‹ La science de la main, ou L'art de reconnaitre les tendances de l'intelligence d'apres les formes de la main par le capitaine S. D'ArpentignyChapitre 6 sur 6 · IA SC! K" CK DE LA MAIN · texte numérisé non relu

IA SC! K" CK DE LA MAIN

instruction et notre plaisir , ont usé les grands écrivains de toutes les époques.

Vous ne goûterez vivement ni les idées ni le langage des écrivains psychologiques, ô vous qui avez les mains en spatule ou carrées. Vous ne leur trou- , verez ni la précision ni la méthode qui vous sont chères. Leurs perpétuels élans vers les glorieux esprits, splendides rivaux des étoiles, vous importuneront. Vous tenez à la terre et à ses intérêts, ils mettent, eux, leur bonheur daus les rêves intérieurs de leur esprit, dans la contemplation des vérités non tangibles; votre muse, éprise du monde réel, chante les jardins, le choc meurtrier des escadrons, le voile ondoyant des blondes infantes, les flottes pavoiséos, etc., etc.; elle dit les ruses des jeunes pupilles et la colère des vieux tuteurs, les grâces de Lisette, les vulgaires tribulations d’un dîner ridicule; elle sourit à Beaumarchais le mécanicien, le duelliste , le pamphlétaire, l’homme d’esprit, de verve, d’affaires, de mouvement et de cceur — la leur ne cueille de fleurs que pour en joncher les saints parvis, la leur n’enlace de femmes que pour

les jeter, ravies et palpitantes, aux pieds de Dieu. Le lyrisme lui est aussi naturel que le chant à l’oiseau, que le parfum et l’attraction à l’ambre ; à elle la harpe de David et les saints ravissements qui emportent notre âme sur les ailes de l'aurore , la voix des mers, celle des torrents, celle des forêts, celle des montagnes, ne sont que les échos de sa voix sublime; éprise de l’idéal et de l’infini, elle plane avec les anges, elle suit dans leur course échevelée les impétueuses comètes, et, de tous les bruits de la terre, n’écoute que les soupirs du cœur simple et aimant qui s’élève vers Dieu. Vous vivez surtout par les sens, par la tête, ils vivent surtout par l’ârae, par le cœur; vous pensez, ils sentent; vous parlez, ils chantent; vous êtes de chair et de sang, ils sont de flamme et de lumière. Un intervalle immense vous sépare, et ce n’est pas trop de deux langues pour deux natures si opposées.

Tel est le génie attaché aux mains psychiques. Par Millon, Klopstock, Schiller, Goethe, Swédenborg , Chateaubriand, Lamartine , Victor Hugo , G, Sand, C. Didier, Devigny, etc., etc., elles rè-

gnent en souveraines sinon sur les plus grands esprits, du moins sur les plus nobles cœurs; elles nous ont donné la haute épopée, le roman psychologique, la poésie intime, l’ode à la voix inspirée, au vol ardent, aux ailes colorées. Leur influence sur les masses a été immense : elles leur ont rendu l’enthousiasme que le philosophisme analytique avait tué ; à leurs yeux, prévenus par les turpitudes du sanctuaire, elles ont réhabilité Dieu, On leur avait parlé de la nécessité de l’abnégation, elles leur en ont dit les charmes; pour les attirer dans leurs voies, elles les ont ornées des fleurs d’une poésie quasi-divine; comme les pins sonores des cimes alpestres, elles ont versé à flots l’ombre bienfaisante et l’harmonie. Pour être goûtées par les intelligents, elles ont prisla lyre : pour être comprises par les simples, elles ont plié le jet abondant de leur parole aux formes les plus naïves.

La civilisation, en Espagne et en Italie, est née delà poésie et de la liberté, c’est-à-dire des mains artistiques et psychiques, lesquelles se proposent le grand, le beau, le sublime; elle est née, en

France, des sciences et de l’autorité, c’est-à-dire des mains utiles et des mains philosophiques, lesquelles se proposent l’utile et le vrai . Notre histoire est plus instructive qu’intéressante ; celle des Espagnols est plus intéressante qu’instructive.

Comme les Grecs, qui ont relégué le travail manuel au rang des divinités infernales, les Espagnols pensent qu’il dégrade les peuples et les individus en raison directe de l’amour qu’ils lui portent.

Les Italiens ont mis le repos physique sous la sauve-garde d’un tiers des saints du calendrier, non pour le rendre plus respectable au peuple, mais pour le garantir du génie avare et traeassier des lois politiques et fiscales.

Ainsi ne sauraient penser ni les Anglais ni les Américains qui, sous leur soleil sans splendeur, n’échappent au spleen que par le travail.

Aujourd’hui, les Espagnols ne possèdent à aucun degré l'expression artistique, la forme littéraire de la poésie qui est en eux; c’est ce qui les fait paraître si petits, mais ils sont plus grands qu’ils ne semblent.

Dans le sud, où le climat nourrit, où l’on vit de peu, et où l’on peut vivre quaraute-cinq jours sans manger (Lettres édifiantes, missions de France), l’homme n’est pas assez indispensable à l’homme, pour que la société n’y soit pas faible — mais dans le nord où le climat affame, l’homme aux prises avec une nature hostile (surtout depuis que la civilisation y a amolli les corps), sent trop le besoin d’aide et d’appui, pour que la société n’y soit pas forte.

Dans les villes de la Norvège, toutes les maisons communiquent entre elles par des portes intérieures ou des galeries souterraines. Aux Indes orientales, au contraire, les familles s’isolent le plus qu’il leur est possible les unes des autres.

Quoique mal doué pour la guerre, la chasse, la navigation, la locomotion, les soins delà vie réelle, comme nous l’entendons, le type psychique n’en a pas moins régné en maître aux Indes orientales jusques au treiziéme siècle, époque où il fut dépossédé du pouvoir temporel par les Tartares mabométans qui le reléguèrent dans les temples. Jusque-là, on n’arrivait, dans ce pays, à la puis-

sancc et à la considération que par. la piété, la contemplation et la sainteté, qualités et vertus qui, dans nos climats, nous ouvrent bien les portes du Ciel, mais ne nous ouvrent que celles-là. Aussi, chez nous, sont-ce les mains en spatule et utiles dures, qui sont en majorité, tandis (pi 'aux Indes, ce sont les mains pointues et molles.

