‹ La science de la main: ou, Art de reconnaître les tendances de l'intelligence d'après les formesChapitre 16 sur 17 · DES FEMMES · texte numérisé non relu

DES FEMMES

Les entraînements de chaque type, parmi les femmes, sont les mêmes que parmi les hommes; seulement, ceux qui sont propres aux types en spatule et carré sont beaucoup moins impérieux et intenses chez elles, attendu la mollesse de leurs fibres, que chez nous.

Sur cent femmes, en France, j'estime que quarante appartiennent au type conique, trente au type carré, et trente au type en spatule. — Ces deux der-

niera types, dont la branche gourmande est ïespril, pèsent sur le premier dont la branche gourmande est l'imagination.

L'homme crée, la femme développe;

A nous leprineipe, à elles la forme;

Nous faisons les lois, elles font les mœurs.

f L'homme est plus vrai que la femme, disait Saipt-Martin (l'illi) rainé), mais elle est meilleure que lui. L'homme est Vesprit de la femme, la femme est Vâme de l'homme. »

Pour compenser la faiblesse de la femme, dit la Genèse interprétée par Fabre d'Cftivet, Dieu la revêtit d'une de ses enveloppes : la beauté I et elle devint alora la faculté volitive de l'homme.

Donc, nous valons par la cervelle, et elles par le cœur. Nous sommes plus sensuels, elles sont plus sensibles. Leurs sentiments les trompent moins que nos raisonnements. Nous avons la réflexion, et nous savons ce qui s'apprend, elles ont l'intuition et elles savent ce qui se devine.

L'Europe, où elles sont libres et qu'elles remplissfjui de rayons et de mouvement, leur doit ces trois lielles choses ; les bonnes mœurs, la liberté, l'opu-

lence ; — tandis que FAsie, où elles sont esclaves, croupit dans Tinertie et se dissout dans la misère, le despotisme et Tamour infâme.

La lumière, la vérité et la liberté sont une seule et même chose.

Peu de femmes ont les doigts noueux, peu de femmes aussi sont douées de Tesprit de combinaison. En fait de travaux intellectuels, elle choisissent généraleoient ceux qui demandent plus de tact que de science, plus de vivacité de conception que de force, plus d'imagination que de jugement. Il en serait autrement si elles avaient les doigts noueux, mais alors elles seraient moins impressionnables, moins livrées aux inspirations de la fantaisie, et de même que les qualités enivrantes du vin sont neutralisées parTeau, les leurs le seraient par la raison.

Il convient, faisant abstraction de la forme de la phalange extérieure, de ranger les femmes sous deux bannières principales. — Qu'elles aillent sous Tune, les femmes à grand pouce^ et que les femmes à petit pouce aillent sous l'autre. Les premières, plus intelligentes que sensibles, relèvent de l'histoire; les dernières, plus sensibles qu'intelligentes, relè-

vent du roman. — Pour faire marcher de front le plaisir et la considération, parlez-moi d'une femme à grand pouce! L'amour, sous sa tutelle éclairée, atteint son but sans scandale. Sa passion, qu'elle dépasse toujours de toute sa tête, a plus de racine dans ses sens que dans son cœur. Laissez-la faire et fiez-vous à son adresse; en temps convenable elle viendra en aide à votre timidité , non qu'elle sympathise beaucoup à vos tourments, mais dans l'intéi-ét de ses plaisirs. D'ailleurs là sécurité et toutes les grâces de l'esprit ajouteront aux délices de sa possession.

Elles ne sont pas douées d'une sagacité si haute, les femmes à petit pouce. Aimer, c'est là toute leur science, mais tel est le charme attaché à cette faculté puissante, qu'il n'est point de séduction qui l'égale.

Les soins de la maternité étant extrêmement difficiles et compliqués, leur pratique exige un instinct plus intelligent que celui que représentent les mains élémentaires. — Ces mains sont donc fort rart's parmi les femmes. Aussi le beau sexe exercet-il un empire quasi absolu (car il n'est point de

type qui ne prévale moralement sur celui-là) dans les populations où les paumes élémentaires sont en majorité parmi les hommes, comme en Basse-Bretagne et en Vendée, par exemple.

Les paysans de ces contrées épousent volontiers et assez communément des femmes plus âgées qu'eux. La même pesanteur d'esprit, qui les rend insensibles aux charmes de la jeunesse et de la beauté, les livre sans défense à l'intelligence supérieure de la femme parvenue à la maturité.

Les Grecs des temps héroïques n'étaient pas plus raffinés.

