ÉBAUCHE A L'HUILE
Si l'on veut ébaucher de suite à Thuile. V Sur toile ou panneau enduits à la colle de caséine : on passerapréalablement sur l'enduit
une couche bien régulière de vernis à peindre qui s'emboira en partie, sans quoi cet enduit serait trop absorbant. Si cependant on désire utiliser cette qualité, il faudra mêler aux couleurs une assez grande quantité de vernis à peindre pour rendre le travail moins pénible.
2^ Sur papier à aquarelle : il faut toujours passer avant de peindre à Fhuile une ou deux couches de fixatif à aquarelle, selon que Ton désire que le papier soit plus ou moins absorbant.
S"" Sur panneau de bois brut : on peut ébaucher directement à Fhuile, ou bien passer avant une couche de fixatif à aquarelle ou de vernis à retoucher, selon son goût et selon qu'on désire que le panneau soit plus ou moins absorbant. La peinture à Thuile tient admirablement sur le fixatif.
Si nous avons dit que, pour ébaucher à l'aquarelle, il ne fallait pas d'empâtements, c'est par prudence, car ce procédé n'en comporte guère. Mais si on ébauche directement à l'huile, il faut aussi s'en priver et cela demande beaucoup de soin.
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On doit ébaucher avec les couleurs àTliuile telles qu'elles sont broyées, en s'efTorçant de mettre partout la même épaisseur (une légère demi-pâte), pour que toutes les parties, quoique de tons différents, fassent une couche générale égale, sans poux et sans touches heurtées.
On ne mettra qu'une trace de siccatif dans le noir et les laques, afin que Fhuile de cette première couche, ne séchant pas trop vite, pénètre bien profondément dans les pores du subjectile, et l'on n'emploiera pas le blaireau pour ne pas ramener cette huile à la surface.
Chaque partie du tableau doit être ébauchée avec des teintes plates, du ton le plus clair et le plus intense possible, de la couleur principale de l'objet qu'elles représentent, parce que, les dessous tendant toujours à repousser, il vaut mieux qu'ils soient trop éclatants : cela compense la tendance à l'obscurcissement des couches supérieures.
On devra prendre grand soin de noyer les contours et de ne laisser aucun coup de brosse
apparent pour que rien ne gêne ensuite Texécution.
Du reste, avant de repeindre sur cette ébauche, il y a toujours lieu d'enlever avec un grattoir bien tranchant les aspérités qui pourraient subsister.
En somme, cette ébauche directe à Thuile est plutôt une préparation que Ton fait subir au subjectile pour le rendre propre à la peinture, qu'une esquisse intelligente. On va dire : Mais c'est triste et monotone, c'est un travail de manœuvre, il n'y a rien de laissé à l'inspiration, au hasard. D'abord, laissons toujours le moins possible au hasard ; et quant à l'inspiration, c'est justement pour lui donner plus de liberté au moment de finir que nous prenons tant de soins des dessous.
Si, dans la fougue de l'exécution, vous laissez des petites places vides entre vos touches, ce qu'on appelle des poux, il n'y aura plus d'inconvénients, le ton de l'ébauche, étant presque celui définitif, n'a plus besoin d'être bouché partout, tandis que si vous exécutez sur une ébauche d'un autre ton, il faudra combler tous
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ces petits intervalles, ce qui amollit beaucoup l'exécution et lui retire sa liberté. Si, juste à l'endroit d'un détail délicat, vous tombez sur un empâtement ou sur un vide, comme il s'en trouve dans une ébauche inspirée, vous serez bien embarrassé, et ce sera un bien autre travail de manœuvre- de remplir les trous, de gratter les bosses : et franchement, si travail de manœuvre il doit y avoir, mieux vaut que ce soit dessous que dessus. De même, si l'ébauche comporte des traits accusés, des vigueurs accentuées, comme en finissant on ne conserve pas absolument le dessin primitif, on en sera bien plus gêné que si les contours sont peu affermis et les accents peu marqués. L'inspiration (enfin la voilà !) peut vous amener en exécutant à vous contenter, en certains endroits, d'un simple frottis, cela ne fera rien sur un dessous solide et réguhèrement couvert; mais si vous êtes tombé juste à cet endroit-là sur une partie de l'ébauche inspirée, où il n'y aurait déjà presque rien, ces deux presque rien l'un sur l'autre ne seraient pas suffisants et il vous faudrait forcément nourrir
de couleur cette place oubliée au détriment de la légèreté d'exécution que vous auriez justement voulu garder.
De plus, vous pouvez toujours, en finissant, faire le ton aussi doux, aussi rompu que vous le voulez, sur une ébauche éclatante, même un peu crue, tandis que vous n'obtiendrez jamais une couleur à son maximum d'intensité sur une ébauche sourde. Tout au contraire, en superposant une couleur intense sur elle-même, vous en augmentez la puissance dans une proportion considérable.
Bref, c'est pour laisser à l'artiste la faculté d'exécuter à sa guise, en pleine pâte, en demipâte, en frottis et même en glacis, que nous lui conseillons une ébauche qui ne le gêne jamais et lui assure la possibilité matérielle, en réalisant toutes ses fantaisies, de suivre entièrement son inspiration, autant qu'il en peut avoir.
Et puis cette ébauche sage et régulière, c'est la santé de la peinture garantie, c'est son vêtement de dessous.
Pour porter impunément, en toutes saisons
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des habits légers de fantaisie, vous mettez dessous unebonne flanelle : eh bien ! l'ébauche telle que nous la préconisons, c'est la flanelle du tableau !
L'ébauche étant terminée, il va sans dire qu'il faut la laisser sécher avant de repeindre. Comme les couleurs en sont [peu épaisses et que l'huile est en partie absorbée dans le bois ou dans l'enduit, il n'est pas nécessaire d'attendre aussi longtemps que si l'on avait ébauché sur une surface non absorbante avec des empâtements. Un mois dans un ateher bien sec ou une quinzaine de jours par un plein soleil d'été suffisent parfaitement.
Quand l'ébauche sera bien sèche, on devra passer une couche générale de vernis à retoucher sur tout le tableau avant de le reprendre. Ce vernis, nous l'avons dit, sèche en quelques minutes et Ton peut peindre immédiatement par-dessus.
lia pour but, pénétrant dans Fébauche, d'aller remplir tous les vides que l'huile absorbée dans ce subjectile a laissés dans la couche de couleur et de déposer à sa surface une pelli-
cule de résine normale qui servira de lien entre cette couche et la suivante, en même temps qu'il enlève les embus et apporte déjà plus d'éclat et de transparence.