VÉRIFICATION DES COULEURS
On ne peut analyser complètement les couleurs sans être chimiste et sans avoir les réactifs dont on
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dispose dans les laboratoires. Mais avec les seules substances qu'on a toujours sous la main, dans sa cuisine ou dans son atelier, on peut vérifier si elles sont pures et se rendre compte des principales falsifications qu'on leur fait subir. Voici la liste des matières et des objets qui sont nécessaires. Ils ne sont ni nombreux, ni coûteux, ni difficiles à se procurer : Vinaigre fort.
Sel de cuisine (en solution saturée).
Eau de cuivre. (On peut la faire soi-même en achetant chez l'épicier de l'acide oxalique en poudre dont on fait une solution saturée dans l'eau.)
Eau-forte. Composée d'une partie d'acide nitrique contre cinq parties d'eau.
Cristaux de scuèe (en solution saturée).
Une lampe à esprit- de-vin.
Quelques petits vases et entonnoirs en verre, des filtres en papier, une cuiller en fer non étamée.
La couleur que l'on veut analyser doit d'abord être remise en poudre; si elle est à l'huile, il faudra donc la délayer d'abord dans un verre rempli de benzine et laisser déposer, décanter le liquide et recommencer avec de la benzine nouvelle, et cela plusieurs fois de suite jusqu'à ce que toute l'huile soit partie et que la poudre qui reste soit bien dégraissée : on mettra alors celle-ci sécher sur du papier buvard ^
1. Nous insistons sur le dégraissage complet de la couleur, parce que dans les réactions obtenues parle feu toute trace d'huile donnerait lieu à des fumées qui pourraient induire en erreur.
Si la couleur à analyser est à l'aquarelle, on fera les mêmes opérations avec de l'eau pour enlever les gommes, le miel, la glycérine, etc. Dans aucun cas le liquide surnageant ne doit rester coloré, ce qui indiquerait la présence de certaines couleurs d'aniline*.
Il est donc bien entendu que, dans toutes les opérations qui vont suivre, nous traitons les couleurs à l'état de poudres sèches et parfaitement dégraissées.
Blanc de plomb ou blanc argent
(Carbonate de plomb).
Mettez dans un verre une petite quantité de blanc et versez par-dessus de l'eau-forte environ six fois plus. Si le blanc est pur, il doit se dissoudre entièrement avec effervescence : un résidu insoluble indiquerait la présence du sulfate de baryte. A cette solution ajoutez un excès de sel de cuisine en solution, il se formera un précipité blanc qui est le plomb. Filtrez, et dans le liquide qui a passé clair ajoutez une solution de cristaux de soude jusqu'à fin de bouillonnement. S'il se forme un précipité blanc, c'est que le blanc contenait de l'oxyde de zinc ou du carbonate de chaux.
1. Quelquefois les couleurs sont broyées si fin, comme l'outremer par exemple, que l'eau reste colorée assez longtemps, il faut avoir la patience d'attendre dans ce cas que le dépôt se soit formé.
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Blanc de zinc
(Oxyde de zinc).
L'oxyde de zinc doit se dissoudre dans le vinaigre : s'il reste un résidu blanc très pesant et tombant de suite au fond du verre, c'est que le blanc contient du sulfate de baryte. Quand l'oxyde de zinc est dissous dans le vinaigre, ajoutez la solution de sel (deux fois le volume de zinc), le liquide doit rester clair; s'il se forme un précipité, il y a du carbonate de plomb. Reprenez de la solution claire d'oxyde de zinc dans le vinaigre, étendez-la de quinze fois son volume d'eau et ajoutez de l'eau de cuivre, environ le même volume qu'il y avait de zinc : le liquide doit encore rester clair; s'il y a précipité, c'est que le blanc contenait du carbonate de chaux.
Jaune de strontiane. Ghromate de strontiane.
Mettez le chromate de strontiane dans un verre avec dix fois son volume d'eau-forte : il doit se dissoudre entièrement. Lasolution estorangée lorsqu'on y ajoute la solution de sel; s'il se précipite un résidu jaune, ce serait du jaune de chrome.
Jaune de cadmium
^ (Sulfure de cadmium).
Mettez le sulfure de cadmium dans un verre avec
quatre fois son volume d'acide nitrique : il doit se dissoudre, la solution est laiteuse et il reste une certaine quantité de soufre qui surnage. Si la solution est gris plus ou moins foncé, et qu'après dépôt, la liqueur éclaircie soit colorée en bleu verdâtre, c'est que le sulfure de cadmium contenait du chromate de plomb ; si le résidu est rouge intense, c'est qu'il contenait du vermillon.
Le vermillon
(Sulfure de mercure).
Chauffé dans une cuiller de fer, le sulfure de mercure doit se volatiliser complètement. S'il reste un résidu, c'est qu'il n'est pas pur. Mis à bouillir dans l'eau et filtré bouillant, le liquide clair ne doit pas laisser précipiter de poudre rouge par refroidissement : cette poudre serait de l'iodure de mercure.
Laques de garance
Les laques de garance bouillies avec une faible solution de cristaux de soude donnent une coloration rouge, la laque de cochenille donnerait une coloration violette. La solution de cristaux de soude doit être faite avec trente fois autant d'eau que de laque" et quantité de cristaux égale à la laque.
Les laques mises en présence de l'alcool et qui colorent celui-ci contiennent de l'aniline. On peut aussi essayer si elles résistent à la lumière.
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Outremer
L'outremer doit se dissoudre à froid dans dix fois son volume d'eau de cuivre avec dégagement d'hydrogène sulfuré (odeur d'œuf pourri). La solution est gris laiteux, mais sans la moindre coloration bleue; s'il contenait du bleu de Prusse, la coloration bleue persisterait.