Hélène frisait la quarantaine quand, de retour en

Argolide, et fuyant devant Oreste qui la voulait immoler, elle allait au hasard^ portant çà et là ses pas brillants de la splendeur de sa chaussure dorée. (EuRipmE.),

Il fallait qu'elle parût belle encore pour qu'on s'occupât ainsi de sa chaussure.

Aux îles Carolines et Mariannes, la puissance politique, appuyée sur la puissance morale, appartint, jusques à la conquête de ces archipels par les Espagnols, aux femmes, lesquelles, contrairement aux

hommes, qui ont les mains démesurément grandes,

les ont fort petites. {Voytige de J. Arago.)

Ni'^es pour la danse, l'amour et les fêtes, les Otaïtiennes ont la main petite et conique, mais ronde, charime et épaisse.

Au Tliibet, contrée pauvre et chaste parce qu'elle est froide el stérile, une loi, conçue dans un but de continence, oblige les femmes à ne se montrer en public que le visage barbouillé de noir.

Ajoutée à la polyandrie et à l'institution sur une immense échelle du Lamaïsme, qui prescrit le célibat, cette loi, contre laquelle les femmes ellesmêmes n'ont point protesté parce qu'elle résulte de l'esprit dérivant du tempéi;anient national, complète une législation destinée à prévenir les maux qu'amènerait, dans un pays sans ressources, une trop grande population.

La femme Thibétaine, quel que soit le nombre de ses maris (il en eet qui- en ont jusqu'à sept), n'est jamais exonérée des travaux particuliers à son sexe.

Choisie par l'ainé de la bande, les autres frères oui Jù l'agréer pour épouse. Elle est réputée belle, fit rcyirdée conmie la parure de la tente et du

chariot, si elle joint à un teint huileux et à une taille forte, un nez largement épaté et de grandes oreilles.

En Finlande, les jeunes fiancés partagent le lit de leurs promises, sans oublier jamais qu'ils ne doivent les considérer comme leurs femmes que lorsque le sacrement les aura unis {Voyage au Spilzberg^par M^^d'AuNET). Tant de chasteté et si peu de pruderie! C*en est assez pour réhabiliter le cercle polaire.

Les Anglaises ont, généralement, la phalange délicatement carrée ; elles se contentent de l'amour tel qu'on le ressent dans le mariage; elles se dévouent jusqu'au tiravail.

L'institution des harems étant immémoriale en Asie, j'en conclus que les femmes de cette contrée ont toujours eu les mains, fines avec de petits pouces. — Elles se dévouent jusqu*à la mort.

Charlotte Corday, Sophie de Gondorcet, Lucile Desmoulins avaient les doigts très-effilés.

Les législateurs indiens ne se sont pas, comme les nôtres, préoccupés uniquement des besoinfrréels de la femme et de ses devoirs, mais encore de ses

caprices et des fantaisies inhérentes à sa nature.

« Brahma, dit Manou, a donné en partage à la femme Tamourde son lit, de son siège, de la parure, la concupiscence, la colère, les mauvais penchants et la perversité.

« Il veut que son nom soit facile à prononcer, doux, clair, agréable, propice, — qu'il se termine par des voyelles longues et ressemble à des paroles de bénédiction.

« Elle sera toujours de bonne humeur ; elle aura la démarche gracieuse du cygne ou du jeune éléphant : elle amaigrira son corps en ne se nourrissant que de fleurs, de racines et de fruits.

« Elle sera vêtue d'une manière brillante, vu que, lorsqu'une jeune femme resplendit par sa parure, sa famille resplendit également, tandis que si elle ne brille pas, sa famille ne jouit d'aucun éclat. »

Mercure, disent les Grecs, triompha sous la forme d'un bouc^ de la vertu de Pénélope. Quelles idées avaient-ils des femmes en général, s'ils parlaient ainsi de la plus chaste d'entre elles I

Les Chinois leur rendent plus de justice, et à leurs

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yeux la mort de la mère, dans une famille, n'est pas regardée comme une moindre perte que celle du père. C'est du moins ce qu'on peut inférer du texte du Chou-King^ qui ne recommande pas avec moins d'instance les veufs que les veuves à la sollicitude des mandarins.

