COULEURS BONNES ET COULEURS MAUVAISES
Le blanc de plomb ou blanc d'argent
(Carbonate de plomb)
Anciennement on l'obtenait par un procédé (dit procédé hollandais) que voici :
On mettait dans des pots de terre des morceaux de plomb trempant dans du vinaigre et Ton enfouissait ces pots, rangés sur des planches, dans des fosses dont le fond était rempli de fumier. L'acide acétique du vinaigre formait avec le plomb de l'acétate de plomb qui était transformé en carbonate de plomb par l'acide carbonique échappé du fumier. On peut chimiquement obtenir le même résultat dans un laboratoire.
Depuis on a préparé le blanc de plomb par précipitation. C'est le procédé dit de Clichy. Le blanc ainsi fabriqué n'est pas complètement privé de son eau d'interposition et il couvre moins. Actuellement le blanc que l'on emploie se fait par des procédés à peu près similaires qui sont le secret des fabricants, mais ceux-ci n'ont pour but que de produire au meilleur marché possible pour tuer la concurrence et ils sont arrivés ainsi à monopoliser la production en quelques fabriques, de sorte que l'artiste doit se contenter du blanc sans consistance qu'on lui donne on n'en trouve plus d'autre. Il en est de même du
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reste pour les autres couleurs, les grandes fabriques ont dévoré l'industrie privée; et pour obtenir maintenant des couleurs convenables à la peinture artistique, il faudrait ou que les peintres les fissent eux-mêmes, ce qui serait impossible, ou qu'ils s'entendissent pour se faire fabriquer des produits spé cialement à leur usage, ce qui, nous l'espérons, sera bientôt réalisable.
Le carbonate de plomb, par les vapeurs d'hydrogène sulfuré souvent répandues dans l'atmosphère, forme du sulfure de plomb qui est noir. C'est ainsi que certaines gouaches et certains crayons blancs, faits de carbonate de plomb, deviennent d'un ton gris plus ou moins sombre. On peut, en les humectant d'eau oxygénée, les faire revenir à leur blancheur primitive parce qu'alors le sulfure noir de plomb se transforme en sulfate qui est blanc. Mais dans la peinture, quand pareil accident est arrivé, le remède n'est plus efficace, parce que la présence de l'huile et des vernis est un obstacle à cette transformation.
Néanmoins le blanc de plomb ou blanc d'argent reste, pour l'instant, nécessaire dans la peinture à l'huile ; car il est le seul qui couvre.
Il doit être banni de tous les procédés encaustiques ou autres, qui ont besoin des secours du feu parce qu'il se décompose à la chaleur quand on dépasse 400 à 420 degrés. 11 ne faut pas non plus le faire entre^^ dans des combinaisons qui peuvent contenir du soufre qui le ferait noircir, ou de l'acide acétique qui le décompose : comme par exemple dans
une détrempe où on emploierait la colle forte liquide à froid, pour n'avoir pas l'ennui du bain-marie.
Le blanc de zinc
(Oxyde de zinc)
Le blanc de zinc est obtenu par les vapeurs du zinc oxydées par un courant d'air.
Il n'est pas altérable comme le blanc de plomb; mais il n'acquiert pas avec Thuile la même solidité, il reste plus cassant, s'effrite plus facilement et ne couvre pas autant. Cependant on peut lui donner plus de corps en comprimant fortement la poudre d'oxyde de zinc par la presse hydraulique, avant de la broyer, ou bien en broyant préalablement cette poudre à l'eau pour en former ensuite des pains que l'on met sécher à Fétuve. Le blanc de zinc peut être utilisé dans tous les genres de peinture : il est indispensable de l'allier au vermillon, à l'exclusion du blanc de plomb, comme aussi au cadmium, si l'on a quelque crainte sur la fabrication de celui-ci.
En somme, il est excellent et d'un emploi très agréable toutes les fois que, se servant beaucoup du blanc du subjectile comme lumière, on n'a pas besoin de forts empâtements.