Et il eu est probablement de même au sein des vieilles tribus des Arabes Bédouins de la mer Rouge, peuples qui, occupant un pays presque entièrement stérile, et où, pour cette raison , les grandes agglomérations d'hommes sont impossibles, ne peuvent pas n’ètrc point naturellement inaptes aux arts, aux métiers, aux sciences que la vie des villes, seule, comporte. A quoi leur serviraient des instruments de culture rurale et d’industrie mécanique, dans un pays où la culture rurale est impraticable, où une tente, une chamelle, un coursier suffisent aux besoins physiques de l’homme, besoins que la nature a maternellement proportionnés aux ressources du sol. Mais la fécondité qu’elle a refusé à leur terre, et, jusqu’à un certain point à leur jugement, elle l’a prodiguée, comme pour les garantir des

ennuis attachés à une vie inoccupée, à leur imagination; c’est un peuple poète, conteur, religieux, chevaleresque, hospitalier, contemplatif, de mœurs sobres et dignes. — Leur pays, qui est celui des mirages physiques, est aussi celui des mirages moraux.

J’en conclus qu’ils ont la main psychique, mais très- dure.

« Comme les Arabes en général, dit le duc de Ra~ guse, dans son excellent voyage eu Egypte, les Bédouins de la mer Rouge ont une haute idée de la noblesse de leur sang ; ils ne se marient qu’entre eux, et ils croiraient déroger, s’ils s’alliaient à une étrangère. Ils achètent quelquefois les esclaves, mais ils n’en ont jamais d’enfants. »

Ainsi, leur instinct leur indique qu’un pays que l’intelligence humaine ne saurait ni améliorer ni modifier, ne peut être habité avec quelque chance de bonheur que par une race spéciale; et que toute antre race, si peu différente qu’elle fût de la leur, y péricliterait, faute d’une organisatiôn en rapport parfait avec le climat et le sol. J'ai blâmé ailleurs cet éloignement pour le sang étranger, mais il est

évident que les Bédouins du désert, si ce qu’on nous a dit de leur pays est exact, sont tout à fait en dehors des motifs qui ont suggéré ce blâme.

Mahomet, au dire des historiens arabes, avait aussi les mains fort dures. Son livre respire l’action : il a la grandeur ardente, monotone, stérile du désert. Vide d’idées, prodigue de redites, l’ignorance outrecuidante et une sorte de poésie solennelle et morne y coulent à pleins bords. La liqueur que contient cette coupe fatale n’est point une liqueur de vie, élaborée chez un peuple nécessairement immobile, elle a frappé d’immobilité toutes les nations chez qui le fanatisme cl la guerre l’ont introduite. Seulement, si l’immobilité est salutaire et logique au désert, ailleurs elle n’engendre que la corruption et la mort.

Mahomet se complût toute sa vie dans la guerre, l’amour et le mouvement — son paradis, plein de femmes, s’étend à Yombre des glaives — il se délassait de scs travaux intellectuels en balayant sa tente, en raccommodant ses souliers, en soignant ses coursiers et ses troupeaux.

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Il n’est point de ville musulmane, dit le judicieux et intrépide Badia-y-Léblic (surnommé Ali— Bey), où les arts mécaniques soientaussi inconnus qu’à la Mecque. Il ne s’y trouve pas un ouvrier capable de forger une serrure ou une clef. Toutes les portes sont fermées avec des chevilles de bois; les malles, les caisses avec des cadenas apportés d’Europe. Les armuriers n’y savent fabriquer que de mauvais fusils à mèche, des couteaux recourbés et les lances en usage dans le pays.Quant aux sciences exactes (ajoute le voyageur), elles sont dans le même état que les arts mécaniques.

Palmire a été bâtie par des européens, et si ses ruines, de même que celles de Bal-Beck sont encore debout, c’est que les Bédouins qui ne peuvent rien édifier de solide, ne peuvent non plus rien détruire de ce qui a été solidement édifié.

La main psychique de race, si libéralement dotée qu’elle soit, n’a pourtant qu’une entente médiocre des choses du monde extérieur et de la vie réelle; elle les regarde de trop haut pour les bien voir. Les spiritualistes ont le lyrisme, le mysti-

cisme, les ravissements prophétiques, les lumineuses synthèses de toutes les connaissances humaines ; mais le génie des sciences applicables, y compris celle du gouvernement des hommes réunis en société, leur manque, à moins que, comme aux Indes, ils n’aient affaire qu’à des peuples appartenant à leur type. Ensuite, on se tromperait étrangement si l’on croyait le type psychique plus à l’abri que les autres des égarements attachés à l'imperfection de notre nature. Le monde des idées n’est ni moins périlleux ni moins décevant que celui des choses. Aux Indes, aveuglés par le fanatisme religieux, des adorateurs de Siva se couronnent de fleurs, se parent d’habits éclatants et se jettent aux requins sacrés de l’ile de Sangor; des mères, plus exaltées encore, jettent leurs enfants à ces mêmes requins. Mais si, dans leur enthousiasme, les spiritualistes sont toujours prêts à se dévouer, ils exigent aussi, pour le triomphe de leurs idées, des dévouements sans borne. Dans leur manière synthétique de penser, aucun sentiment isolé, aucune idée de détail ne sauraient ni toucher leur cœur, ni ébranler leur conviction, ni

les détourner de leur but ; c’est surtout à leurs yeux que la fin justifie les moyens; à l’occasion, ils verseront leur sang ou celui d’autrui, le leur sans regret, celui d’autrui sans remords.

Le cheval étant de tous les animaux domestiques (ceci soit dit à propos des Arabes) celui qui nous pénètre le plus de son animalité, il convient de se défier de l’entendement des peuples et des individus qui l’aiment exclusivement.

Les peuples cavaliers ne se sont jamais affranchis des rudes et fastueuses entraves d’une barbarie relative. Aptes aux invasions plus qu’aux conquêtes, et convaincus que la culture de l’esprit nuit à l’énergie du cœur, ils ont détruit plus d’empires qu’ils n’en ont fondé : ainsi des Parthes, les Tartares, les Arabes, etc.

Le cheval fut l’àme de la féodalité, régime de violence et d’ostentation, qui donnait aux qualités de la force physique et aux suggestions de l’orgueil, la préférence que les peuples fantassins ont toujours accordée à la solidité du jugement et aux lumières de l’esprit.

LA SCIENCE DE LA SIAlN.

Dans le monde antique, la vie des Centaures s’écoule dans l’intempérance, au milieu des querelles, aux cri» des femmes outragées. Les Lapithes, moins robustes, mais plus intelligents, les surpassent en modération.

De même, de nos jours, les gens de piaffe et de bouteille, de bruit et de voie de fait, sont plus nombreux parmi nos cavaliers que parmi nos fantassins.

Les armes spéciales où le cheval entre comme auxiliaire indispensable, produisent peu de généraux à vues larges; les grands hommes de guerre sont tous sortis de l’infanterie, la reine des batailles,

l'intelligente et redoutable fondatrice des empires et des gloires durables.

A. la longue, le bœuf rend le bouvier lourd et lent comme lui. Le veneur, au contraire, deviont

inquiet, remuant et fureteur comme son chien — l’homme ne se perfectionne que par la fréquentation,. la science et l’amour de l’homme. C’est parce qu’en Grèce, Yantropomorphisme était la base du culte, que ce pays a dépassé si vite et de si loin

l’Égypte, abrutie par l’adoration des animaux.