Chez les Aztèques, race homérique, où comme je l'ai déjà dit, il est honorable de vivre de rapines et de pillage, les femmes, pendant l'absence de leurs maris, s'enrôlent et s'égayent sous le drapeau changeant des amours interlopes. On juge de leur mérite par le nombre de leurs amants. Elles sont fortes, petites, actives, peu jolies. Klaproth, à qui nous devons ces renseignements, ne dit rien de leurs mains, mais je les crois en spatule, comme celles des femmes des Cosaques du Don, lesquelles, fermes sur leurs hanches, et portant haut le nez, fendant le bois, battant le blé et anontant à cru, vêtues de phemises suiffées, sur des chevaux à demi sauvages, dégustent virilement le genièvre et le vsâskey. J'ai vu les hommes filer doux, comme on dit, devant elles. LeThermadon, fameux par ses héroïnes, coule non loin de leur pays.

i'"n France, les Tommes spatulées à petitpouce,8e (listingiiciit par un grand fond de franchise affectueuse , par nn besoin impérieux d'action et de mouvement, par l'intelligence de la vie réelle. A elles, dans les hautes classes de la société, la grâce héraldique et fière des Clorinde, des Bradamante, des Patriciennes crénelées portant d'or et de gueules, à elles comme à Diane, comme à la magnanime Hippolyte, les coursiers rapides et les blancs lévriers. — A elles, dans les classes moyennes, ces ménages pleins d'enfants joueurs et remuants, où les mains ne cessent d'agir et les voix de chanter, où l'angora splendide vit en paix avec l'épagneul et la tourterelle privée. — A elles, dans les fermes, l'intérêt passionné pour les chevaux, les blondes génisses et les autres animaux domestiques, pour les transactions foraines et les laborieuses veillées, — A elles, enfin, dans les greniers et les mansardes, les ressources d'une infatigable activité physique, un acquiescement aux coups du sort, et quelquesluis .les goûts des femmes du Don.

Madame Holand avait de belles grandes mains spalulées; — la tète pleine d'idées pratiques, et l'âme

tournée vers Tidéal, elle comprenait la beauté de la passion, tout en lui préférant celle du sacrifice. A la fois stoique et passionnée, positive et enthousiaste, tendre et austère, elle aima trois choses d'un amour immense : la patrie, la liberté, le devoir. Attentive à bien penser, à bien dire, à bien faire, elle se délassait de Tétude des théories mécaniques par la lecture de Plutarque et de Rousseau. — Douée du genre de beauté particulier aux femmes actives, elle joignait une taille élégante et une carnation brillante à une grande richesse de cheveux, de hanches et de seins. Sa bouche, un peu grande, respirait la franchise et la sérénité. Son regard était limpide et franc, son air ouvert, calme et résolu. Née coura geuse et forte, comme la majorité des femmes de son type, elle ne se démentit ni dans la pauvreté, ni dans les grandeurs, ni sur l'échafaud.

L'ordre et l'arrangement, la symétrie, la ponctualité, régnent sans tyrannie dans les demeures que gouvernent ces placides ménagères à phalanges carrées et à petit pouce.

Mais que vois-jel des enfants silencieux et mornes, des servantes tremblantes et ahuries! Qui donc

le3 retieot dans cette contrainte et cet ennui? C'est la voix acariâtre, c'est le regard vigilant du despotisme en jupe, à cheval sur un frès-grand pouce.

Prétendez- vous au cœur d'une belle jeune femme à phalanges cara-es? Parez-vous de bons sens et de solidité, rejetez les airs avantageux et ne confondez pas la singularilé avec la distinction. Songez quelle a moins d'imagination que d'esprit, et qut son esprit est plus juste qu'original. Au nombre de ses axiomes sont ceux-ci : Le silence est une force, le mystère est une parure. N'oubliez pas qu'elle a nécessairement l'instinct social très-développé, et quelle joint au respect pour le convenu, l'amour de liullaence et de la domination. — Esprit aussi éloigné de la rareté que de la vulgarité.

Le type carré, chez nous, est parfaitement résumé à l'endroit des femmes par la prude, l'habile, l'ambitieuse, la spirituelle madame de Maiatenon. — A part Clémentine, toutes les héroïnes de Richardson, iiéatures plus intelligentes que sensibles, et qui, ripinme notre Sévigné, ont le cœur plus spirituel i|iie tendre, appartiennent à ce type.

Les institutions religieuses gouvernées par des

règles sciemment étroites, et où rien n'est laissé au libre arbitre, recrutent presque tous leurs adeptes parmi les phalanges carrées.

Ces petites mains molles, souples^ sans chair presque, mais roses, néanmoins, et avec des nœuds : elles aiment les mots brillants et qui, comme Téclair, jettent une lumière vive et soudaine ; elles vivent par l'esprit. L'amour dont elles portent les chaînes est né dans un boudoir; il a inventé Te madrigal, le couplet galant et ne se manifeste guère qu'avec un œil de poudre et des manchettes.

Écoutez! j'entends la voix du poète mondain dont elles aiment les accents :

Viens, tendre amour, descends des ciciix.

Jette des fleurs, sèche nos lannes.

Et dans ce vin délicieux Trempe la pointe de tes annes.

Avant les édlts de nos rois, .

Étudions l'esprit des dames.

Le sage se passe de lois Et ne se passe point de femmes.

