LES HUILES, LE BROYAGE DES COULEURS LES ESSENCES ET LES SICCATIFS
Les matières colorantes étant choisies et offrant les meilleures garanties de solidité, il ne reste plus qu'à les broyer avec un agglutinacif quelconque, de façon que, réduites en parcelles aussi petites que possible, elles soient en Fétat propre à chaque genre de peinture auquel on les destine.
Nous parlerons des gommes, cire et autres substances agglutinatives employées à cet usage quand nous étudierons les divers procédés de la peinture murale, Faquarelle, la peinture en détrempe, le pastel, etc.
Pour le moment, nous ne nous occuperons
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que du procédé à Fhuile, qui, étant le plus complet et le plus usité, doit ici prendre la première place.
LES HUILES
On a donné le nom d'huile à beaucoup de liquides qui n'ont ni la même composition, ni les mêmes propriétés.
l°Les huiles essentielles sont extraites, par la distillation, de certaines plantes, comme le romarin, la lavande, le fenouil, etc., ou de certains baumes résineux, comme la térébenthine. On en obtient aussi quelques-unes par simple expression, comme Fhuile essentielle de citron. Aujourd'hui cette appellation d'huile essentielle est tombée en désuétude ; on nomme presque généralement tous ces produits des essences. Les essences sèchent par évaporation, mais en laissant des résidus plus ou moins visqueux ; quelques-unes sont employées en peinture^ nous y reviendrons plus tard.
2° Les huiles empyreumatiques sont des
LES HUILES
produits de la désorganisation de certains corps par la chaleur, comme l'huile de cire, l'huile de camphre, etc. Presque toutes les résines que Ton brûle émettent des vapeurs qui se condensent en huiles empyreumatiques. Le bistre et certains goudrons sont l'huile empyreumatique du bois mélangée avec du charbon. Ces huiles sèchent aussi par évaporation, mais très lentement et laissent encore plus de résidus visqueux que les essences. Elles ne sont pas employées, sauf Fhuile de cire qu'on a cherché à utihser vers 1830, mais plutôt dans une peinture encaustique à base de cire et de résine : Fauteur qui en parle ne fait qu'en conseiller timidement l'essai avec les couleurs à l'huile.
3^ Les huiles animales sont tirées par la cuisson principalement des pieds et des jarrets d'animaux comme les huiles de pied de bœuf, de mouton, etc., ou bien se trouvent à l'état naturel sous la peau de certains poissons, comme l'huile de baleine. Elles ne sont pas siccatives et d'aucun usage pour lapeinture. On retire aussi une huile des œufs, soit en près-
sant les jaunes durcis à l'eau bouillante, soit en mettant ceux-ci dans l'éther sulfurique qui dissout l'huile que l'on retrouve quand l'éther est évaporé. Cette huile d'œuf ne sert à rien encore ; mais il n'est pas inutile de la connaître, parce qu'elle est certainement un des principes de la peinture à l'œuf, tant usitée autrefois et qui a donné des résultats si solides. Cette huile ne se corrompt pas comme les autres huiles animales, et dissout parfaitement les résines à froid, avec lesquelles elle forme des vernis relativement durs au bout de quelque temps, quoiqu'elle ne soit pas siccative par elle-même.
En somme, elle n'est pas employée; mais peut-être un jour le sera-t-elle?
4*" Les huiles fixes sont exprimées à l'aide d'un pressoir des différentes matières végétales qui les fournissent. Elles ne sont pas toutes propres à la peinture et il en est qui ne sont pas siccatives, comme l'huile d'olive, par exemple.
Celles qui sèchent offrent une particularité qui les distingue des huiles essentielles et em-
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pyreumatiques ; elles ne s'évaporent pas; au contraire, elles augmentent de poids en séchant et ce surcroit est dû à la quantité d'oxygène qu'elles ont absorbé; mais, tout en augmentant de poids, elles diminuent de volume. En effet, si l'on met une certaine épaisseur d'huile dans une assiette, au bout de quelque temps, il se forme une pellicule dont la surface reste parfaitement lisse. Cependant, quand l'huile est séchée jusqu'au fond, la surface est devenue ridée, parce que l'huile fraîche, enfermée sous la pellicule comme sous une peau, venant à sécher à son tour et diminuant de volume, il s'est produit le même phénomène que lorsqu'un ballon se dégonfle ou qu'un individu maigrit, la peau devenue trop grande s'est plissée.
