‹ La science de la main, ou L'art de reconnaitre les tendances de l'intelligence d'apres les formes de la main par le capitaine S. D'ArpentignyChapitre 5 sur 6 · I.A SCIKNCK t*K l.\ MAI · texte numérisé non relu

I.A SCIKNCK t*K l.\ MAI

de celle-ci ; mais les hautes sciences n’y perdent rien, non plus que la philosophie. Les mœurs, que de XVII* siècle avait laissées dures et cruelles, s’a-* doucissent; le fanatisme expire; l’étiquette perd de son inflexibilité, les barrières hiérarchiques s’abaissent, la bourgeoisie grandit, bientôt il ne s’agira plus de nivellement, mais d’égalité. Nos villageois, naguères si dédaignés, montrent sur la scène, où la muse aime à les produire, les vertus un peu fardées de l’âge d’or; la vertu, le génie, le talent, revêtent les formes de la simplicité et de la bonhomie : ainsi Malesherbes, Francklin, Turgot, Lafayette, J. -J. Rousseau, Diderot, etc. Les esprits agissant dans une sphère plus haute, le lyrisme naît; la nation enfin émancipée, se mire dans son intelligence et dans sa beauté, elle jouit d'elle— même, de sa force morale et de l’universalité de son génie ; les peuples, saisis de respect, lui demandent des législateurs ; et l’Amérique du Nord, attentive à la voix de nos philosophes, se prépare une ère de bonheur solide et de prospérité inouïe, en réalisant dans son sein leurs fécondes théo-

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ries.

Le type philosophique seul, parce que jusqu’à un certain point les deux mondes sont de son domaine, sait comprendre tous les autres.

De même que les nations, les individus n’acquièrent que dans un tige plus ou moins avancé, la claire intelligence de leurs facultés philosophiques, lesquelles, pour éclore et se développer, ont besoin, au moins, des lumières de l'expérience. Les mains philosophiques, comme celles appartenant aux autres types, existent dans toutes les classes de la société; seulement, le génie qu’elles comportent, avorte, ou ne se manifeste que trèsimparfaitement, parmi les personnes que leur mauvaise fortune enchaîne à des travaux grossiers.

La philosophie des mains en spatule et utiles se propose les faits, les idées pratiques, les choses, la politique, etc.

Celles des mains coniques et pointues , se propose les croyances, les idées spéculatives, l’art.

Les mains à nœuds quasi-carrées, quasi-coniques, ont l’éclectisme, et c’est pour cette raison

que je leur ai donne par excellence le nom de mains philosophiques.

Très-grandes, toutes ces mains tendent à l’analyse; très-petites, elles tendent à la synthèse; avec un petit pouce, elles pensent par le cœur, avec un grand pouce, elles pensent par la tète.

C’est de même, parce que les deux natures (la nature physique et la nature morale), tout ce qui peut être exprimé par l’art est accessible aux mains artistiques, que je leur ai donné ce nom, car il y a des artistes qui n’ont excellé que dans l’expression * de l’idéal, comme le Pérugin, et d’autres, que dans l’expression de la nature matérielle, comme les artistes flamands. Mais quel homme doué à la fois de sens actifs et d’une imagination spiritualiste, consentirait à passer sa vie avec des êtres aussi contemplatifs que les personnages du Pérugin ou avec les laitières charnues et les massifs porte-faix de Rubens ? Évidemment, l’art véritable et complet appartient aux Italiens. Raphaël avait les doigts coniques de même que le Corrège. Quant à Rubens, il les avait à coup sûr en spatule, car ces toiles ne

reflétait que ce monde-ci, car il possédait à un haut degré le génie des affaires, car il avait le goût de la famille et des voyages, du coinfort et de la prépondérance, une mémoire immense et l’amour du travail.

