les chemina et se pressent autour des habitations, qu'on ne saurait s'aventurer sans guide dans ce pays. A peu près inaccessible à l'artillerie et même à la cavalerie, la guerre n'y peut être faite que par l'infanterie. Cest une arène propre au développement de l'esprit de ruse et d'embuscade, (|iTi appartient an soldat et à la prouesse personnelle pins qu'au général et aux combinaisons de la haute stratégie. Le paysan y vit au large, circonspect et

silencieux dans ces retraites où tout fait silence, l'air, reau,'jusques au détail, et où, sans le marteau du maréchal, on n'entendrait dans les villages que le chant des oiseaux.

Mains élémentaires à phalanges carrées.

L'hospitalité vendéenne, beaucoup trop vantée, est commandée par l'usage. En Normandie, la pratique de cette vertu est facultative. Chez les Vendéens, elle honore la nation ; chez les Normands, elle honore l'individu Ici, gaie comme le plaisir, là, grave comme le devoir.

D'où vient que l'Univers a constamment-les yeux tournés vers l'antique monde grec ? C'est que les peuples dont il fut formé n'eurent pas seulement de grands instincts et de grandes vertus, mais eurent encore la suprême intelligence de ces instincts et de ces vertus. Les Vendéens et les Bretons ont aussi de grandes vertus, mais les conserveraient-ils s'ils en avaient l'intelligence? Notre espèce, cependant, ne peut nous tenir compte que des vertus qui ont / ^'

leur garantie dans le seul attribut qui nous place au-dessus des autres espèces : l'intelligence. Les somnambules marchent d'im pas d'autant plus fe^me

LA science: de u main

sur le faite des toits et le bord des précipices, que leur sommeil est plus profond; mais qui songe à les louer de cette habileté qu'ils ne se comiaisseut pas? De même ne devons-nous que peu d'estime aux vertus des peuples plongés dans une évidente somnolence intellectnelle.

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