Gomme un sylphe emporte l'odeur Des lieux embaumés qu'il traverse.

Le bon vin semble encor meilleur Quand une belle nous le verse.

Amïa! il foui Jusqu'à demain Chanicr les grâces libertines, Donner des lousngcs au vin Et das balseis A noa voisines.

Avec les femmee à la paume forte, aux doigts coniques, au petit pouce, teiguez votre langage de couleurs ardentes, excusez, justifiez, célébrez les tendres faiblesses. Elles aiment ce qui brille, et la rbétoriquc a plus d'empire sur leur esprit que la logique. Trois choses les gouvernent : la paresse, la fantaisie, la sensualité. Les passereaux d'Ëros nichent i dans leur sourire, et elles ont dans le cœur la prière ] que les Corinthiennes adressaient tous les matins à Vénus : ! déesse, agréez qu'aujourd'hui je ne fasse rien qui ne plaise, et que je ue dise rien qui ne soit agréable ; car plaire est leui- premier besoin, et elles aiment autant êtres aimées et admirées qu'estimées.

Telles étaient sans doute les mains des belles et triomphantes amazones dont était composé Ve.icadron volant de Catherine de Médicis

Les doigts délicats, lisses et pointus, dans les femmes à petit pouce, quand une paume étroite et élastique sans mollesse leur sert de tige, signalent le goilt dos piaistrs où le cœur et l'âme ont plus de part qug '

les sens et l'esprit, un mélange charmant d'exaltation et d'indolence, un secret éloignement pour les réalités de la vie, pour les devoirs convenus ; plus de piété que de dévotion.

Ces caractères, parure et délices du monde, tout à la fois calmes et radieux, puisent leur souveraine influence dans l'inspiration et la grâce. Le bon sens qui, de tous les genres d'esprit, est le plus fécond, mais non le plus relevé , leur plait moins que le génie. — C'est pour s'épanouir aux célestes rayons de l'amour pur, qu'elles ont été semées, semblables à des lys sans tache, sur les plages resplendissantes du jour.

Il est xm écrivain dont le cœur porte l'esprit et dont

les idées se confondent avec les sentiments. Il a le lyrisme et l'observation, la mesure et la spontanéité. Expansif et passionné, il a su intéresser tous les cœurs aux battements du sien. Il s'est montré sur les hautes cimes, et la terre a rayonné, et vers lui sont montées les âmes altérées d'amour et d'idéal. L'ivresse des cœurs éperdus, le calme des cœurs apaisés, on les respire eu le lisant et on se gent meilleur après l'avoir lu. Au-dessus de toutes

3ii LA SCIENCE DE U MAIN

les religions, par une idée de Dieu supérieure à celles qu'elles comportent, il a pour culte ta beauté, et pour morale la liberté. Simple dans sa vie, d'ailleurs, et ne se plaisant que parmi les simples.

Qui regardera-t-on comme heureux, si ce n'est ce maître, au Iront rayonnant et aux belles formes, si cher aux siens, si cher à tous; que la sybille a doué du rameau d'or, et la fée de l'anneau magique par qui l'on sait tout, et à qui sont si faciles ces deux sources de nos meilleures joies : le travail et l'admirationl mais il n'est point de bonheur pour les âmes en qui débordent la sympathie et la commisération, qui vivent moins en elles que dans les autres, et qu'aucune félicité personnelle ne peut consoler des souffrances d'autrui.

La main de madame Sand (c'est d'elle, ai-je besoin de le dire, qu'il s'agit ici), réalise celle que je viens de décrire, avec des nœuds pourtant, ce qui la modihe assez sensiblement.

Les sentiments déUcats que l'éducation seule doiiue à la plupart d'entre nous, les femmes les possridcnt naturellement. Ils germent dans leurs âmes toudres comme les gazons fins sur les terres légères.

Elles ont la science innée des choses du cœur, mais la parfaite intelligence du monde réel et positif leur manque. Aussi, est-ce moins à leur faiblesse physique, qu'à Ja nature des idées attachées à leur organisationj) qu'elles doivent de nous voir régner sur elles en maîtres. En vain avons-nous la force de dompter les chevaux, d'exercer les gros métiers, de labourer, d'extraire les métaux, de braver les tempêtes de la mer et du ciel, si nos âmes, comme les leurs, avides d'émotions et toujours prêtes à s'envoler, vacillaient au moindre vent comme la chevelure des trembles, l'empire ne tarderait pas à nous échapper.

Que si ces renseignements, tout incomplets qu'ils sont, vous aident, ô lecteur ! à éviter les écueils cachés sous les ondes trompeuses des fleuves de Tervdre^ vous glorifierez le professeur!

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