Il en est des gens d’église comme des philosophes et des artistes. La connaissance et la direction des hommes est le lot des prêtres appartenant aux types dits du Nord. La connaissance et la direction des âmes est celui des prêtres appartenant aux types dits du Sud ; aux premiers la science, la doctrine, aux autres la foi ; ceux-ci ont plus d’amour, ceux-

là plus d’autorité. Les spatulés songent à ce monde et à l’Eglise, les coniquessongentau ciel et à Dieu ; pour les premiers, la prêtrise n’est souvent qu’un métier, elle est presque toujours un ministère pour les autres. La confession (qui, à la vérité, n’exhibe que les mauvais côtés de l’humanité) ajoute à la sévérité de ceux-là et à l’indulgence de ceux-ci. J'ai encore sous les yeux la rude et noire silhouette de feu M. le cardinal de Clermont-Tonnerre, en son vivant archevêque de Toulouse. Son mépris pour la génération actuelle, pour ses idées, pour ses

oeuvres, l’avait mis en odeur de sainteté à là cour de Charles X. Un prêtre, disait-il, se ravale en demandant ; il doit exiger. C’était un très-petit homme , marchant avec fierté, même avec arrogance : les regards de la foule, quelle que fût leur expression , ne l’embarrassaient nullement. Hautain, piaffant dans l’écarlate, et faisant orgueilleusement reluire les franges de son caparaçon, il semblait prêt à recommencer la vieille lutte entre le sacerdoce et le pouvoir temporel. Il avait un grand nez, de grands yeux, de grandes lèvres, et néanmoins un petit visage ; ses cheveux gris de fer, plats, dardés en poil de marcassin et coupés de niveau un peu au-dessus de ses sourcils, lui donnaient un air de dureté que l’expression habituelle de scs traits, son teint brun, son grand âge et l’abaissement de ses rides, étaient loin de démentir. Nous l’appelions aux gardes l’Orang-Outang Mïtré. Sa large main spatulée donnait, mais sans grâce, c’est-à-dire sans charité.

Hildebrand et La Rovère appartenaient certainement ou au type carré ou au type en spatule.

Les Mains psychiques.

La main psychique est, de toutes, la plus belle, et la plus rare aussi par conséquent, car la rareté est une des conditions de la beauté. Elle est petite et fine, relativement à la personne. Paume moyenne. Les doigts sans noeuds, ou très-modiquement ondulés. La phalange extérieure longue et effilée. Le pouce élégant et petit, — grande et avec des nœuds, elle a la force et la combinaison, mais elle manque de naïveté.

Que le bon sens, ce maître Jacques de la maison,

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soit le guide des mains utiles, mains dont l’ordre, l'arrangement et l'unité sont le but: que la raison soit l’unique flambeau des mains philosophiques, que leur tendance emporte vers la liberté et la vérité ; c’est ce que nous venons d'essayer de démontrer. Quant aux mains psychiques, elles sont à ces dernières ce qu’aux mains en spatule sont les mains artistiques. Elles attachent , elles ajoutent aux œuvres du penseur, comme l’artiste à l’œuvre de l’artisan, la beauté, l’idéalité; elles les dorent d’un rayon de soleil, elles les élèvent sur un piédestal, elles leur ouvrent la porte des cœurs ; l’âme, oubliée et laissée en arrière par les mains philosophiques, est leur guide, la vérité dans l’amour cl la sublimité, leur but, et l’expansion leur moyen.

Vous avez vu le monde livré aux mains en spatule : mouvement, industrie, guerre, tumulte, culte de la force et des biens matériels. — Vous avez vu le monde livré aux mains artistiques, — entreprises romanesques (c’est-à-dire , tendance vers un objet ordinaire par des formes extraordinaires), imprévoyance, brillante folie, splendide misère, fanatisme de la forme. — Vous avez vu

le inonde livré aux phalanges carrées : fanatisme de la méthode, despotisme universel et étroit. — Vous avez vu le monde livré aux mains philosophiques : fanatisme de la science, doute, mobilité, liberté sans point d’appui.

Seules jusques ici, en Europe, les mains psychiques n’ont pu parvenir à la domination, peutêtre n’y ont-elles jamais prétendu, dédaigneuses qu’elles sont, dans la haute sphère" où les retient le génie qui les anime , des intérêts matériels. Toutefois, leur intervention n’a jamais manqué, quand les drames humains, amenés à leur dernière péripétie, ont eu besoin d’une force quasidivine pour être dénoués. Que d’affronts étaient réservés à l’homme dans son intelligence et dans sa dignité, si, en électrisant les cités de la Grèce; elles ne leur eussent donné la victoire à Salamines et à Marathon ! — L’Espagne, religieuse et poétique, ne s’est jamais fortement ébranlée que sous leur impulsion ; sans elles, clic périssait en 1812 ; de môme que l’Allemagne qui, déjà vaincue dans ses princes, fétiches couronnés, ne fut sauvée que par quelques jeunes enthousiastes, idéologues aux

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cheveux flottants, aux regards sereins, mais au cœur résolu, qui, en chantant Dieu, la patrie, la liberté, se jetèrent dans les champs de bataille aux accords de la lyre étoilée.