Chauffé dans la cuiller de fer, l'outremer en brûlant ne doit pas dégager de vapeurs; s'il s'en produisait de belle couleur pourpre, c'est qu'il contiendrait de l'indigo : ces vapeurs ont une odeur forte et caractéristique. Ê^ette falsification par l'indigo est très rare.
Cobalt
(Oxyde de cobalt).
Le cobalt mis dans un verre avec dix fois son volume d'eau de cuivre doit conserver le ton qu'il aurait dans l'eau pure; faire bouillir et laisser reposer un instant, la liqueur surnageante doit être incolore. Si elle était bleue, ce serait l'indice de la présence du bleu de Prusse.
S'il se dégageait l'odeur d'œuf pourri, ce serait l'indice de l'outremer.
Le cobalt doit brûler dans la cuiller sans vapeurs, comme l'outremer.
Vert-émeraude
(Oxyde de chrome).
Faire bouillir le vert-émeraude avec de Tacide nitrique pur, il ne doit pas changer; ajouter de l'eau et filtrer: le liquide doit être incolore. S'il est jaune, c'est par la présence d'un chromate de strontium, de plomb ou de zinc. Faire bouillir avec l'eau de cuivre le vert-émeraude; après un léger repos, si le liquide qui surnage est coloré en bleu, c'est qu'il contient du bleu de Prusse; chauffé dans la cuiller, il ne doit pas émettre de vapeurs; projeté sur la cuiller rougie au feu, s'il dégage une fumée blanche sentant l'ail, c'est qu'il contiendrait de Tarséniate de cuivre.
Vert de cobalt
(Oxyde de cobalt).
Gomme le vert-émeraude, seulement il se dissout entièrement dans l'eau-forte étendue d'eau et la solution en est rose clair s'il est pur. Sa solution sera orange s'il contient des chromâtes, ou tout ne se dissoudra pas; le bleu de Prusse resterait en dessous s'il y en avait.
Les noirs
Tous les noirs qui sont le produit de substances animales ou végétales carbonisées, étant chauffés au
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rouge pendant une heure dans la cuiller, laisseront autant de cendres qu'il y avait de noir. Les noirs de fumée laissent peu où point de cendres.
Les terres, les ocres.
Ces couleurs ne sont pas falsifiées généralement, elles ne contiennent que plus ou moins d'impuretés; la seule fourberie qu'on fasse, c'est de les enrichir de ton par les teintures d'aniline : en les mettant dans l'alcool on s'en apercevra de suite si l'alcool se colore.
\nettoyage
Pour nettoyer un tableau, la première chose à faire est de le laver d'abord à l'eau tiède avec une éponge douce pour enlever la poussière et les crasses de charbon qui sont à la surface.
Ensuite, s'il est verni, on enlèvera le vernis au doigt en lavant de temps en temps et en laissant sécher avant de reprendre le dévernissage jusqu'à ce qu'il ne se forme plus de poussière sous le doigt. Alors on passera un peu d'essence de pétrole que l'on essuiera avec un linge doux non plucheux : le tableau est prêt pour être reverni à nouveau. Mais si sous ce premier vernis retiré il y en a un autre qui ne vienne pas au doigt, ou si ce premier vernis lui-même ne s'attaquait pas par le frottement, il y aurait tout lieu de supposer qu'on est en présence
d*un vernis à Thuile ou d'un vernis ordinaire sur lequel on aurait passé une matière grasse quelconque. 11 faudrait alors le couvrir d'huile essentielle de pétrole et au bout de vingt-quatre heures mettre par-dessus cette huile essentielle une couche de craie fine en poudre que Ton fera tomber, à travers un tamis, sur le tableau placé horizontalement. Cette craie a pour but de boire le pétrole chargé des matières graisseuses. Vingt-quatre heures après cette opération, onlavera avec de l'eau tiède pour enlever la craie et ensuite avec une eau de savon légère pour finir de dégraisser.
Si ces moyens ne suffisent pas, on emploiera pour laver de Tacétone coupé d'eau, mais avec prudence et en essayant d'abord sur un petit coin pour voir l'effet que l'on obtient.
Après chaque lavage, on essaiera toujours de dévernir au doigt; si cependant le vernis persiste à ne pas venir, c'est qu'on est vraiment en présence d'un vernis à l'huile. Dans ce cas, il serait dangereux de chercher à l'enlever complètement, il faudrait employer l'alcool ou la benzine qui attaqueraient la peinture. Il faut se contenter d'en retirer la superficie avec l'acétone coupé d'eau et au chiffon de soie en ne prenant qu'une petite partie à la fois; ou bien encore avec de l'huile d'œuf coupée avec le liquide dissolvant du fixatif à aquarelle. Mais si, sous ce vernis qu'on ne veut pas enlever tout à fait, le tableau semble très sale, c'est qu'alors ce vernisaurait été appliqué sur des couches de crasses anciennes, ce
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qui arrive bien souvent. Alors, que faire? Alors il faut l'enlever; mais il y a chance d'abîmer le tableau et le mieux est de confier ce soin à un restaurateur qui ne fera pas autre chose que ce que vous feriez vous-même, mais qui le fera avec plus d'habileté. En tous cas, c'est toujours une opération hasardeuse.
Pour enlever la couleur à l'huile séchée sur un tableau soit en partie, soit en totalité, on se servira d'un chiffon imbibé de benzine ou bien d'un grattoir. Sur un panneau brut ce dernier moyen est bon ; mais sur les enduits ou le papier, la benzine est préférable : avec elle, on ne risque pas de faire des trous ou des raies.