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Les blancs de craie de Bougival, de Meudon, d'Espagne, de Troyes, etc.
(Carbonate de chaux).
Tous ces blancs sont solides employés à l'eau, mais, à l'huile, ils deviennent gris, transparents et ne sèchent jamais à fond : il ne faut donc pas les employer, même à l'aquarelle, en détrempe, gouache ou autre peinture, si cette peinture est destinée à être vernie ou reprise à Thuile.
Comme le carbonate de plomb, ils ne supportent pas une forte chaleur et^ comme lui, sont décomposés par l'acide acétique.
Le» terres, les ocres et les mars la laque de fer*
Toutes ces couleurs, qui sont de l'oxyde de fer plus ou moins calciné, naturellement fixé sur de l'argile ou artificiellement sur de l'alumine, sont parfaitement solides ; mais la liste en est difficile à établir, car on trouve des terres colorées tous les jours. Voici cependant celles de ces couleurs qui sont le plus répandues.
Il va sans dire que c'est sous condition expresse qu'elles seront préalablement vérifiées, que nous disons que ces couleurs sont bonnes ; car il ne suffit pas qu'elles portent les noms qui vont suivre, faut-il
encore qu'elles soient ce qu'elles doivent être, c'està-dire de l'oxyde de fer.
Il est bien entendu que cette liste ne peut pas être complète. On présente l'oxyde de 1er et on le présentera sous beaucoup d'autres étiquettes, jusqu'à ce que les artistes aient exigé au'on lui donne simplement son véritable nom.
Nous avons mis à part les terres, les ocres et les mars qui sont jaunes, rouges et bruns, parce que ces matières forment une catégorie bien distincte; mais pour toutes les autres matières colorantes dont les formules chimiques sont différentes, nous les classerons selon leur couleur, afin qu'il soit plus facile de les retrouver; en faisant observer toutefois qu'ici encore il nous est impossible de donner la liste complète des nombreux noms de fantaisie qui couvrent les prospectus des industriels.
Terre d'Italie.
Terre de Sienne naturelle et
Rouge de Nuremberg.
Rouge indien.
Colcotar.
Brun Van Dyck.
Brun rouge.
Jaune de Mars.
Orangé de Mars.
Rouge de Mars.
Violet de Mars.
Brun de Mars.
Laque de fer.
brûlée.
Terre rouge.
Terra rosa.
Ocre jaune.
Ocre de ru.
Ocre rouge.
Rouge de Prusse.
Rouge de Venise.
Rouge d'Anvers.
Les couleurs jaunes et orange.
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Nous ne les connaissons pas tous d'abord, et avant que ce livre ne soit imprimé, il en aura déjà surgi beaucoup d'autres encore. Nous nous bornons aux plus connus.
Le plomb, par ses combinaisons avec d'autres corps, fournit beaucoup de couleurs jaunes plus ou moins mauvaises. Ce sont :
Certains jaunes de nuance citron (iodure de plomb). Jaunes de chrome (chromate de plomb).
Orpiment (arsenic de plomb) obtenu aussi par le sulfure d'arsenic.
Jaune minéral (oxy-chlorure de plomb surbasique). Minium,
Mine orange, { protoxyde et bioxyde de plomb.
Rouge de Saturne,
Jaune paiKe, ) li» . j i i
Turbith minéral, j «^us-sulfate de plomb.
Toutes ces couleurs noircissent ou décomposent les combinaisons métalliques auxquelles on les associe.
Sont aussi mauvaises :
Jaune d'outremer (chromate de baryte).
Certains jaunes genre chrome faits avec du chromate de chaux et tous les mélanges qui portent des noms pompeux :
Jaune de Naples vert.
Jaune brillant.
Jaune bouton-d'or, etc.
Mauvais aussi les jaunes végétaux:
Jaune safran.
Gomme -gutte du Cambodge.
Et toutes les laques jaunes qui passent à la lumière et sont attirées par certains composés métalliques :
Laque de gaude.
Laque jaune, Stil de grain.