Le terme « sécher », appliqué à l'huile qui passe de l'état liquide à l'état solide, n'est donc pas bien approprié, puisqu'il ne s'évapore rien : au contraire. En réalité, il y a condensation et absorption d'oxygène; mais que se passe-t-il avec cet oxygène? Y a-t-il combinaison? Un corps nouveau s'est-il formé? En tous cas, l'huile solidifiée ne se dissout plus dans aucun
des dissolvants de l'huile fraîche, excepté la benzine. Et. par contre, les alcools qui ne dissolvent pas Fhuile fraîche désagrègent l'huile sèche.
11 y a donc eu au moins une sérieuse modification dans la nature de Fhuile pour produire d'aussi grandes différences.
Parmi les huiles que l'on emploie pour la peinture, il en est deux qui sont généralement préférées : l'huile de lin et l'huile de pavot, plus connue sous le nom d'huile d'œillette.
L'huile de lin est la plus siccative des deux, elle acquiert plus de dureté et reste plus transparente en séchant que l'huile d'œillette; mais elle est plus visqueuse et devient plus facilement acide. Dans ce dernier cas, il s'opère dans les tubes des combinaisons chimiques avec certaines couleurs, surtout celles à base d'alumine, telles que les laques par exemple, qui deviennent comme du caoutchouc. On dit des couleurs arrivées à cet état qu'elles ont graissé, on ne peut plus s'en servir sans les délayer avec de l'huile ou de l'essence; mais on ne doit pas le faire. Il faut absolument les
LE BROYAGE DES COULEURS
rejeter parce qu'elles ne sécheront plus jamais à fond. L'emploi des couleurs broyées avec des huiles acidifiées est même une des principales causes qui font gercer les tableaux.
On doit donc avoir bien soin, avanl de broyer les couleurs, de s'assurer au moyen du papier de tournesol que Thuile n'est pas acide : ce qui arrive très souvent après les opérations qu'on lui fait subir, soi-disant pour l'épurer et la rendre plus siccative.
LE BROYAGE DES COULEURS
Dans le procédé de la peinture à l'huile, les couleurs sont employées à différents degrés d'opacité et de transparence : il faut donc donner à chacune d'elles une de ces qualités, dans les proportions qui lui conviennent le mieux, et c'est par un broyage intelligemment pratiqué que l'on peut obtenir ce résultat.
Malheureusement, la plupart de ceux qui broient des couleurs pour les artistes ne sont préoccupés que du côté commercial de cette industrie. Faire des couleurs qui se conser-
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vent fraîches en tubes le plus longtemps possible et dans tous les climats, tel est leur principal objectif; mais cet objectif, bon pour le bazar des voyages, ne saurait l'être pour nous. Si, comme les anciens peintres, nous n'allons pas jusqu'à broyer nous-même, nous devrions au moins être capables de le faire afin de pouvoir nous rendre compte si ceux à qui nous confions le soin si important de préparer nos couleurs le font convenablement. On n'est pas bien d'accord pour savoir [si les anciens peignaient de préférence à l'huile de lin ou à l'huile d 'œillette, et il n'est guère possible d'éclaircir ce mystère : aujourd'hui on n'emploie plus que l'huile d'œillette, sauf pour quelques couleurs sombres où l'usage de l'huile de lin est préconisé. Nous ne chicanerons pas les broyeurs à ce sujet, il est en somme de peu d'importance et puisque l'on préfère l'huile d'œillette qui rend les couleurs moins visqueuses, va pour l'huile d'œillette !
Mais ce que nous ne pouvons admettre, c'est la quantité exagérée que l'on en met : généralement, un tiers de plus qu'il ne serait néces-
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saire. Or, comme l'huile est pernicieuse pour la peinture puisqu'elle s'obscurcit et s'altère fatalement avec le temps, il ne faut en introduire que juste assez pour obtenir la solidité.
