‹ La science des espritsChapitre 16 sur 84 · LE SERMON SUR LA MONTAGNE · texte numérisé non relu

LE SERMON SUR LA MONTAGNE

Après que Jésus, dans une vision, eut repoussé du pied toutes les couronnes de la terre que lui offrait le génie du mal à qui elles appartiennent, et qui lui proposait d'acheter la tyrannie au prix de la servitude, comme cela était dans la loi du vieux monde ;

Après avoir triomphé de la faim, de l'orgueil et de l'ambition du pouvoir, Jésus, le conquérant pacifique, monte sur la montagne, et, entouré de pâtres et de pêcheurs, il commence son premier discours :

Bienheureux ceux qui sont pauvres par l'esprit, parce que le royaume des cieux leur appartient !

Ce qui voulait dire : Malheur aux esclaves de

la richesse égoïste, car ils n'amasseront qu'une misère éternelle !

Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont la terre !

C'est comme s'il disait :

Malheur à ceux qui veulent régner sur la terre par la violence, carje pouvoir leur échappera !

Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils sei'Dnt consolés !

Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu'ils seront rassasiés !

Pauvres et déshérités, espérez donc ! le christianisme vous ouvre la porte d'un heureux avenir !

Bienheureux les miséricordieux, parce qu'ils obtiendront miséricorde !

Comprenons que cela veut dire aussi : Malheur aux hommes sans pitié, car il n'y aura pas de pitié pour eux !

Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !

Dieu, c'est la vérité et la justice.

Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés les fils de Dieu !

Un de nos poètes l'a dit : l'amour est plus fort que la guerre. La force brutale passera et s'usera,

mais la raison calme et maîtresse d'elle*même triomphera et prendra toujours une nouvelle puissance !

Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le règne du ciel est à eux I

C'est en pardonnant que les martyrs prouvent leur royauté. Qui persécute abdique, et qui souffre résiste. Résister, c'est pouvoir, et pouvoir, c'est régner.

Je ne viens pas détruire, mais accomplir, disait encore le fils du charpentier, se déclarant ainsi l'initiateur du progrès : et ce qu'il disait alors au judaïsme nous pouvons le dire au catholicisme, nous, les hommes du progrès religieux ; nous, ses disciples et les continuateurs de son œuvre !

Si votre justice, disait-il, n'est pas plus abondante que celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux, et nous pouvons dire :

Si vous n'êtes pas meilleurs et plus justes que les plus fervents de l'ancien monde et du moyen âge, vous n'entrerez pas dans l'association universelle du christianisme accompli.

Le Christ a dit : Celui qui injuriera son frère méritera condamnation ; et nous disons : Celui

qui n'aura pas pris mbï de son frère, et qui aura traité comme un étranger un seul membre de la famille humaine, méritera d'être renié j^r la famille ^ aura part au jugemwt des fratricides.

Le Christ a dit : Pardonna toujours^ et nous disons : Ne tous offensez même pas du mal qu'on peut vous faire. Les méchants sont des malades, soignez-les, et ne vous irritez pas contre eux.

Il a dit : Songez, avant votre sacrifice, si votre frère n'a pas quelque chose contre vous, et allez vous réconcilier avec lui avant votre prière. Et nous disons : Avant de vous asseoir à table, demandez-vous si votre frère ne manque de rien ; portez d'abord une part de votre pain à celui qui en manque, puis venez vous asseoir au banquet de la communion, et Dieu vous reconnaîtra pour ses enfants.

Il a dit : Celui qui abandonne sa femme est un adultère, et celui qui repousse sa compagne la pousse dans la prostitution. Et nous disons : Celui qui prostitue une femme, outrage sa mère, et celui qui marie sa fille pour de l'argent, vend sa fïîle, et celui qui achète ou vend une femme, la prostitue; car Tessence du mariage, c'est l*a-

moùr (1), et des relations conjugales sans amoui', c'est l'impureté.

Le Christ a dit : Ne jurez point, mais que votre parole soit sacrée. Et nous disoûs : Pour que la parole soit sacrée, il faut qu'elle soit libre. Affranchissons Tîntelligence; ne fermons la bouche qu'au mensonge. Celui qui étouffe la parole vwde est un déicide. Condamner, ce û'est pas répondre. Persécuter nne idée, c^est la sanctionner. Un homme intelligent qui parle hors de saison peut avoir tort, pour en juger il faut l'entendre. Celui qu'on force à se taire a toujours raison. Quant à la perversité et à la sottise, le bon sens lui-même leur impose sUence.

Il a dit : Tends la joue gauche, si l'on te frappe sur la droite ; et si Ton te prend ta tunique, abandonne aussi ton manteau. Et nous disons à nos frères : Lorsqu'on vous a calomniés pour avoir dit vrai, exposez-vous encore à l'injustice, et quand vous aurez souffert l'injure et la calomnie, exposez-vous avec joie à la misère et à mourir dans le

(1) Par amour nous n'entendons pas la loi physique des sexes *, Taraour» c'est l'absolu des sentifflenis et des affections humaines ; nos affections sont régies par la loi chrétienne et doivent être nne mmatekie.

mépris. Plus vos ennemis vous frappent, plus ils s'afiFaiblissent ; plus vous souffrez, plus vous êtes forts.

Le Christ a dit : Ne soyez pas hypocrites. Et nous disons : Rendez l'honnêteté possible pour tous, parlez moins de morale, et soyez moins infâmes. Soyez franchement et modestement des hommes, et ne cherchez pas à voiler les turpitudes de la brute sous les ailes d'un ange.

Il a dit : On ne peut servir Dieu et l'argent. Et nous disons : La propriété ne se fait pas respecter, quand elle n'a pas pour origine le travail, et pour règle la fraternité dans l'association.

Il a dit : Ne jugez point, et vous ne serez point jugés.

Et nous disons : Opérez la transformation de la pénalité en hygiène morale, relevez celui qui tombe et ne le frappez pas ; donnez aux maladies morales des soins moraux, et non des châtiments impies ; ne tournez pas dans un cercle sanglant en punissant le meurtre par le meurtre, car en agissant ainsi vous donnez une sorte de raison aux assassins et vous perpétuez une guerre de cannibales. Si vous voulez que l'homicide soit vraiment un crime, faites qu'il ne soit jamais un droit, et sou-

venez-vous de ce condamné, qui disait : En assassinant, j*ai joué ma tête ; vous gagnez, je paie : nous sommes quittes.

Et dans sa pensée, il ajoutait : Nous sommes égaux.

Le Christ a dit : Cherchez d abord le 'règne de Dieu et sa justice, et le reste vous sera ajouté par surcroît.

Et nous disons : Le règne de Dieu, ce n'est pas le règne de la famine pour Lazare et des orgies du mauvais riche. Le règne de Dieu, c'est le soleil pour tous, et la terre pour tous, c'est la fraternité du travail, c'est la prostitution rendue impossible par le respect de la femme, c'est l'échelle sociale accessible dans tous ses degrés au travail et au mérite de tous. C'est le travail pour tous ; c'est la famille pour tous, c'est la propriété pour tous, c'est la royauté de la raison, c'est le sacerdoce de l'amour, c'est la communion de chacun à tous et de tous à chacun, c'est l'unité divine et humaine. Dieu vivant dans l'humanité, le Christ ressuscité et vivant dans le grand corps du peuple chrétien, la liberté progressive et soumise à l'ordre, l'égalité relative dans l'ordre de la hiérarchie, et la fraternité distribuant tout à tous,

tsdon les lois de Tharmonie, qui est Téteraelle sagesse.

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