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Chez nous, uji rosie d’antropomorphisme persiste dans le Dieu fait homme. Ce vestige écarté, et le culte de l’esprit pur substitué à celui du Nazaréen, l’humanité fera un pas. Alors, plus divinement inspirés, nous renoncerons aux droits, aux devoirs, aux vérités de convention, nous n’aurôns plus d’autre mobile que l’amour, d’autre dogme que la science, d’autre culte que l’art, d'autre morale que ta liberté. (Jules Simon.) • • • -

la mata mixte.

Je donne ce nom à la main dont les lignes indécises semblent appartenir à deux types différents.

Ainsi, votre main est mixte, si, étant en spatule, par exemple, la forme en est si peu marquée qu’on puisse s’y méprendre et n ’v voir que des phalanges carrées.

Une main élémentaire conique peut être prise pour une main artistique.

Une main artistique peut être prise pour une main psychique, et réciproquement.

Une main philosophique peut être prise pour une main utile, et réciproquement.

L’intelligence que représente une main mixte, participe de l’intelligence attachée à chacun des deux types que sa forme rappelle.

Sans ces mains, c’est-à-dire sans le génie mixte qui leur est propre, la société, dépouillée de nuances et d'alcalis moraux pour rapprocher les acides et les amalguer en les modifiant, ne procéderait que par luttes et soubresauts.

Si le droit de la guerre fut cruel jusqu’à l’atrocité chez les premiers peuples dont l’histoire fasse mention, c’est qu’alors, chaque nation, issue d’une tribu ou d’une famille pure de tout alliage de sang étranger, différait radicalement de toutes les autres par le tempérament et l’instinct. Eu noyant sa rivale dans le sang, en détruisant ses villes, elle obéissait à la loi des antipathies qui poussent l’une contre l’autre des espèces vouées par leur organisation, à un antagonisme sans fin.

Les Arabes, issus de souches identiques, ou à

peu près, ne sont pas impitoyables dans les guerres qu’ils ont entre eux, mais ils le sont dans celles qu’ils ont avec les Européens.

Il en est de même des Caffres.

« La manière dont ces peuples s’entrebattent,, de tribu à tribu (dit M. Lichtenstein), est empreinte d’une générosité fort différente des usages adoptés chez les autres nations. Lorsque la guerre est ‘déclarée^ ce qui a toujours lieu par un ambassadeur portant une queue de lion ou de panthère, les chefs reçoivent l’ordre de rejoindre le roi avec leurs vassaux; quand, Ensuite, l’armée s’approche du territoire ennemi, un nouvel ambassadeur est envoyé pour en donner avis; et si l’ennemi déclare qu’il n’est pas préparé, ou que ses forces ne sont pas encore assemblées, l’armée attaquante fait halle et attend que l’autre soit prête à combattre. Afin de rendre une embuscade impossible, chose qui serait d’ailleurs regardée comme déshonorante, on choisit pour le champ de bataille un espace découvert, sans buissons ni rochers. Ils se battent alors, avec autant de valeur que d’opiniâtreté.

« Lorsqu’une des deux armées est défaite, la même générosité se fait remarquer encore dans la conduite du vainqueur, qui ne manque pas d’envoyer une partie du butin aux vaincus, attendu, disent ces peuples, qu’on ne doit pas laisser même son ennemi mourir de faim.

« Mais tant de modération (ajoute M. Lichtenstein) n’a pourtant lieu que d’une tribu de Caffres à une autre, car lorsqu’ils sont en guerre avec les Hollandais ou les Hottentots, ils cherchent à leur nuire par tous les moyens en usage parmi les autres nations, sauvages ou civilisées. >

Pour ce qui est de notre Europe, il est évident que les guerres y sont devenues moins cruelles, à mesure que, par les progrès de la navigation et du commerce, les peuples se sont plus mêlés.

Ces idées, déjà légèrement indiquées, voudraient de plus longs développements, mais ce livre, comme on le voit, n’est qu’un essai.

Comme il y a des vérités absolues, des beautés

absolue*, il y en a aussi de relatives. Entre Apollon et Vulcain, entre, les Muses et les Cyclopes ( qu’on me passe ces symboles en faveur de leur clarté), Mercure, le dieu de l’éloquence pratique et des arts industriels, prend son vol et balance son caducée.

Or, c’est aux mains mixtes qu’appartient l’intelligence des œuvres mixtes, des idées intermédiaires, des sciences qui ne sont pas des sciences, comme l 'administration et le commerce, des arts qui ne relèvent pas de la poésie, des beautés, des vérités relatives, de f industrie !

L’industrie élève tout, abaisse tout au niveau de Y usuel. En rendant la vie matérielle plus légère par la multiplication des objets d’utilité; en rendant la culture de l’esprit plus facile par la multiplication des moyens et des instruments d'étude, elle civilise (à la vérité par Y intérêt), mais elle nuit à

l’art et à la science (lesquels civilisent par l’amour) en les matérialisant, en substituant à la création, à l’effort intellectuel , \ imitation par des procédés mécaniques.

On pourrait définir l’industrie : l’art mirifique de tirer de l’argent de tout. -■ L’homme né avec le génie de l’industrie (à quelques exceptions près) ne pratique les arts, les sciences, la parole, la vertu même, que pour les exploiter, que pour en tirer de l’argent ; l’argent est son but, non la gloire, non le progrès, non la perfection. — Chez les Anciens, le dieu de Y industrie était aussi celui des menteurs et des voleurs.

Le meurtre par la charge en douze temps, est une des industries des Suisses.

Le meurtre par la rhétorique et l’arrangement combiné des périodes, fut l’industrie de l’avocatgénéral Marchangv.

Pour quelques hommes, la prêtrise même n’est qu’une industrie.

Dans nos pays d’herbages, des individus passent leur vie à regarder l’herbe pousser ; et à ce labeur, auquel ils ne se livrent pas sans boire, ils donnent gravement le nom d’industrie.

Il y a des professions que ce mot ravale, il y en a d’autres qu’il ennoblit.

Propres à beaucoup de choses, les mains mixtes n’excellent néanmoins dans aucune. Une grande insouciance morale est leur partage. La main de race, au contraire, est, dans chaque type, le vase saint où Dieu a déposé le germe impérissable destiné à renouveler ou à révéler tout art, toute science jusqu’ici ignorés ou depuis longtemps perdus. Ses entraînements, trop impérieux pour n’étre pas obéis, trop significatifs pour être méconnus, lui livrent la claire intelligence d’elle-même, elle sait ce qu’elle veut, et. comme les animaux que guide un instinct infaillible, elle ne veut que ce qu’elle peut.