Beaucoup de peintres, convaincus de cet excès, ont pris l'habitude de laisser leurs couleurs quelques minutes sur du papier buvard avant de s'en servir. Il serait donc bien plus pratique de ne pas mettre cette quantité d'huile que Ton retire ensuite. Mais les broyeurs allèguent que les couleurs seraient alors trop dures à broyer, qu'un grand nombre de leurs clients ne les trouvent jamais assez liquides, et enfin l'éternelle mauvaise raison, que ça s'est toujours fait comme cela. Le fond de l'affaire, c'est que les couleurs broyées hquides se conservent plus longtemps, et puis... que l'huile coûte moins cher que la couleur, et que plus il y a de l'une, moins il y a de l'autre.
Seulement les couleurs sont tellement chargées d'huile actuellement qu'elles couleraient sur la palette si l'on n'y ajoutait de la cire pour leur redonner du corps ; plus on met de cire,
plus on peut mettre d'huile, on pourrait même ne plus mettre de couleur du tout : avec quelques grammes de teinture d'aniline, on peut teinter un kilogramme d'un gluten fait de cire et d'huile et avoir ainsi des couleurs superbes de ton et d'une pâte très consistante.
En somme, on nous ramène au procédé de cire et huile inventé jadis par Taubenheim ; et le grand inconvénient qui en résulte, c'est que l'huile, s'imbibant dans la toile ou le panneau, laisse la cire à la surface et que la couche suivante n'adhère pas à la précédente parce que l'huile ne tient pas sur la cire. Tous les peintres se sont aperçus que très souvent, en voulant gratter des aspérités trop fortes, on soulève une peUicule et qu'en insistant on enlèverait par copeaux tout un morceau qui ne fait pas corps avec l'ébauche sur laquelle on l'a repeint.
En plus de ce défaut capital, qui compromet la solidité de la peinture, l'introduction de la cire dans les couleurs leur retire de l'opacité et de l'intensité : non seulement elles ne couvrent plus, mais elles s'appauvrissent, car ce
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qui fait leur richesse ce n'est ni l'huile ni la cire, c'est la matière colorante.
Les broyeurs allèguent encore que la cire donne du corps à la pâte, qui se coupe mieux pour peindre au couteau et qu'elle procure aux couleurs une matité que tous les peintres recherchent à présent.
Nous répondrons que Ton peut parfaitement broyer plus serré qu'on ne le fait (ce n'est qu'un peu plus fatigant). En mettant moins d'huile, les couleurs restent mates sans qu'il soit besoin de cire ; et si la pâte semble trop ferme en certains cas, il est plus facile de rajouter de Thuile que d'en retirer.
Du reste, il y a un moyen bien simple de satisfaire tout le monde, c'est de broyer de la couleur selon nos désirs pour les peintres qui veulent revenir aux saines traditions et de continuer à en fabriquer à la façon moderne pour ceux qui peignent à la truelle ou entreprennent de lointains voyages.
En ne broyant les couleurs qu'avec la quantité d'huile strictement nécessaire, cela permet d'y introduire d'autres substances utiles pour
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perfectionner les diverses qualités que nous exigeons de chacune d'elles. Avec plus ou moins d'une résine soluble dansThuile, à froid, nous augmenterons à volonté la transparence de quelques-unes, laissant à d'autres toute leur opacité ; et si nous craignons qu'en cet état, la pâte soit trop serrée pour être d'un usage commode, il nous est loisible d'en augmenter la fluidité au moyen d'un pétrole peu volatil, qui, mettant autant de temps à s'évaporer que rhuile en meta sécher, nous donnera, pendant le travail, la sensation d'une couleur qui contiendrait beaucoup d'huile. Si certaines couleurs broyées dans ces conditions avaient tendance à couler comme le vermillon, par exemple, on y adjoindrait, au lieu de cire, un sel d'alumine avec lequel on peut donner à l'huile jusqu'à la consistance d'une pommade ians aucun inconvénient. Les couleurs, étant ainsi convenablement préparées, peuvent être employées telles qu'elles sont, surtout pour peindre en pleine pâte. Mais il est nécessaire, dans certains cas, de pouvoir en augmenter encore la fluidité, la siccativité et la transpa-