LE PAPIER
Le papier à aquarelle ne devrait être fabriqué qu'avec des chiffons de pur fil et n'être blanchi que par l'action de l'eau pure, de l'air et du soleil; mais il est bien rare qu'il en soie ainsi. On y introduit du coton et, comme il se vend au poids, du kaohn ou autres matières lourdes. Enfin on se sert, pour le blanchir, de chlore ou d'autres agents chimiques, qui brûlent le fil et sont souvent destructeurs des couleurs.
La colle, qui Fempêche d'être trop buvard, doit être également répartie dans la pâte et non mise à la surface après coup; sans quoi, aussitôt que Tépiderme est usé par un travail prolongé, on retrouve Fintérieur irrégulièrement spongieux, ce qui détermine des taches. Non seulement le papier doit être sec quand on l'emploie, mais il ne faut pas qu'il ait jamais subi Faction de l'humidité depuis sa fabrication, parce qu'alors la colle fermente, se décompose et perd ses propriétés.
Les fabricants anglais, dont nous sommes tributaires pour toutes les fournitures de Faquarelle (on ne sait vraiment pas pourquoi!) envoient des quantités énormes de leur papier en France, et, par économie, les transportent par eau jusqu'à Paris; de sorte que ces papiers sont restés quelquefois plusieurs semaines à fond de cale dans les bateaux, quand ils arrivent à quai.
De plus, tous les commerces se faisant maintenant par Fentremise des commissionnaires en gros, ceux-ci, lorsqu'ils reçoivent les rames de papier, les entassent dans des magasins au
l'aquarelle.
rez-de-chaussée, souvent même en sous-sol, jusqu'à ce qu'ils les livrent aux débitants. Là, le papier se sèche enfin ; mais il est gâté.
Il faudrait faire son papier soi-même, ce qui n'est pas pratique, ou qu'une société d'artistes importante s'arrangeât avec une fabrique (c'est toujours à ce moyen qu'on aboutit) pour obtenir un papier dans de bonnes conditions.
En attendant cet âge d'or des peintres, il n'y a qu'un seul moyen d'avoir du bon papier : c'est de le choisir. Il faut se transporter chez les marchands avec sa boîte à aquarelle, acheter une feuille , l'essayer séance tenante et, quand on tombe sur une bonne veine, faire une provision.
Le papier bien conservé, dans un lieu sec, à une température moyenne, ne se détériore pas : au contraire, il s'améliore.
Quant aux observations que vous pourriez faire à votre marchand de couleurs qui les redirait à son placier, qui les porterait au commissionnaire pour que celui-ci les transmette au fabricant, ce serait peine perdue. Il n'en est du reste pas ainsi seulement pour le pa-
pier : pour tout autre article, ce serait la même chose et les réclamations des artistes, même de grande réputation, n'ont pas plus d'importance pour ces messieurs que n'en ont les cris des moutons à l'abattoir.