Prises en masses, ces mains aiment les grandes luttes et dédaignent les petites. Au plus fort du sensualisme grec, elles se résument dans Platon : au plus fort du sensualisme romain, elles se résument dans Jésus. Elles ne se heurtent non plus qu’aux grands athlètes; à Bossuet, le biblique champion de la terreur et de la forme, elles opposent Fenélon, l’évangélique apôtre de l’essence et de l’amour. A Voltaire, à Diderot, qui parlent aux sens et à la raison, elles suscitent l’opposition psychologique de Vauvenargues et de Rousseau. Enfin, de nos jours, vous les avez vues, à l’aide de Chateaubriand, de Benjamin-Constant, de madame de Staël, tenir en échec le matérialisme impérial.

Le type psychique n’est pas, comme l’ont prétendu d’agréables romanciers, le partage exclusif des races héraldiques. Rare partout, il existe néan-

moins partout, et jusque dans les classes les plus abjectes, où il végète, s’ignorant lui-même, incompris et dédaigné, à cause de son inaptitude relative aux travaux manuels.

Apollon, hélas I a gardé les vaches.

Les mains artistiques veulent voir l’imagination et l’art partout ; les mains carrées, la règle et l’arrangement partout ; les mains philosophiques, la raison humaine partout; — c’est la raison divine, qu’en vertu delà même loi, celle qui dérive des dispositions naturelles et constitutives, les mains psychiques veulent partout voir. L’œuvre où l’idéalité manque, où l’amour ou Dieu font défaut, où l’âme n’est pasintéressée, n’est pour elles qu’une œuvre morte. Elles ne tiennent à la forme que dans le domaine de l’art. Ailleurs elles ne sauraient s’en préoccuper, convaincues qu’elles sont que, ni la civilisation n’est la conséquence absolue de tel ou tel culte (comme du christianisme par exemple, qui a arrêté les races aztèques dans leur 'essor; qui est resté impuissant en Abyssinie contre la Barbarie; en Russie, en Pologne, en Amérique

contre l’esclavage) : ni la liberté, la conséquence absolue de la forme démocratique, ni V esclavage la conséquence absolue de la forme autocratique. A leurs yeux, la foi religieuse est un fait aussi réel que la certitude rationnelle, aussi excusent-elles, si même elles n’acceptent les bizarreries de tous les cultes ; pensant à cet égard, comme les auges coiffés de chapeaux, que Swedenborg ravi en esprit (c’est lui qui le raconte) entendit vanter la pureté des doctrines des Tartares ; et comme l’oracle de Delphes, qui, consulté sur la meilleure manière d’bonorer les dieux, c’esl-à-dire, apparemment, sur la forme religieuse la plus propre à moraliser les peuples, répondit : Suivez les lois du pays ;— dans les monarchies, elles voient le beau, dans les républiques, elles voient le bon, et l’Orient, rêveur, immobile, et silencieux comme le désert, préoccupé du ciel et gouverné par un seul, leur semble aussi sage et aussi heureux que l’Occident, orageux, réglé et retentissant comme V Océan, préoccupé de la terre et gouverné par tous.

Les deux idées auxquelles le genre humain doit

la plus noble' partie de son bonheur et de sa dignité : celle du beau dans l'art, celle du droit dans la politique, sont nées et sont mortes dans le monde antique , avec le polylhéisme-autropomorp/iique, comme les Grecs le comprirent — et ces idées, dans le monde moderne, n’ont refleuri qu’à l’époque de la renaissance, qui fut une sorte de résurrection de ce même polythéisme (Lecomte-Delisle).

On lit dans Joinville, que pendant le siège de Damas, une femme ayant été rencontrée entre la ville et le camp par un religieux de l’armée des Croisés, celui-ci lui demanda ce qu’elle prétendait faire, et de l’eau qu’elle avait dans un vase, et du feu qu’elle portait dans un réchaud. — C’est, répondit-elle, pour brûler le paradis et pour éteindre l’enfer, afin que les hommes n’aiment et ne servent plus Dieu que par amour. — Celte réponse ravit le cœur de Saint-Louis, qui loua avec enthousiasme la piété sublime qui l’avait dictée.