Pascal, Descartes, Newton, Buffon, etc., qui ont deviné tant de choses, durent avoir des mains de race. De leurs têtes inspirées ont spontanément jailli des sciences toutes faites. Ces grands gommes, uniquement préoccupés de leurs travaux, menèrent

su

tous une vie studieuse et plus ou moins cachée. La solitude, c’est la liberté !

Ainsi l’active Chrysalide,

Fuyant le jour et le plaisir,

Va filer son trésor liquide Dans un mystérieux loisir,

La nymphe s'enferme avec joie Dans ce tombeau d'or et de soie,

Qui la cache aux profanes yeux,

Certaine que ses doctes veilles Enrichiront de leurs merveilles,

, Les rois, les belles et les dieux.

(Le Brdh.)

Los hommes à la main de race ont l’esprit plus fort que varié ; les hommes à la main mixte ont l’esprit plus varié que fort. La conversation des premiers est instructive, celle des autres est amusante. C’est pour ces derniers surtout, qu’une éducation forte et judicieusement adaptée à la faculté la plus saillante de leur génie, est un immense bienfait.

Suite du même sujet.

Les Mains artistieo-élémenlaires, etc., etc., etc.

Mus épaisse et moins souple que la main artistique de race, cette main, dont les lignes disgracieuses indiquent une intelligence tournée vers les choses vulgaires, n’offre pourtant ni l’extrême dureté, ni la rustique ampleur des mains élémentaires; les doigts en sont gros, sans nœuds, ou n’en ayant qu’un, et comme engorgés, le pouce en est grand, elle est conique.

Celte main est assez multipliée en Normandie pour entraîner dans la sphère de son action morale le génie des autres types épars dans cette province.

La richesse est, aujourd’hui, le seul côté de l’art que les Normands goûtent avec le coeur et sans restriction. Ils l’aiment pour elle-même et lui immolent jusqu’à leur sensualité, à laquelle ils n’accordent que les plaisirs à bon marché. Ils sont toutefois plutôt avides qu’avares.

L’aspect de leurs villes a généralement quelque chose de rustique, et, à voir le costume des neufdixièmes de leurs habitants, on dirait que la bourgeoisie en a été' chassée par une invasion de paysans. Rouen, Saint-Lô, Falaise, etc., au mi-

lieu des verts paysages qui resplendissent autour d’elles, rappellent ces hideuses carcasses de reptiles que la vieille et folle Égypte enchâssait autrefois dans l’or et le porphyre.

Ijes Normands ont des moeurs, si ce sont les habitudes qui les constituent ; ils n’en ont pas, si ce sont les principes. Ils sont légaux et ne sont guère

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probes, ils sont dévots et ne sont guère pieux.

Quoique naturellement braves, la guerre, non pas à cause des privations qu’elle comporte, ils les supporteraient virilement, mais à cause du peu de profit qu’elle donne, leur est antipathique. La gloire sans argent, leur semble une vaine et ridicule fumée ; il n’appartient qu’aux Bretons, nation que dominent des instincts opiniâtres et passionnés, de se battre pour une idée ; les Normands n’ont jamais tiré l’épée que pour un intérêt matériel.

A son retour de la Terre-Sainte, où l’avait conduit une idée pieuse et chevaleresque, le brave Robert de Normandie' trouva son trône occupé par Henry, son frère cadet. 11 en appela au peuple : le peuple fit la sourde oreille, trouvant juste et bon qu’un aventurier, capable de préférer la gloire aux biens positifs, payât d’une double couronne et même de sa liberté, une infraction aussi criante aux lois du bon sens.

Un roi dans l’indigence, dit Euripide {les Phéniciennes), n’est plus rien. L’opulence est ce qu’il y a de plus révéré parmi les hommes — de Grec à Normand, il n’y a que la main.

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Les Normands ont l’esprit, non pas délicat, mais rusé, ils calculent plus qu’ils ne raisonnent; leur langage, ordinairement négatif, ne s’élève jamais quoiqu’il s’enfle quelquefois jusqu’à la bouffissure (1), c’est un peuple avisé, et pour qui l’escarcelle est l’homme ; à la fois brutal et matois, bénin et retors; sans art, mais plein A' artifice. Or, de môme que l’art est (ainsi que je l’ai déjà dit) un moyen pour faire valoir le vrai, /'artifice en est un pour faire valoir le faux. (M“ c oe Staal.)

Au reste, il est bon, il est indispensable même qu'un grand nombre d’hommes soient voués par leur instinct au culte de la richesse, pour le seul amour de la richesse, et abstraction faite des plaisirs de toute nature dont elle est ou peut être la source; c’est par ces hommes insensibles à tout autre bonheur qu’à celui d’être riche, que se refont les fortunes, sans qui la science et l’art, sans qui la poésie, ces muses dédaigneuses des occupations mécaniques et des labeurs manuels, langui-

(1) Malherbe, Brébeuf, Corneille même, mêlent souvent l’emphase à la subtilité.

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raient tristes et découragées, faute de loisirs physiques.

Les législateurs des étals de l’Ouest, en Amérique, en proscrivant la domesticité et en condamnant, par cette mesure, leurs concitoyens aux travaux ignobles et futiles qui sont en Europe, le naturel partage des gens de petit entendement, ont donné une preuve plus irrécusable de leur inaptitude pour les beaux arts et les hautes sciences, que celles qu’ont jamais fournies les barbares et les iconoclastes.

L’aspect de la main artistico-élémentaire respire l’égoïsme et l’avidité; large, courte, se fermant mieux qu’elle ne s’ouvre, elle semble n’avoir été formée que pour saisir et retenir, — c’est probablement d’elle que nous vient eet axiôme édifiant : Ce qui est bon à prendre est bon à garder. — Inhabile aux métiers qui relèvent des sciences, elle excelle dans le négoce, elle n’est pas industrieuse, elle est industrielle.

La Normandie, toute couverte de manufactures,

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n’a inventé ni même perfectionné aucune machine. • Il ne sort de ses fabriques (la draperie à part) que de vulgaires produits; en agriculture, elle n’est pas intellectuellement à la hauteur de la fertilité de son sol.

C’est en Normandie, dans le vert et narquois pays des pommes, le fruit de perdition, que se recrutent les robins de la pire espèce, les avoués madrés, les avocats de haute gueule aboyant à tout pour un écu.

L’éducation, qui améliore les Normands, race née après tout pour les plaisirs et les transactions * de la société (une sorte de fourberie raisonnée, calme, sage, entrant pour beaucoup dans ces choses) corrompt au contraire les Bretons : où le* caractère breton est irréprochable, c’est dans les campagnes; où le caractère normand se montre à son avantage, c’est dans les villes.

Desiveteaux, Chaulieu, Ségrais, madame de La Fayette, Saint-Evremont, Fontenelle, Harailton, Casimir Delavigne sont, à mon avis, les écrivains

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normands qui résument le mieux les qualités aimables fa leur nation.