Laque jaune doré.
Nous avons dit du jaune indien ce que nous avions à en dire : c'est une couleur assez solide, mais qui a besoin d'être tout particulièrement broyée pour ne pas être soluble à Teau, attendu qu'elle fait par ses propriétés alcalines un savon avec Thuile. Comme on peut très bien s'en passer, attendu qu'avec la laque de fer et les cadmiums on la remplace admirablement, nous jugeons toujours plus prudent de ne pas s'en servir. Le jaune de Naples (antimoniate de plomb) et le jaune d'antimoine (antimoniate de plomb et silicate de chaux) sont deux couleurs solides, mais bien rarement pures et très souvent mal fabriquées : aussi, comme elles ne sont pas très utiles, nous les avons exclues de la palette.
Voici maintenant les couleurs jaunes solides :
Jaune de cadmium orange.
Jaune de cadmium.
Jaune de cadmium clair.
Jaune de cadmium citron.
sulfure de cadmium.
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Avant de mélanger les nuances claires de cadmium au blanc de plomb, il sera utile de vérifier si elles ne le noircissent pas : ce qui arriverait si, étant mal fabriquées, elles contenaient un excès de soufre.
Donc sont bonnes à employer comme couleurs jaunes :
Jaune de strontiane (chromate de strontiane). Les ocres, les terres, les mars, la laque de fer, le chromate de strontiane et les jaunes de cadmium.
La maison Lefranc et G'^ fait actuellement un jaune d'un ton superbe qui peut rendre de grands services : cette couleur, qui est une combinaison d'acide phénique et de naphtaline, est parfaitement solide.
Les couleurs rouges*
Sont mauvaises :
Réalgar (sulfure d'arsenic; noircit^et décompose les coule urâ métalliques).
Scarlet^^' | mercure, disparaît à la lumière.
Passent également à la lumière toutes les laques obtenues par la cochenille :
Carmin, Laque carminé ;
OU par la teinture de bois de Fernambouc, du Brésil, de Campêche, etc., qui sont présentées sous des
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noms quelconques, ainsi que celles qui sont dues à des teintures d'aniline :
Géranium, Capucine, etc.
Les seules laques de garance sont relativement solides.
Sont bonnes aussi :
Le cinabre.
Vermillon français, Vermillon de Chine,
sulfure de mercure,
en ayant soin de ne jamais les mélanger au blanc de plomb ou d'argent, mais au blanc de zinc seulement.
Les couleurs rouges bonnes à employer sont donc toutes les terres, les ocres et les mars, le vermillon, les laques de garance.
Les couleurs bleues*
Sont mauvaises :
Bleu de montagne (carbonate de cuivre j. Bleu de Berlin.
Bleu de Prusse.
o^^^ J^^"^"^^- / Combinaisons différentes se rattachant à la Bleu d Anvers. \ formule : Cyanure ferroso-ferrique. Bleu céleste. * Bleu turquoise.
Bleu minéral.
Tous ces bleus qui ont une même origine sont décomposés par la plupart des oxydes métalliques
APPENbiGE,
et disparaissent à la lumière ; quelques-uns cependantreviennent à l'ombre (c'est un excès de modestie). Encore mauvais :
Indigo (substance végétale qui noircit et verdit avec les corps gras).
Ne sont pas mauvaises mais inutiles, pouvant être remplacées et se broyant mal :
Bleu de Pompéi (double silicate de cuivre et de chaux). Bleu d'azur, ] Bleu de smalt, 1
Bleu de Saxe, ; silicate double de potasse et de cobalt. Bleu d'empois, \ Bleu de safre, I
Bleu d'émail (connu des anciens sous le nom de frite d'Alexandrie).
Sont bonnes : ^
En somme, les couleurs bleues bonnes à employer se réduisent à deux, qui sont du reste bien suffisantes ; le cobalt et l'outremer.
Bleu de cobalt, Cobalt de Dresde
Combinaison d'alumine et d'oxyde de cobalt obtenue à une haute tempé-
0 ut renier
( rature.