« Dieu a pouf àme la vérité, et pour corps la lumière (Pythagork). »

« Trois choses sont nées à la fois dans le inonde : l’homme, la liberté, la lumière (Opinion des Druides). » ,

Sublimes formules, amples et sereines constatations de la force et de la beauté de l’intelligence humaine.

Les mains psychiques sont en nombre immense dans l’Asie méridionale, d’où le génie essentiellement religieux, contemplatif et poétique des nations qui l’habitent ; d’où leur respect pour les maximes (synthèse), et leur dédain pour les méthodes (analyse), d’où la préférence qu’elles donnent à la vertu, (source de repos,) sur la science, (source de mouvement ;) d’où l’état languissant des arts, des métiers, de l’agriculture ; d’où les gouvernements théocraliques et despotiques, par conséquent (car on ne saurait contredire Dieu sans crime), gouvernements nécessaires à des peuples pour qui raisonner et agir sont un tourment.

C’est de la morne et somnolante Asie, la terre des empires immenses, de l’opium et des ivresses énormes que sont sorties toutes les grandes reli-

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gions, et c’est de la mobile et laborieuse Europe, la terre des petites républiques, du vin, et des ivresses légères que sont sorties toutes les philosophies qui ont regardé les religions en face et leur ont dit leur fait.

En Europe, le temple relève de la société; en Asie, la société relève du temple.

L’Orient, dit Aristote, s’est toujours complu dans la métaphysique (laquelle, s’appuyant sur la logique, enseigne a penser subtilement) et l’Occident dans la morale (laquelle, s’appuvantsur la raison, enseigne à vivre honnêtement).

L’Asie est le pays des génies comme l’Europe est celui des fées. Or, les génies étant des individualités (ou des substantifs) doués d’une activité à laquelle nulle direction n’est imposée, ils peuvent tout ce qu’ils veulent, comme les princes de leur contrée, où l’on a toujours rejeté la division des pouvoirs. Au contraire, la puissance de nos fées (qui ne sont, après tout, que des adjectifs) est bornée h un seul attribut : L’une donne la beauté ou la vaillance, l’autre Ii force ou la richesse, etc. Toutefois, si elles ne disposent que d’un don, l’é-

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tendue de ce don n’a pas de limites. Enfermées entre deux parallèles, elles n’ont qu’une direction, mais cette direction est indéfinie — doués de toutes les qualités, les génies sont comme enfermés dans un cercle oiY ils peuvent agir dans tous les sens, mais si leur puissance n’est pas limitée dans l’espèce, elle l’est dans la quantité, leur pouvoir étant soumis à celui d’un génie plus puissant (de Fi.otte).

Ainsi, comme par leurs lois et leurs religions, les peuples sont expliqués par leurs fables. Chez nous le pouvoir a une direction et des limites, il suit une ligne donnée. Chez les Orientaux, il est sans direction, et n’a d’autre limite qu’un arbitraire plus puissant.

On a dit qu’il y avait de l’affinité entre la langue allemande et le sanscrit; il existe aussi quelques rapports entre le génie rêveur des nations germaniques et le génie contemplatif des enfants de Brahma. Enfin l’Allemagne est le pays de l’Europe, de même que l’Inde est le pays de l’Asie où l’on voit le plus de mains psychiques.

Le spiritualisme étant la spécialité de ce noble

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type, il a dû chez nous, où le bien-être, de bonnes lois etla liberté l’ont aidé à sc multiplier (t) et à se comprendre, il a dé, dis-je, ayant à exprimer des sentiments et des idées d’une nature particulière, suivre l’exemple des types artistique, utile et philosophique, qui, pour la même cause, se sont tour à tour servis d’une langue différente, créée par chacun d’eux pour son usage particulier. La langue de Rabelais, de Montaigne n’est point la langue de Pascal, ni la langue de Pascal celle de Rousseau. D’où vient donc que les innovations grammaticales de Chateaubriand et de Lamartine, ces aigles de notre littérature psychologique, ontelles causé, dans le principe, tant d’étonnement et même de scandale? Aux idées nouvelles, des formes nouvelles ! étendre la signification de quelques mots, ce n’est pas altérer une langue, c’est l’enrk chir, et condamner cette théorie, c’est réprouver le moyen dont, pour leur gloire comme pour notre

(1) Eli t"22 la France lie comptait que 18 millions d’habitants. — Sous Louis XIV, la moyenne de la mortalité parmi les classes privilégiées Itait d'un sur 26, elle est aujourd'hui d'un sur 32. ».

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