De même que les Normands, les Juifs se distinguent par une grande aptitude commerciale. Ces hommes que, depuis tant de siècles, séparent des autres hommes et leur culte pour la lettre, culte encore moins- fécond que celui de la forme, et leur haine pourle sang étranger, se plaisent et fleurissent surtout aux lieux où l’ignorance, l’esclavage et le fanatisme concourent à dégrader les masses. Ils sont sans importance partout où avec la liberté régnent le bon ordre et les bonnes moeurs. Quand l’Europe était barbare, ils étaient ce qu’ils sont aujourd’hui, à présent qu’elle est civilisée, ils sont encore ce qu’ils étaient autrefois ; — tant est pétrifiant le culte de la lettre. — Ils n’existent plus comme peuple, mais ils n’ont rien perdu de leur nationalité : juifs partout, ils ne sont citoyens nulle part. Les plus grandes calamités, quand elles ne les touchent pas, ne sont à leurs yeux qu'un spectacle; et, comme ils ne tiennent ni au sol, ni aux mœurs, ni aux intérêts politiques, mais seulement

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à leur intérêt particulier, ils fuient devant l’orage, reparaissant avec le vainqueur, et procédant froidement à l’agrandissement de leur fortune au milieu des cadavres et des ruines.

Ceux que la Pologne nourrit forment à peu près les deux tiers de la population des villes. Us portent en été une soutane étroite d’une étoffe rase et luisante ; en hiver, un bonnet de velours assez semblable à un épais turban, et une robe fourrée que serre autour d’eux une ceinture de laine rouge, qui leur tient lieu de poche, composent tout leur habillement. Us laissent croître et flotter leur barbe et leurscheveux; ils ont le nezaquilin, le visage ovale, le teint pâle; leurs yeux sont noirs, longs, pleins d’éclat et respirent la cupidité. Us sont insinuants et polis. Très-maigres, pour la plupart, on les prendrait, aux angles des boutiques où ils se tiennent ordinairement immobiles et debout, pour de noirs cyprès ou des poiriers taillés en quenouille. Ils jettent autour d’eux je ne sais quel reflet de Capharnaüm et de Jéricho, qui rappelle l’impression produite par les estampes des vieilles bibles. Ils ne s’adonnent à aucun exercice corporel, à au-

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cun art d’agrément, et font du traiic leur seule occupation. Mentir pour acquérir à bon marché, mentir pour revendre cher : leur vie infâme s’écoule entre ces deux mensonges. Eux aussi exercent avee prédilection les métiers de courtier, de fripier, d’entremetteur, d’agioteur, de brocanteur, de cabaretier, de banquier, de tavernier, en un mot, les professions où la ruse de l’esprit passe avant les * données de la science, la connaissance approfondie des arts et l’adresse de la main. — Ils spéculent ouvertement sur la luxure et l’ivrognerie, maison leur doit celle justice, qu’ils ne perdent rien de leur gravité, ni sous le thyrse, ni sous le caducée.

Leur main est la même que celle des Normands avec une paume moins forte toutefois, et des phalanges quasi-carrées

La Bretagne possède un grand nombre d’individu* de haute intelligence, qui, dans le champclos des intérêts matériels, seraient facilement vaincus par un enfant juif ou normand. Humbles et résignés, ils ne demandent qu’à être préservés des affaires et des chiffres. Ils ne mesurent point le

bonheur à l’ampleur de la sacoche, ils n’adorent point Dieu sous la forme* d’un écu, ils n’ont jamais entendu tinter dansleurs rêves le grelot magique du mulet de la gabelle. Errer dans la bruyère fleurie, rêver dans les hautes herbes, suivre Dieu dans les bois et sur les pas du soleil, s’enivrer delà poésie des vieux livres et des vieilles légendes, porter avec amour le joug de la foi, préférer au luxe et au bien-être, non pas l’argent, comme les Normands, qui ne sont tempérants que par avarice, mais la méditation et le repos. C’est dans ces voies bénies qu’effleure le pied blanc de la muse, que parfume l’encens des roses mystiques, qu’illumine l’auréole de l’ange Gardien, que leur cœur cherche et trouve le bonheur.

Mains psychieo-élémentaires.

Mais, c’est peut-être ici le cas de faire observer que si les Bretons ont été longtemps trop dédaignés, la réaction produite en leur faveur, par l’éclatante apparition de quelques génies d’élite, nés parmi eux, a porté de nos jours beaucoup d’écrivains à les louer outre mesure. Sans doute ils sont

francs, courageux, capables d’un dévouement désintéressé, mais l’homme social, chez eux, est trop au-dessous de l’homme instinctif. Quand toute la France progresse dans les lumières et le bien-être, le sorcier, le hobereau, le prêtre demeurent les objets de leur fétichisme tenace : ils ne savent rien prévoir en dehors de la routine, rien apprécier en dehors de la coutume. Vous les verrez dans leurs villages immondes, traîner d’un air à la fois indolent et farouche, d’informes houppelandes découpées dans la dépouille des boucs et des génisses. Certes la France marcheraità la queue des nations, si, séduite par les partisans exclusifs delà nature quelle qu’elle soit, elle les plaçait à sa tète, au lieu de les traîner à sa remorque.

Les Vendéens sont des gens d’un sens droit, mais court ; plutôt opiniâtres que fanatiques, ils sont simples sans être naïfs; ils n’ont ni dans le cœur la poésie qu’ont les Bretons, ni dans l’esprit l’imagination qu’ont les Normands. Leur costume n’offre non plus ni la singularité frappante, ni l’élégance quasi-orientale qu’on remarque dans quel-

la svikm:k i>k la main.

ques-uns de ces deux peuples; — plus robustes qu’agiles, sans être paresseux ils sont lents. — Leur humeur est lière, irritable, morose; peu sensuels, et bornés dans leurs désirs, plutôt faute d’imagination que de tempérament, ils manifestent pour leur pays un amour que dans leur cœur aucun autre amour n’égale.

Il sort de la Vendée des officiers estimables, des comptables honnêtes, des rats de cave incorruptibles, mais point d’hommes marquants. Semblables à ces vins dont la saveur n’est appréciable que sur. le sol où ils ont été recueillis, l’expatriation les prive de toute leur vertu. Ils comptent pour beaucoup comme peuple, ils comptent pour peu comme * individus. La nature a semé de quelques fleurs l'ignorance des Bretons, la leur est aride comme un champ de sable. Ils ehérisssenl l’empire de la coutume et ne sont remarquables que par le caractère.