Combinaison de silicate d'alumine, de silicate de soude et de sulfure de sodium.
Les couleurs vertes.
Les mauvaises sont :
Vert de Prusse (sel double de cyanure de fer et de cobalt ; passe au gris-rouge à la lumière).
Vert-de-gris ou verdet (acétate de cuivre).
Vert de Scheele, ) . .
^ -'il arsenite de cuivre.
Vert mmeral, \
Vert mifor^^' 1 mélanges de jaune de chrome et de bleu de ^. , \' ( Prusse.
Cinabre vert, '
Laque verte (mélange de laque de gaude et de bleu de Prusse). Vert de Schweinfurt (arsénite de cuivre et acétate de cuivre). Vert de milis ou de Vienne (arséniate de cuivre).
Sont aussi mauvais, pour leur peu de solidité, les verts végétaux comme le vert de vessie, qui est une laque faite avec la teinture de nerprun, et le vert d'iris.
La terre verte n'est pas non plus recommandée : elle ne couvre pas.
Quant au vert-malachite, ou vert de montagne, ou vert de Brème ou vert de Hongrie, il est très rare et très difficile à broyer : on l'imite très bien sous le nom de vert de Brunswick. Le véritable vert-malachite est solide, mais toutes les imitations qu'on en fait ne le sont pas.
Le vert Véronèse est un arséniate de cuivre d'une fabrication particulière ; il peut être employé à condition qu'on le laisse seul et qu'on le recouvre avec soin de vernis pour éviter tout contact avec les autres couleurs.
Les couleurs vertes qui sont vraiment bonnes sont :
Vert de cobalt (oxyde de cobalt et oxyde de zinc), Vert-émeraude (oxyde de chrome).
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Les couleurs violettes.
Sont mauvaises :
Toutes les couleurs violettes obtenues par Taniline, telles que :
Violet Magenta, Violet Solférino, etc.
Sont mauvaises aussi :
Le violet végétal obtenu par la teinture de bois de Campéche mélangée aux sels de plomb, et les violets dérivés de la cochenille.
On fait maintenant de l'outremer violet, qui est solide autant q^^ Foutremer, mais couvre peu et auquel nous préférons pour cette raison le violet de cobalt (phosphate de cobalt et silicate de cobalt) et surtout le violet minéral (phosphate de manganèse). Cette dernière couleur, très solide et couvrant beaucoup, est surtout absolument utile; elle se fait de deux nuances différentes, également bonnes.
Donc, pour les couleurs violettes, on devra employer de préférence le violet de cobalt, le violet minéral et le violet de Mars.
Les couleurs brunes.
Parmi les couleurs brunes, mauvaise est d'abord, et avant tout, le bitume, qui passe à la lumière, se fond à la chaleur, fait gercer la peinture, coule et
compromet l'existence de tous les tableaux dans lesquels on l'introduit.
Vient ensuite la terre de Cologne, qui n'est que du bois en état de décomposition.
Sont aussi mauvaises la terre de Gassel, le brun de chicorée et la terre d'ombre naturelle ou brûlée (bioxyde de manganèse). Cette couleur est envahissante et noircit tous les tons dans lesquels on la mélange ou qu'on lui superpose.
Le brun de Prusse (bleu de Prusse calciné) est complètement inutile, pouvant être avantageusement remplacé par le brun de Mars, qui est excellent comme brun couvrant.
Le faux bitume, dont nous avons parlé et que nous avons l'honneur de présenter aux artistes sous le nom de brun Vibert, donnera un excellent brun transparent, ayant toutes les qualités qu'on demande au bitume sans en avoir les défauts. Cette couleur, d'une absolue solidité, est un mélange de charbon et d'oxyde de fer fixé sur l'alumine. On devra donc, pour les couleurs brunes, se borner à l'emploi du brun de Mars et du brun Vibert. Quant aux noirs, nous l'avons dit, ils sont tous bons, excepté ceux qui contiennent des goudrons.