Où ils se montrent dans toute leur originalité, c’est dans le bocage, terre mystérieuse toute brodée de feuilles de chênes comme l’habit de guerre d’un maréchal de France, et où coulent des fontaines qui ont reçu des Druides, leurs vénérables

LA SCIENCE UE LA JIAIf*.

parrains, le don, non encore contesté, des guérisons miraculeuses. Tant de haies vives d’où s’élèvent de grands arbres, tant de cerisiers, de poiriers, de pommiers bordent les chemins et se pressent autour des habitations, qu’on ne saurait s’aventurer sans guide dans ce pays. A. peu près inaccessible à l’artillerie et même à la cavalerie, la guerre n’y peut être faite que par l’infanterie. C’est une arène propre au développement de l’esprit de ruse et d’embuscade, qui appartient au soldat et à la prouesse personnelle plus qu’au général et aux combinaisons de la haute stratégie. Le paysan y vit au large, circonspect et silencieux dans ces retraites où tout fait silence, l’air, l’eau, jusques au bétail, et où, sans le marteau du maréchal, on n’entendrait dans les villages que le chant des oiseaux.

Mains élémentaires à phalanges carrées.

L’hospitalité vendéenne, beaucoup trop vantée, est commandée par l’usage. En Normandie, la pratique de cette vertu est facultative. Chez les Vendéens, elle honofe la nation; chez les Normands.

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elle honore l’individu. Ici, gaie comme le plaisir, là, grave comme le devoir.

, D’où vienl que l’Univers a constamment les yeux tournés vers l'antique monde grec? C’est que les peuples dont il fut formé n’eurent pas seulement de grands instincts et de grandes vertus, mais eurent encore la suprême intelligence et de ces instincts et de ces vertus. Les Vendéens et les Bretons ont aussi de grandes vertus, mais les conserveraient-ils s’ils en avaient l'intelligence? Notre espèce, cependant, ne peut nous tenir compte que des vertus qui ont leur garantie dans le seul attribut qui nous place au-dessus des autres espèces: l’intelligence. Les somnambules marchent d’un pas d’autant plus ferme sur le faîte des toits et le bord des précipices, que leur sommeil est plus profond ; mais qui songe à les louer de celte habileté qu’ils ne se connaissent pas? De même ne devons-nous que peu d’estime aux vertus des peuples plongés dans une évidente somnolence intellectuelle.

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Rapide coup-d’œil sur les mains des femmes.

Les entraînements de chaque type, parmi les femmes, sont les mêmes que parmi les hommes ; seulement, ceux qui sont propres aux types en spatule et carré sont beaucoup moins impérieux et intenses chez elles, attendu la mollesse de leurs fibres, que chez nous.

Sur cent femmes, en France, j’estime que quarante appartiennent au type conique, trente au type carré, et trente au typeen spatule. — Ces deux derniers types, dont la branche gourmande est Vu-

prit, pèse sur le premier dont la branche gourmande est Y imagination.

L’homme crée, la femme développe,

‘ A nous le principe, à elles la forme.

Nous faisons les lois, elles font les mœurs. - « L’hoinme est plus vrai que la femme, disait saint Martin (l'illuminé), mais elle est meilleure que lui. L’homme est Y esprit de la femme, la femme est Y âme de l’homme. »

Pour compenser la faiblesse delà femme, dit la Genèse interprétée par Fabre d’Olivet, Dieu la revêtit d’une de ses enveloppes: la beauté ! et elle devint alors la faculté volitive de l’homme.

Donc, nous valons par la cervelle, et elles par le cœur. Nous sommes plus sensuels, elles sont plus sensibles. Leurs sentiments les trompent moins que nos raisonnements. Nous avons la réflexion, et nous savons ce qui s’apprend, elles ont l’intuition et elles savent ce qui se devine.

L’Europe, ofl elles sont libres et qu’elles remplissent de rayons et de mouvement, leur doit ces trois belles choses : les bonnes mœurs, la lilterté, l’opulence — * tandis que l’Asie, où elles sont escla-

ves, croupit dans l’inertie et se dissout dans la misère, le despotisme et l’amour infâme.

La lumière, la vérité et la liberté sont une seule et même chose.

Peu de femmes ont les doigts noueux, peu de femmes aussi sont douées de l’esprit de combinaison. En fait de travaux intellectuels, elles choisissent généralement ceux qui demandent plus de tact que de science, plus de vivacité, de conception que de force, plus d’imagination que de jugement. Il en serait autrement si elles avaient les doigts noueux, mais alors elles seraient moins impressionnables, moins livrées aux inspirations de la fantaisie, et de même que les qualités enivrantes du vin sont neutralisées par l’eau, les leurs le seraient par la raison.

Il convient, faisant abstraction de la forme de la phalange extérieure, de ranger les femmes sous deux bannières principales. - Qu’elles aillent sous l’une, les femmes à grand pouce, et que les femmes à petit pouce aillent sous l’autre. Les premières, plüs intelligentes que sensibles, relèvent de l’his-

toire. Les dernières, plus sensibles qu’intelligentes, relèvent du roman. — Pour faire marcher de front le plaisir et la considération, parlez -moi d’une femme à grand pouce ! L’amour, sous sa tutelle éclairée, atteint sou but sans scandale. Sa passion, qu'elle dépasse toujours de toute sa tète, a plus de racine dans ses sens que dans son cœur. Laissez-la faire et fiez-vous à son adresse ; en temps convenable, elle viendra en aide à votre timidité, non qu’elle sympathise beaucoup à vos tourments, mais dans l’intérêt de ses plaisirs. D’ailleurs la sécurité et toutes les grâces de l’esprit ajouteront aux délices de sa possession.

Elles ne sont pas douées d’une sagacité si haute, les femmes à petit pouce. Aimer, c’est là toute leur science, mais tel est le charme attaché à cette faculté puissante, qu’il n’est point de séduction qui legale.

Les soins de la maternité étant extrêmement difficiles et compliqués, leur pratique exige un instinct plus intelligent que celui que représentent les mains élémentaires. — Ces mains sont donc fort

rares parmi les femmes. Aussi le beau sexe exercet-il un empire quasi-absolu (car il n’est point rie type qui ne prévale moralement sur celui-là) dar.s les populations où les paumes élémentaires sont en majorité parmi les hommes, comme en Basse-Bretagne et en Vendée, par exemple.

Les paysans de ces contrées épousent volontiers et assez communément des femmes plus âgées qu’eux. La même pesanteur d’esprit, qui les rend insensibles aux charmes de la jeunesse et de la beauté, les livre sans défense à l’intelligence supérieure de la femme parvenue à la maturité.

Les Grecs des temps héroïques n’étaient pas plus raffinés.

Hélène frisait la quarantaine quand, de retour en Àrgolide, et fuyant devant Oreste qui la voulait immoler, elle allait au hasard, portant çà et là ses pas brillants de la splendeur de sa chaussure dorée. (Euripide.)

Il fallait qu’elle parût belle en< ore pour qu'on s’occupât ainsi de sa chaussure.

Aux îles Carolines et Mariannes, la puissance politique, appuyée sur la puissance morale, appartint

jusques à la conquête de ces archipels par les Espagnols, aux femmes, lesquelles, contrairement aux hommes, qui ont les mains démesurément grandes, les ont fort petites. {Voyage de J. Abago).

Nées pour la danse, l’amour et les fêtes, lesOtailiennes ont la main petite et conique, mais ronde, charnue et épaisse.

Au Thibet, contrée pauvre et chaste parce qu’elle est froide et stérile, une loi, conçue dans un but de continence, oblige les femmes à ne se montrer en public que le visage barbouillé de noir.

Ajoutée à la polyandrie et h l’institution sur une immense échelle du Lamaïsme, qui prescrit le célibat, cette loi, contre laquelle les femmes ellesmêmes n’ont point protesté parcequ’elle résulte de l’esprit dérivant du tempérament national, complète une législation destinée à prévenir les maux qu’amènerait, dans un pays sans ressources, une trop grande population.

La femme Thibétaine, quel que soit le nombre de ses maris (il en est qui en ont jusqu’à sept), n’est jamais exonérée des travaux particuliers à son sexe.

Choisie par l’aîné de la bande, les autres frères ont dit l’agréer pour épouse. Elle est réputée belle, et regardée connue la parure de la tente et du charriot, si elle joint à un teint huileux et à une taille forte, un nez largement épaté et de grandes oreilles.

En Finlande, les jeunes fiancés partagent le lit de leurs promises, sans oublier jamais qu’ils ne doivent les considérer comme leurs femmes que lorsque le sacrement les auraunist^oya^e au Spitzberg, par M 0 "’ d’ÂUNET). Tant de chasteté et si peu de pruderie î c’en est assez pour réhabiliter le cercle polaire.

Les Anglaises ont, généralement, la phalange délicatement carrée; elles se contentent de l’amour tel qu’on le ressent dans le mariage ; elles se dévouent jusqu’au travail.

L’institution des harems étant immémoriale en Asie, j’en conclus que les femmes de cette contrée ont toujours eu les mains fines avec de petits pouces. — Elles se dévouent jusqu’à la mort.

Charlotte Corday, Sophie de Condorcet, Lucile Desmoulins avaient les doigts très-effilés.

Los législateurs indiens ne se sont pas, comme les nôtres, préoccupés uniquement des besoins réels de la femme et de ses devoirs, niais encore de ses caprices et des fantaisies inhérentes à sa nature.

« Brahma, dit Manou, a donné en partage à la femme l’amour de son lit, de son siège, de la parure, la concupiscence, la colère, les mauvais penchants et la perversité.

« Il veut que son nom soit facile à prononcer, doux, clair, agréable, propice, — qu’il se termine par des voyelles longues et ressemble à des paroles de bénédiction.

« Elle sera toujours de bonne humeur; elle aura la démarche gracieuse du cygne ou du jeune éléphant ; elle amaigrira son corps en ne se nourrissant que de fleurs, de racines et de fruits.

t- Elle sera vêtue d’une manière brillante, vu que, lorsqu’une jeune femme resplendit par sa parure, sa famille resplendit également, tandis que si elle ne brille pas, sa famille ne jouit d’aucun éclat. »

Mercure, disent lesGrecs, triompha sous la forme

d’un bouc, de la vertu de Pénélope. Quelles idées avaient-ils des femmes en général, s’ils parlaient ainsi de la plus chaste d’entre elles.

Les Chinois leur rendent plus de justice, et à leurs yeux la mort de la mère, dans une famille, n’est pas regardée comme une moindre perte que celle du père. C’est du moins ce qu’on peut inférer du texte du Chou-King, qui ne recommande pas avec moins d’instance les veufs que les veuves à la

sollicitude des mandarins.

Chez les Assètes, race homérique, où comme je l’ai déjà dit, il est honorable de vivre de rapines et de pillage, les femmes, pendant l’absence de leurs maris, s’enrôlent et s’égayent sous le drapeau changeant des amours interlopes. On juge de leur mérite par le nombre de leurs amants. Elles sont fortes, petites, actives, peu jolies. Klaproth, à qui nous devons ces renseignements, ne dit rien de leurs mains, mais je les crois en spatule, comme celles des femmes des Cosaques du Don, lesquelles, fermes sur leurs hanches, et portant haut le nez,

fendant le bois, battant le blé et montant à cur,

338 LA SCIENCE ttL LA MAIS.

vêtues de chemines suiffées, sur des chevaux à demi sauvages, dégustent virilement le geuièvre et le wiski. J’ai vu les hommes filer doux, comme on dit, devant elles. Le Thermadon, fameux par ses héroïnes, coule non loin de leur pays.

En France, las femmes spatulées à petit pouee, se distinguent par un grand fond de franchise affectueuse, par un besoin impérieux d’action et de mouvement, par l’intelligence de la vie réelle. A elles, dans les hautes classes de la société, la grâce héraldique et fière des Clorinde, des Bradamante, des Patriciennes crénelées portant d'or et de, gueulles, à elles comme à Diane, comme à la magnanime Hippolyte, les coursiers rapides et les blancs lévriers. — A elles dans les classes moyennes, ces ménages pleins d’enfants joueurs et remuants, où les mains ne cessent d’agir et les voix de chanter, où l’angora splendide vit en paix avec l’épagneul et la tourterelle privée. — A elles dans les fermes l’intérêt passionné pour les chevaux, les blondes génisses et les autres animaux domestiques, pour les transactions foraines et les laborieu-

ses veillées. A elles enfin, dans les greniers et les mansardes, les ressources d’une infatigable acti* vité physique, un acquiescement aux coups du sort, et quelques-uns des goûts des femmes du Don.

Madame Roland avait de belles grandes mains spatulées — la tète pleine d’idées pratiques, et l’ème tournée vers l’idéal, elle comprenait la beauté de la passion, tout en lui préférant celle du sacrifice. A la fois stoique et passionnée, positive et enthousiaste, tendre et austère, elle aima trois choses d'un amour immense : la patrie, la liberté, le devoir. Attentive à bien penser, à bien dire, è bien faire, elle se délassait de l’étude des théories mécaniques par la lecture de Plutarque et de Rousseau. — Douée du genre de beauté particulier aux femmes actives, elle joignait une taille élégante et une carnation brillante à une grande richesse de cheveux, de hanches et de sein. Sahouche, un peu grande, respirait la franchise et la sérénité. Son regard était limpide et franc, son air ouvert, calme et résolu. Née courageuse et forte, comme la majorité des femmes de son type, elle ne se démentit

ni dans la pauvreté, ni dans les grandeurs, ni sur

l'échafaud.

Ljordre et l’arrangement, la symétrie, la ponctualité, régnent sans tyrannie dans les demeures que gouvernent ces placides ménagères à phalanges carrées et à petit pouce.

Mais que vois-je ! des enfants silencieux et mornes, des servantes tremblantes et ahuries! Qui donc les retient dans cette contrainte et cet ennui? C’est la voix acariâtre, c’est le regard vigilant du despotisme en jupe, à cheval sur un très-grand pouce.

Prétendez-vous au cœur d’une belle jeune femme à phalanges carrées ? Parez-vous de bons sens et de solidité, rejetez les airs avantageux et ne confondez pas la singularité avec la distinction. Songez quelle a moins d’imagination que d’esprit, et que son esprit est plus juste qu’original. Au nombre de ses axiomes sont ceux-ci : le silence est une force le mystère est une parure. N’oubliez pas qu’elle a nécessairement l’instinct social très-développé, et

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quelle joint au respect pour le convenu, l'amour de l’influence et de la domination. — Esprits aussi éloignés de la rareté que de la vulgarité.

Le type carré, chez nous, est parfaitement résumé à l’endroit des femmes par la prude, l’habile, l’ambitieuse, la spirituelle madame de Maintenon. — A part Clémentine, toutes les héroïnes de Richardson, créatures plus intelligentes que sensibles, et qui, comme notre Sévigné, ont le cœur plus spirituel que tendre, appartiennent à ce type.

Les institutions religieuses gouvernées par des règles sciemment étroites, et où rien n’est laissé au libre arbitre, recrutent presque tous leurs adeptes parmi les phalanges carrées.

Ces petites mains molles, souples, sans chair presque, maisroses, néanmoins, etavec des nœuds : elles aiment les mots brillants et qui, comme l’éclair, jettent une lumière vive et soudaine ; elles vivent par l’esprit. L’amour dont elles portent les chaînes est né dans yn boudoir ; il a inventé le ma-

drigal, le couplet galant et ue se manifeste guère qu’avec un œil de poudre et des manehettes.

Ecoutez! j’entends la voix do poète mondain

dont elles aiment les accents :

Viens tendre amour, descends des eaux,

iT'- î. -VV'-

Jette des fleurs, sèche nos larmes.

Et dans ce vin délicieux Trempe la pointe de tes armes.

Avant les édits de nos rois,

Eludions l’esprit des dames,

Le sage se passe de lois

Et ne se passe point de femmes.

Comme un sylphe emporte l’odeur Des lieux embaumés qn'il traverse.

Le bou vin semble encor moillenr Quand une belle nous le verse.

Amis 1 il faut jusqu'à demain Chanter les grâces libertines, Donner des louanges au vin Et des baisers à nos voisines.

Avec les femmes à la paume forte, aux doigts coniques, au petit pouce, teigne* votre langage de couleurs ardentes, excusez, justifiez, célébrez les tendres faiblesses. Elles aiment ce qui brille, et la rhétorique a plus d’empire sur leur esprit, que la

LA 90IENHK DK LA MAIX. 343

logique. Trois choses les gouvernent : la paresse, la fantaisie, la sensualité. Les passereaux d’Eros nichent dans leur sourire, et elles ont dans le cœur la prière que les Corinthiennes adressaient tous les matins h Vénus : O ! déesse, agréez qu’aujourd’hui je ne fasse rien qui ne plaise, et que je ne dise rien qui ne soit agréable; car plaire est leur premier besoin, et elles aiment autant être aimées et admirées qu’estimées.

Telles étaient sans doute les mains des belles et triomphantes amazones dont était composé Yescadron volant de Catherine de Médicis.

Les doigts délicats, lisses et pointus, dans les femmes à petit pouce, quand une paume étroite et élastique sans mollesse leur sert de tige, signalent le goût des plaisirs où le cœur et l’âme ont plus de part que les sens et l’esprit, un mélange charmant d’exaltation et d’indolence, un secret éloignement pour les réalités de la vie, pour les devoirs convenus; plus de piété que de dévotion.

Ces caractères, parure et délit»» du monde, tout à la fois calmes et radieux, puiseril leur souveraine influence dans l’inspiration et la grâce. Le bon sens

qui, de tous les genres d’esprit, est le plus fécond, mais non le plus relevé, leur plaît moins que le génie. — C’est pour s’épanouir aux célestes rayons de l’amour pur, qu’elles ont été semées, semblables à des lys sans tache, sur les plages resplendissantes du jour.

il est un écrivain dont le cœur porte l'esprit et dont les idées se confondent avec les sentiments, il a lyrisme et l’observation, la mesure et la spontanéité. Expansif et passionné, il a su intéresser tous les cœurs aux battements du sien . Il s’est montré sur les hautes cimes, et la terre a rayonné, et vers lui sont montées les émes altérées d’amour et d’idéal. L’ivresse des cœurs éperdus, le calme des cœurs apaisés, on les respire en le lisant et on se sent meilleur après l’avoir lu. Au-dessus de toutes les religions par une idée de Dieu, supérieure à celles qu’elles comportent, il a pour culte la beauté, et pour morale la liberté. Simple dans sa vie, d’ail • leurs, et ne se plaisant que parmi les simples.

Qui regardera-t-on comme heureux, si ce n’est ce maître, au front rayonnant et aux belles formes,

si cher aux siens, si cher à tous ; que la sybille a doué du rameau d’or, et la fée de l’anneau magique par qui l’on sait tout, et à qui sont si faciles ces deux sources de nos meilleures joies : le travail et l’admiration ? mais il n’est point de bonheur pour les âmes en qui débordent la sympathie et la commisération, qui vivent moins en elles que dans les autres, et qu’aucune félicité personnelle ne peut consoler des souffrances d’autrui.

La main de madame Sand (c’est d’elle, ai-je besoin de le dire, qu’il s’agit ici), réalise celle que. je viens de décrire, avec des nœuds pourtant, ce qui la modifie assez sensiblement.

Les sentiments délicats que l’éducation seule donne à la plupart d’autre nom, les femmes les possèdent naturellement. Ils germent dans leurs âmes tendres comme les gazons fins sur les terres légères. Elles ont la science innée des choses du cœur, mais la parfaite intelligence du monde réel et positif leur manque. Aussi, est-ce moins à leur faiblesse physique, qu’à la nature des idées attachées à leur organisation, qu’ellesdoiventdenous

3 i6 LA SCIENCE DE IM MAIN.

voir régner »ur elles en maîtres. En vain avonsnous la force de dompter les chevaux, d’eXereer les gros métiers, de labourer, d’extrôire les métaux, de braver les tempêtes de la mer et du ciel, si nos âmes, comme les leurs, avides d’émotions et toujours prèles à s’envoler, vacillaient au moindre vertt comme la chevelure de» trembles, l’empire ne tarderait pas à nous échapper.

Que si ces renseignements, tout incomplets flu’ils sont, vous aident, 6 lecteur ! à éviter les écueils -cachés sous les ondes trompeuses des fleuves de Tendre, voue glorifierez le professeur!

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